‹ Le précepteur dans l'embarras: comédie en trois actesChapitre 14 sur 39 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Don GRÉGOIRE st Lis Mêmes.

D. Grég. ( Mille bombes ! que vois-je ! ( S'arrétant tout court , étonné de voir une femme. )

Hen. Don Grégoire , la voici.

D. Grég. Est-il possible ! comment I c'est vous ! Gil. Ah ! monsieur !

D. Grég. Mais si je ne me trompe , n'êtes-vous pas cette jeune personne qui demeure vis-à-vis chez nous , du côté de la petite rue ? ( Surpris. )

Gil. C'est bien moi.

D. Grég. Fille du colonel....

Gil. Taillemain.

D. Grég. Mort , dit-on , à la dernière campagne.

Gil. Malheureusement!

D. Grég. Et vous avez pu réduire à cet état

Gil. C'est moi , oui , monsieur , je ne le nie pas. C'est moi qui ai abîmé de la sorte la santé de mon pauvre Henri.

D. Grég. Chut! voulez - vous bien vous taire! fi donc !

4o l'ajo nell' imbarazzo.

Enr. Don Gregorio , non incominciate dai riraproveri.

D. Gre. Ma corne mai... (Io perdo la testa.) per vedervi, corne a vête fatto ? (nella pià grande indecisione ed inquietezza.)

Gil. Digli corne abbiam fatto.

Enr. No , Gilda , diglielo tu. Che? ora hai ê 'perduto il tuo coraggio ?

D. Gre. (Iodivengo pazzo... chilo crederebbe ? ) Ma via spiegatemi , parlate.

Gil. Sappiate dunque che, essendo il mio povero padre assente , mia madré mi teneva in rigorosa custodia. Enrico, voi sapete che anch' egli —

D. Gre. Ad esso era impossibile 1' allontanarsi da casa.

Gil. Ebbene, stavamo dunque entrambi aile fmestre che sono precisamente incontro Y una delF altra. Enrico gtiardava me, ed io guardava lui. Esso rideva, e ridevo io 5 egli mi faceva dei cenni , ed io glie ne faceva degli al-

tri Ridi oggi, accenna domani, sospira

queir altro , che alla fine

D. Gre. Alla fine vi riusci....

Gil. Ci riusci 5 ma sapete quanto tempo v voile prima di poterci parlare.

Hen. Don Grégoire , ne commencez pas par les reproches.

D. Grég. Mais comment se peut-il que... ( J'en perds la tête ) comment avez-vous donc fait pour vous voir ? ( Très - bourru et avec le plus grand étonnement, )

Gil. Dis-lui comment nous avons fait.

Hen. Non , Gilda , dis-le-lui toi-même. Comment? où est donc ta présence d'esprit?

D. Grég. ( Ma parole , je deviens fou. .. qui l'eût cru ! ) Voyons , expliquez-vous , parlez.

Gil. Sachez donc que , pendant l'absence de mon pauvre père , maman me tenait sous la plus stricte surveillance. Vous savez qu'Henri aussi....

D. Grég. Il lui était impossible de s'éloigner de chez lui.

Gil. Eh bien , nous nous tenions tous deux aux croisées qui sont précisément en face Tune de l'autre : Henri regardait Gilda , et Gilda regardait Henri ; il souriait , je souriais aussi ; il me faisait des signes , je lui en faisais de mon côté : en souriant aujourd'hui, demain par des signes, le surlendemain par des soupirs , bref , nous. . . .

D. Grég. Vous....

Gil. Nous fumes d'accord; mais il s'écoula longtemps avant de pouvoir nous parler.

f\ r i L AJO KELl' IMBARAZZO.

Enr. Troppo tempo passo.

D. Gre. (Io non intendo nulla \ io non sono in me. ) {da se.)

Gil. Final mente una notte vien fatto ad Enrico d'uscir di casa; scappa, e sale su per le mie scale. Io con tre ferri da calze attortigliati insieme forzo la molla délia porta di mia casa 5 egli entra palpitando , ed io tremando richiudo.

D. Gre. Oh Dio che sento ! Io mi perdo !

Gil. Quando , entrato appena Enrico sulla soglia délia mia caméra (egli stava li, ed io qui), mia madré comparisce ad un tratto ; fa un grido vedendoci , si slancia sopra di me, ma s' arresta sulF atto , e si avventa contro Enrico, indecisa sopra chi prima sfogar la sua collera : fra la sorpresa , lo sdegno , e il contrasto tréma convulsa, e cade svenuta.

D. Gre. Ebbene?

Gil. Urlando dallo spavento, io m' attacco al suo collo desolata ; piangendo Enrico si getta a' suoipiedi. Àllorchè aile gridaaccorre la vecchia donna di casa, emia madré ritorna in se. Per rimediare il passo inconsiderato , per salvar 1' onor mio non v' era che un mezzo; Enrico lo propone, io l'accelto, e mia madré lo benedice.

LE PRÉCEPTEUR DANS 1,'kMBARRAS. 4^

Hen. Bien long-temps.

D. Grég. (Je tombe des nues; je perds la raison. )

Gil. Enfin, une nuit, Henri parvient à sortir de chez lui ; il s'esquive et monte notre escalier. Moi, avec des fers à tricoter , tortillés ensemble , je force le ressort de la porte de chez nous ; il entre tout agité , et moi je referme en tremblant.

D. Grég. Dieu ! qu'entends-je î je m'égare.

Gil. Mais aussitôt qu'Henri eut passé le seuil de ma chambre ( il était comme qui dirait là , et moi ici ) , ne voilà-t-il pas ma mère qui paraît ? Elle pousse un cri et s'élance sur moi , mais soudain elle s'arrête et fond sur Henri, ne sachant pas contre qui d'abord assouvir son courroux : la surprise , la colère , la contrainte lui donnent des attaques de nerfs , et elle tombe évanouie.

D. Grég. Alors?

Gil. En criant de frayeur , je m'attache , toute désolée , à son cou ; Henri pleuve et se jette à ses pieds. Ce bruit fait accourir une vieille domestique, et peu à peu ma mère reprend ses sens. Pour réparer l'inconséquence , pour sauver mon honneur , il n'y avait qu'un moyen ; Henri le propose , je Faccepte, et ma mère nous donne sa bénédiction.

44 L'AJO INELl' 1MBARAZZ0.

D. Gre. Corne !

Gil. Ci demmo la man di sposi , ed il giorno appresso fu segretamente reso sagro ed autentico il nostro legame.

D. Gre. (gridando) Che dite? Siete sposi?

Davvero ? Senza consenso del padre ! È questo il vostro maie! Io che credeva che fosse solo il mal di amore... (disperandosi) Andate via; faccia vostro padre ciô che crede.... Egli vi ucciderà : io v' abandono.

Enr. Don Gregorio mio, adesso e fatta.

Gil. Pur troppo, ne v'è ripparo.

D. Gre. Non miparlate... Non so nulla...

Bricconi... tradirmi... (in furia) Ma corne hai fatto, corne, ad uscir di casa ? {ad Enrico.)

Enr. Bastiano , il servo che è morto , sono due mesi , mi assisteva , e mi aveva fatto fare una chiave falsa.

D. Gre. Indegni ! indegni ! ( gridando in collera) E tu corne facesti ad innamorarlo?

(nvolgendosi a Gilda.)

Gil. Corne fanno le altre.

D. Gre. Perfida, perfida! (corne sopra) Ma è veramente legittima la vostra unione ?

(affannoso.)

D. Grég. Se pourrait-il ! »

Gil. Nous nous mariâmes , et le lendemain notre mariage fut secrètement rendu légitime et légal.

D. Grég. Qu'entends-je ! ( Criant, ) Vous êtes mariés ? tout de bon? sans le consentement de monsieur votre père ! C'est donc là votre maladie ! Et moi qui croyais que ce n'était qu'une amourette de rien ! ( Au désespoir. ) Allez-vous-en : que votre ■ père fasse ce qu'il voudra.... il vous tuera : je vous abandonne.

Hen. Cher don Grégoire , comment I à présent que c'est fait....

Gil. Vous voyez bien , il n'y a plus de remède.

D. Grég. Ne m'en parlez pas; je' ne sais rien. Malheureux que vous êtes, me trahir ! {Furieux.) Mais comment as -tu fait, dis, pour sortir? (A Henri. )

Hen. Sébastien, le domestique qui est mort il y a deux mois , me servait , et il m'avait fait faire une clef.

D. Grég. Malheureux ! ( Criant en colère. ) Et toi , comment as - tu fait pour l'amouracher? ( Se tournant brusquement vers Gilda. )

Gil. Comme font toutes les femmes.

D. Grég. Malheureuse! (Frémissant.) Mais votre union est-elle vraiment légitime ? ( Inquiet, )

46 l'ajo nell' imbarazzo.

Enr. È fatta inpresenzadinotaro.

Gil. Co' testimoni.

Enr. Legalizzata.

Gil. Con tutte le formole.

D. Gre. Io non so ove mi sia... Il mai> chese muore dal dolore. Qui non v' è riparo, io non posso ajutarvi. Andate, partite. (smaniando) E quanto tempo è che siete sposi !

Gil. Un anno !

D. Gre. E pel tratto di un anno?....

Gil. In un anno abbiam fatto un figlio.

D. Gre. Un figlio!

Enr. Uno solo , don Gregorio mio.

D. Gre. Lasciatemi andare , lasciatemi partire , restate , fuggite , fate ciô che vi piace , io vi abbandono allô sdegno di vostro padre , al suofurore. (per partire.)

Gil. Come !

Enr. Per amor del cielo ! (riienendolo per V abito.)

D. Gre. No, no, non vi è pietà. (in atio di partire.)

Gil. Ebbene, lascialo, Enrico, lasciaquest' uomo col cuor da tiranno. Tel dissi , che non mi pronjetteva altro il suo aspetto.

Hen. Elle a été faite par-devant notaire.

Gil. En présence de témoins.

Hen. Légalisée.

Gil. Avec toutes lès formalités.

D: Grég. Je ne sais plus où je suis. Le marquis va en mourir de chagrin. H n'y a pas de remède , je ne puis rien faire pour vous. Allez-vous-en, partez. ( Très-agité. ) Mais combien y a-t-il que vous êtes mariés ?

Gil. Un an.

D. Grég. Et pendant un an?...

Gil. Nous avons fait un enfant ï

D. Grég. Un enfant!

Hén. Rien qu'un , don Grégoire.

D. Grég. Eh! laissez donc que je me sauve. Je veux m'en aller , restez , sortez , faites ce que bon vous semble. Je vous abandonne 5 au courroux , à la fureur de votre père. ( S* en allant. )

Gil. Comment !

Hen. Au nom du ciel! {Le retenant par l'habit. )

D. Grég. Non , non , point de pitié. ( Sur le point de sortir. )

Gil. Eh bien , laisse-le, Henri , laisse cet homme doué d'un cœur de tyran. Je te disais bien que sa figure ne m'annonçait rien de bon.

48 l'ajo neel' imbarazzo.

D. Gre. Corne ! che dite ! Io tiranno?

Gil. Si Io siete : e rimarrete contento. I nostri cuori son legati fra Ioro dal nodo sagro , dal nodo dell' onore , da quello délie leggi , e da mille e mille altri gruppi , e nodi d' amore e di giuramenti F uno sulP altro attortigliati e stretti. Sciogliere i nostri cuori non si ponno, che riducendo in triloli uno di essi, o lacerandoli entrambi. Avrete quante la grime e quanto sangue vi piace per soddisfarvi ; solo vi prego , saziatevi nel pianto mio , nel mio sangue, ma sottraete al rigore di un padre severo il povero Enrico mio. Se io fui la causa dell' infelicità di questa famiglia , vendicatevi tutti sopra la disgraziata Gilda , ma sia perdonato Enrico. A questo prezzo son contenta andare smarrita, raminga, abbandonata da tutti, solo conservando al mio seno lo sventurato frutto dei nostri amori.

D. Gre. (già inteneritosi nel tratto del discorso) (Il mio cuore si spezza)!

Enr. Brava Gilda. (sotto voce).

Gil. Addio, Enrico mio.... perdonatemi...

(piangendo ).

D. Gre. Fermatevi.... chefo! (asciugan-

D. Grég. Gomment! que dites-vous là? Moi un tyran ?

Gil. Oui , vous êtes un tyran , et vous serez satisfait. Nos cœurs sont unis par le lien sacré de Tautel , par le nœud de l'honneur , par celui des lois , par mille autres entrelacemens et nœuds d'amour et de sermens entortillés et serrés les uns avec les autres. Rien ne pourra séparer nos cœurs ; on n'y parviendra qu'en brisant, qu'en détruisant l'un d'eux , ou en les déchirant tous les deux. Vous aurez autant de larmes et de sang que vous voudrez ; seulement , je vous prie , rassasiez - vous de mes pleurs , de mon sang , mais veuillez soustraire à l'indignation d'un père impitoyable , mon pauvre Henri. A ce prix , je m'estimerai heureuse de rester désolée , dépourvue de tout , délaissée de tout le monde , mais en gardant à mon sein le tendre fruit de nos amours.

D. Grég. ( A mesure que Gilda a parlé > l 'émotion de don Grégoire est des plus visibles. ) ( Mon cœur se brise ! )

Hen. {Tout bas. ) Bravo , Gilda î

Gil. Adieu , cher Henri mille pardons...

( Pleurant. )

D. Grég. Arrêtez .... (S' essuyant les yeux.) Que

5o l'aJO NEL^ 1MBARAZZO.

dosi gti occhi) (Poveri giovani, lasciarli in preda alla disperazione! Il maie è fatto... sono già ma rit o e raogMe.... Oh Dio !... il grado è quasi eguale). (indeciso frase).

SÊENA IX.

Il matfchese GIULIO e Dbtti.

Mar. ( di dentro ) Don Gregorio è tornato ?

D; Gre. Corpo del mondo ! ecco il marchese !

Enr. Don Gregorio, son perduto.

Gil. Oh Dio! che fo! salvatemi (a don Gregorio.)

D. Gre. (Cielo, consiglio!... ) Qui, qui, entrate presto, (spingendola entro le camere di Enrico).

Gil. (entra) Non tradite Enrico.

D. Gre. Zitta, zitta.

Enr. Per carità ! Vado?

D. Gre. Restate. ( chiudendo a chiave la porta).

Mar. Siete in casa? (trovando don Gregorio , che leva in queW atto la chiave dalla porta).

LE PRÉCEPTEUR DANS l'eMBARKAS. 5l

faire ! Pauvres jeunes gens!... Les laisser en proie au désespoir ! Le mal est fait; ils sont déjà mari et femme. . . . Dieu ! il y a presque égalité de rang. . . ) ( Indécis. )

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