‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 10 sur 54 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Que c'est le propre des parfaits , non de renoncer aux vertus f mais de les consommer par la charité.

D. Ceux qui aspirent à la perfection n'ont-ils pas besoin de s'exercer dans la pratique des différentes vertus ? Doivent-ils se livrer uniquement h la pratique de l'amour de Dieu ?

^. Il y a eu des hérétiques qui ont enseigné que l'homme parfait devoit s'abstenir de pratiquer des actes de vertus distingués de ceux de la charité, comme étant indignes de lui; que son unique exercice de piété devoit être la contemplation; qu'il devoit s'y livrer uniquement, s'il vouloit suivre les mouvemens de l'Esprit Saint. Que l'homme pai-fait éloigne de lui les vertus, disoient ils , Homoperfectus licenciât à se virtutcs. Ces hérétiques, qui ne montroient que du mépris pour des vertus qui viennent de Dieu et conduisent à lui , ont été condamnés dans le Concile de Vienne, et leur doctrine impie y a été rejetée.

Il n'est aucune vertu qui ne soit toujours trèsestimable ; et à quelque degré de perfection qu'on soit arrivé , il n'en faut négliger aucune.

sur. l'amour dl dieu. 55

Mais il y a un point de spiritualité très-relevé, qu'il faut bien entendre pour ne pas tomber dans l'erreur. Le voici.

Q uand l'homme s^est appliqué long-temps avec courage, à se corriger de ses vices , et à s'exercer dans les diverses vertus , Dieu a coutume de lui donner un grand goût pour les choses divines , de l'attirer fortementàla pensée etau désirdes'unir continuellement à lui par l'amour. Si cet homme suit les attraits de la grâce dont il est favorisé , il ne se détourne presque jamais de la route par laquelle Dieu veut qu'il aille à lui; et en s'acquittant de tous ses devoirs, en pratiquant l'humilité , la mortification elles autres vertus, en faisant même les actions les plus communes , il aime presque toujours actuellement son Dieu, parce que c'est son amour qui l'anime en tout.

Celui qui commence à apprendre la musique , fait beaucoup d'attention à la gamme , quand il chante, afin de suivre toutes les notes; et s'il commence à jouer d'un instrument , il considère attentivement où il met le doigt, afin que l'instrument rende le ton qu il désire ; mais quand il sait bien chanter et jouer, il suit les notes , et il porte les doigts où il faut les porter, sans application et par habitude; il laisse la méthode qu il devoit d'abord observer scrupuleusement. Il en est ainsi de l'homme spiri-

5G QUESTIONS Et BÉPOÎISÈS

lueL Au commencement , il agit par le molif des différentes vertus qu'il pratique, et suit pour cet effet , la méthode que lui indiquent les livres de piété; mais s'il parvient , parla multiplicité des actes , à pratiquer aisément et avec goût , les vertus , Dieu le laisse jouir du bien qu'il acquis; il l'attire à lui par le charme de ses ineffables perfections : elles le jettent dans le ravissement , il en est sans cesse occupé, et elles l'enflamment d'amour. Quoiqu'il fasse, c'est pour plaire à Dieu qu'il fait ce qu'il fait. Dieu et son amour , voilà son unique motif. S'il s'en propose quelquefois d'autres, ce ne sont que des motifs secondaires. L'amour de Dieu est son motifprincipal et dominant; c'est son grand mobile.

Voulez-vous donc faire de grands progrès dans la vertu? ne laissez échapper aucune occasion de bien faire; ne manquez à aucun de vos devoirs; mais en suivant l'attrait de l'Esprit de Dieu, revêtez-vous du désir de plaire à Dieu; consommez par la charité , toutes les vertus dont vous ferez des actes.

Les confitures sont différentes selon la diversité des fruits; mais elles ne méritent ce nom, que parce qu'elles sont toutes pénétrées par le sucre. Voilà ce qui leur donne du prix, ce qui fait qu'elles se conservent, et ce qui les rend douces et agréables au goût. Il en est ainsi des

Venus pratiquées par le motif de la charité; chaque vertu garde sa propriété , comme chaque fruit conserve quelque chose de son goût naturel : cependant comme ces vertus sont revêtues et pénétrées de charité , elles sont plus agréa- Lies au Seigneur : elles sont à ses yeux , d'un plus grand prix, d'un plus grand mérite. Chaque acte de ces vertus est comme un acte de charité. Quelque action qu'on fasse , on dit alors à Dieu : Mon Dieu, je vous aime; et Dieu répond : Mon enfant, je vous aime. Or, l'amour d'un Dieu à l'égard de ceux qui ne cessent point de lui dire qu'ils l'aiment , est toujours très-li- Léral.

Heureux ceux qui ne goûtent que Dieu , qui vivent de son amour, qui agissent continuellement pour son amour et par amour ! Ils ne craignent que de déplaire à Dieu , parce qu'ils l'aiment. Une crainte si chaste sert h rendre leur amour plus pur , plus ardent , plus solide et plus constant. Peut-on connoître Diou et ne pas dé sirerde l'aimer autant qu'on peut l'aimer? Peuton croire en lui , et ne pas faire que toutes les vertus qu'on pratique soient consommées parla charité ?

COUP- D' ŒIL

Sur tes dispositions de son cœur, et saintes affections.

Combien de fois n'ai-je pas fait de bonnes œuvres par des molifs purement naturels ? Insensé que je suis ! j'ai semé et je ne moissonnerai pas. J'ai reçu ma récompense, et je n'en ai point à attendre dans le Ciel.

Si j'ai fait de bonnes œuvres par des motifs surnaturels n'étant point alors l'ami de mon Dieu parla charité, j'ai attiré sur moi des grâces; mais ces bonnes œuvres que j'ai faites, n'ont pas été dignes de la gloire, elles ne seront point récompensées dans le Ciel.

Lorsqu'étant dans la charité, j'ai agi par des motifs surnaturels , ai-jesouvent agi par le motif de la charité ? Mes actions auroient été bien plus agréables h Dieu , et m*auroient rendu digne d'une récompense plus abondante. Pourquoi ai-je négligé de prendre ce moyen de plaire beaucoup à Dieu ? Que de grands trésors j'aurois amassés pour le Ciel !

Mon Dieu , non -seulement je ne veux jamais cesser de* vous aimer; mais encore je neveux jamais mettre à l'accroissement de votre amour aucune borne , pour croître conlinuellement

SUR l'amour de dieu. 5()

dans votre amour; j'agirai le plus souvent que je pourrai par le motif de la charité. Ce n'est que pour votre amour quaje veux parler et agir , prier et souffrir , vivre et mourir. Je ne ferai rien que pour vous obéir, vous glorifier et vous contenter. Que l'amour le plus parfait , le plus pur,' m'anime toujours dans l'exercice de toutes les vertus que je pratiquerai.

Heureux ceux dont la charitécst le motif dominant de toutes leurs œuvres ! ils vivent dans l'exercice de l'amour, ils auront le bonheur de mourir dans cet exercice divin , qui fait goûter sur la terre les délices inejQTables du Ciel. C'est surtout pour eux que la mort est un grand gain. Cet amour les aura purifiés parfaitement, rien ne les empêchera d'être admis aussitôt dans le séjour des Bienheureux. Plus ils auront aimé Dieu dans le temps, plus ils l'aimeront éternellement.

0 Dieu , qui êtes charité , accordez-moi la grâce d'agir sans cesse par le motif de votre «hirité, Ainsi soit-il.

6o QUESTIONS ET nâpONSES

Page 1