‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 9 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Point de très-grande conséquence , que doivent observer les âmes qui tendent à cette pureté d'amour.

D. Quel est ce point de grande conséquence?

jR. C'est de ne jamais cesser de craindre.'

Quelque excellent que soit l'exercice du divin amour , quelque grandes que soient les douceurs qu'il ait fait goûter, les bonnes œuvres qu'il ait fait pratiquer, on ne doit point oublier #a bassesse ; on doit se défier de sa fragilité ; on doit craindre de manquer de reconnoissance pour les grâces qu'on a reçues , et de ne pas bien répondre à celles qu'on reçoit, de ne pas prendre les précautions nécessaires pour persévérer et croître dans le divin amour, et même de perdre l'amitié d'un Dieu digne d'être aimé infiniment , et de devenir l'objet de son indignation.

Nous voyons cette disposition dans l'apôtre Saint Paul , que Notre-Seigneur avoit comblé de faveurs ineffables; il châtioit son corps, et le réduisoit en servitude , de peur que Dieu ne le rejetât.

5un l'amour de dieu. 49

L'Esprit-Saint répand une crainte filiale dans le cœur de tous ceux qui sont véritablement les amis de Dieu; mais cette appréhension d'offenser Dieu , de lui déplaire , et de ne pas l'aimer éternellement , quelque grande qu'elle soit , ne les trouble point , parce qu'ils ont une vive confiance en lui; confiance qui est uniquement fondée sur l'infinie miséricorde du Seigneur, et sur les mérites de leur Sauveur , qu'ils savent être d'un prix infini. Cette confiance ne les abandonne point au milieu des peines intérieures dans lesquelles Dieu permet quelquefois que tombent ses meilleurs amis, pour les purifier, leur donner occasion de lui témoigner leur fidélité , et les mettre à même d'acquérir des mérites. Ils sont heureux de craindre Dieu ; cette crainte les tient dans l'humilité, les remplit de vigilance , leur fait aimer et pratiquer la pénitence , les porte à invoquer sans cesse le Seigneur , et à s'abandonner entièrement à la conduite de sou divin Esprit. Par cette crainte. Dieu augmente leur lumière , et épure leur amour. Il leur donne une sagesse surnaturelle qui leur découvre les pièges de l'Esprit tentateur , leur fait remplir exactement tous leurs devoirs , et les rend de yrais enfans de la sagesse incréée.

Saint Bernard s'exprime ainsi dans un de ses sermons sur les Cantiques ; « L'expérience m'a » appris qu'il n'y a rien de n^eillcur, rien do

•» plus salutaire à rhomme que de craindre touy> jours. Qu'il craigne quand il a la grâce; qu'il » craigne quand il l'a perdue; qu'il craigne » quand il l'a recouvrée. L'homme Aérilable- , » ment sage est celui qui se fait un rempart de » cette crainle. ;> Ainsi, la pratique de ne vouloir que Dieu , de ne s'arrêter qu'au seul motif de son amour , ne dispense pas de craindre. Dieu permet que ceux qu'il chérit le plus , en soient , par intervalles , tout pénétrés ; il la leur inspire , afin de rendre leur amour plus sage.

L'amour et la bonté des meilleures mères, des nourrices les plus tendres , ne peuvent , sans doute, entrer en parallelle avec la bonté et l'a mour que le Seigneur a pour les hommes; néanmoins , comme il est la sainteté et la sagesse même, il est jaloux de son honneur, et il ne peut supporter que des créatures, qui ne sont devant lui que comme le néant, se dispensent de la vénération profonde qu'elles doivent avoir pour son infinie Majesté. Une légèreté l'indispose. La moindre présomption , un défaut de respect provoque l'indignation de ce grand Dieu , qui est en même temps admirable en miséricorde , et terrible dans ses jugemens. Or , il est facile aux âmes qui se retirent de la crainte, de manquer à des devoirs que Dieu exige , de s'oublier à son égard , de s'éL-îver, de donner entrée dans leur cœur à l'orgueil et à la présomption ,

SUR l'amour de dieu. 5i

au Heu de se tenir en sa présence , comme ils le doivent , dans l'humilité et ranéanlissement.

Etablissez-vous donc dans cette crainte , comme dans un asile qui vous est nécessaire pour parvenir heureusement à la perfection , et ne cherchez que Dieu et son bon plaisir. Accoutumez-vous à ne regarder que les intérêts de Dieu , à ne vous proposer en toutes choses , que sa plus grande gloire; à vous conformer à la volonté de Dieu^, par pur amour : mais en agissant ainsi , ne cessez point de craindre. Craignez Dieu , mais n'agissez point par crainte. En le craignant, oubliez vos intérêts; que votre unique but soit de lui plaire, et de le contenter en tout. N'abandonnez point le pur motif de la charité. Il n'est point de motif plus noble; il n'est point de motif par lequel on puisse se rendre plus agréable à Dieu ; il n'en est point qui purifie davantage l'âme , qui l'unisse davantage au Seigneur, qui attire sur elle plus de grâces , qui lui procure plus de mérites. Que ce soit la charité de Dieu , le pur amour de Dieu qui vous anime toutes les fois que vous pratiquez les vertus d'humiUté , de patience et de mortification ; toutes les fois que vous exercez des œuvres de miséricorde; toutes les fois que vous faites quel' que exercice de piété , quelque acte de religion ; en un mot , toutes les fois que vous agissez. Faites tout dan« la charité et par charité , ne

cessant point de craindre , afin de croître de plus en plus dans l'amour de Dieu.

COUP- D' ŒIL

Siw les dispositions de son cœur , et saintes affections.

Crains- JE le péché ?crains-je Dieu? Dieu me voit; crains-je ses regards ? Il doit me juger; crains-jeses jugemens ? Il est mon père; crainsje de lui déplaire ? Que me fait éviter , et que me fait faire la crainte de Dieu?

Heureux , ô mon Dieu , ceuxqul ont pour vous une crainte filiale qui faitqu'on trouve ses délices à marcher en votre présence , qui porte à vous adorer sans cesse , et qui fait qu'on a pour vous encore plus d'amour que de respect; qui inspire une si grande horreur des moindres fautts , qu'on s'abstient , pour votre amour , de ce qui n'en a même que l'apparence.

Qui ne vous craindra pas , Seigneur , vous qui êtes le Roi des rois, le Dieu infiniment saint, vous qui exigez que vos enfans soient revêtus de votre sainteté.

Je vous crains , ô mon Dieu, parce que je yousîii offensé , parce que j'ignore si vous m'avez remis tant dépêchés dont je me suis rendu

- SUR l'amour de DIEUi 53

fcoupaLle, parce que je suis porté au péché, et ijue ma fragilité est extrême.

Plus les grâces dont je suis favorisé sont mul-> tipliées et grandes ^ plus j'ai sujet de craindre. Malheur à moi si j'abuse de vos miséricordes 1 Vous demanderez beaucoup à ceux à qui vous aurez beaucoup donné.

Je vous craindrai, 6 mon Dieu, je craindrai d'être séparé de vous , de cesser de vous aimer. Je craindrai d'outrager vos perfections , de ne pas répondre à vos grâces. Je vous craindrai , et je me confierai néanmoins beaucoup en vouSé En me confiant en vous, je rendrai hommage à votre infinie bonté. Plus je me sens misérable , plus j'aurai en vous de confiance, 0 vous qui êtes un océan de bonté > vous aimez à faire éclater votre miséricorde envers ceux qui sont dans la misère , quand ils vous regardent avec amour. Gomment pourriez-vous me réprouver , si je ne veux que vous , si je vous veux constamment , dans l'indigence comme dans l'abondance , dans les humiliations comme dans les honneurs , sur la croix comme dans la prospérité. Quelle injure je ferois à votre amour , si je ne me conliois pas toujours en vousl Je me reposerai toujours entièrement sur vos soins paternels , parce que je ne veux que votre amour , et que je m'abandonne à vous sans réserve.

Page 1