‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 14 sur 54 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

// suit de là que le plus grand secret de la Fie spirituelle , est d'avoir de la force pour se mortifier.

D. CoMMETfxprouvez vous qu'il suit delà que le plus grand secret de la vie spirituelle est d'avoir beaucoup de force pour se mortifier ?

8o QUESTIONS ET RÉPONSES

B. L'âme qui ne veut chercher que Dieu , et qui désire de l'aimer purement, doit s'appliquer à n'avoir d'autre motif dans toutes ses œuvres, que le désir de plaire à Dieu , excluant les motifs du propre intérêt; mais ces motifs d'intérêt, par un effet de l'inclination de la nature corrompue, se font sentir toujours très-vivement : il est donc nécessaire que le cœur soit rempli de force pour renoncer aux douceurs que procurent les sens , et pour mourir à la satisfaction que l'âme voudroit en retirer.

Le propre de l'homme est de se trouver partout soi-même ; de chercher en tout à se contenter; d'être continuellement porté à satisfaire le désir de s'enrichir , le penchant k être estimé , respecté , honoré , aimé et loué ; l'ardeur pour tout ce qui flatte les sens. Or, la poursuite des biens périssables , des vains honneurs , des plaisirs sensuels , empêche l'âme de s'élever vers Dieu , et d'aller à lui ; de se livrer entièrement à ce que le culte de Dieu exige , et de se soumettre parfaitement à son bon plaisir. Que d'efforts , que de sacrifices ne faut-il donc pas faire continuellement pour combattre et vaincre constamment des inclinations si fortes; pour ne point agir par des motifs humains et d'intérêt; pour ne se proposer dans toutes ses œuvres , que le motif divin , que les intérêts de Dieu ! Ces efforts, ces sacrifices sont d'autant plus nécessai-

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i'cs , que le Seigneur éprouve souvent les siens ; que pour les purifier , et leur fournir des occiisions de mériter , il se cache quelquefois à eux , et qu'il punit ordinairement leurs moindres infidélités par d'épaisses ténèbres , et des aridités spirituelles qui jettent leur âme dans un océan d'amertumes.

Parmi tant de Chrétiens , qui témoignent du zèle pour leur sanctification , pourquoi en est-il si peu qui deviennent saints ? en voici la raison : c'est qu'ils ne se donnent pas à Dieu parfaitement, qu'ils n'agissent pas constamment par des motifs surnaturels plus ou moins relevés, suivant les bons mou vemens que leur donne l'Esprit de Dieu ; c'est que par un défaut de générosité , ils refusent de se priver , pour plaire à Dieu, des douceurs que leur offrent les créatures. Ils se persuadent servir le Seigneur en esprit et en vérité , et être très-agréables à ses yeux , parce qu'ils sont assidus à leurs exercices de piété , et qu'ils pratiquent certaines œuvres de charité et de zèle , d'humilité et de mortification; mais ils sont bien éloignés d'être des objets de complaisance aux yeux de Dieu , parce qu'ils ne veulent point lui accorder bien des choses qu'ils savent que Dieu leur demande; qu'ils ne veulent manquer de rien, et qu'ils poursuivent leurs droits avec chaleur; qu'ils sont jaloux d'estime et de louanges ; qu'ils écoutent souvent leur mollesse,

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et cherchent tous les jours h satisfaire leur curiosité elleur sensualité.

Je {lis h ces personnes : ces infidélités surlestjuelles vous ne gémissez point , et que vous ne prenez pas les moyens d'éviter, ne vous font peut-êlrepas perdre l'amitié de votre Dieu , mais elles l'afibiblissent considérablement; l'amourpropre subsiste et vit en vous , vous ralimenlez sans cesse, et ainsi, Dieu n'occupera jamais la totalité de votre cœur. Parce que vous êtes rempli de vous-même, vous ne parviendrez point à la jouissance du pur amour qui n'entre que dans ceux qui ne regardent que Dieu, et qui ne cherchent que lui. Ce que vous devez faire , c'est de vous appliquer très -long-temps à mortifier le goût naturel que vous avez pour des choses qui • passent ; c'est de ne mettre votre joie que dans les. seuls vrais biens delà grâce, que la sagesse de Dieu et la raison vous invitent à poursuivre.

N'est-jl pas , en effet , très-raisonnable qu'une créature intelligente serve son Créateur autant qu'elle en est capable; qu'elle soit attentive à la voix de son Dieu pour lui obéir; qu'elle s'applique aie glorifier; qu'elle rende au dedans d'ellemême , un perpétuel hommage h sa grandeur ? Mais l'âme rendra-t-elle perpétuellement à son Dieu , un excellent et parfait hommage, si elle n'en est pas toute occupée ; pourra-t-elle en être toute occupée, si elle n'est libre, et sera-t-elle

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libre , si elle n'est morte à tout ce q^ui n'est pas Dieu?

Telle est la raison pour laquelle Saint Ignace dit à ses enfans, qu'ils doivent être morts au mtfnàe et à l'amour déréglé d'eux-mêmes , pour ne vivre qu'à Jésus-Christ.

Celte mort au monde , et à soi-même , est trèsopposée aux inclinations de la nature corrompue. Devenu contraire h Dieu par un effet du péché originel , chacun cherche naturellement , non à vaquer intérieurement à Dieu , mais à se procurer ses avantages temporels , et tout ce qui flatte les sens et les passions. Il suit de là que le Chrétien qui tend à la perfection , doit s'efforcer conlinueHement de mourir entièrement à lui-même. Il suit encore de là qu'il n'y a rien pour lui de plus utile , que d'animer son courage , et de se revêtir de force pour se mortifier sans cesse. Tel est le grand secret de la vie spirituelle.

Sut' les dispositions de son cœur , et saintes affections.

Ne p«is-)e pas être cpmparé à un foible roseau? que faut-iipo«r me renverser? combien

de fois n'ai-je pas éprouvé que ma foiblesse est exlrênie?

Quelle force ai-je contre le monde? ne m'éblouit-il pas souvent par le faux éclat de ses Liens ? ^

Quelle force ai-je pour vaincre mes passions? Ne m'en suis-je pas rendu souvent l'esclave?

Quelle force ai-je pour résister au Démon ? ne lui ai-je pas obéi constamment ?

J'ai promis si souvent de ne plus offenser Dieu , de faire pénitence , de servir Dieu avec d'autant plus de ferveur, que je me suis plus éloigné de lui! et je ne fais autre chose qu'ajouter péché à péché.

O mon Dieu , je suis la foiblesse même; de moi-même, je ne puis faire aucun bien; et à quelles iniquités ne me livrerai-je pas , si vous ne venez à mou secours! Seigneur, ne m'abandonnez pas un seul instant; si vous m'abandonnez , je vais vous trahir.

Je ne puis rien sans vous , ô mon Dieu , mais je puis tout avec vous. Revêtez-moi , et remplis sez-moi de votre force.

Fortifiez-moi afin que je ne vive plus selon la chair. Je ne veux plus chercher à satisfaire mes passions , à contenter mes sens. Fortifiez- moi , afin que je fasse constamment tout ce que vous exigez de moi, et que je le fasse de la manière dont vous l'exigez. Fortifiez-moi , afin que j'aie

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lé courage de me renoncer et de me vaincre sans cesse pour purifier mon cœur , pour vous faire lesacrifice de toutes les afFeclions démon cœur, qui ne désire que de vous aimer , parce que vous m'avez aimé , et que vous êtes digne de tout l'amour des cœurs qui sont capables d'aimer.

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