‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 15 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des choses qui donnent de la force pour se mortifier.

D. Quelles sont les choses qui donnent de la force à l'homme pour se mortifier?

R. Le plus grand soin de l'homme qui veut être parfait , doit être de se revêtir de force , pour s'adonner fidèlement à la mortification. 11 doit s'exciter à fuir tout ce qui est mal , à se priver de tout ce qui ne mène pas à Dieu. Quels moyens peuvent l'aider à se mortifier autant qu'il est nécessaire pour parvenir à la perfection du divin amour , et pour ne vivre que de cet amour ?

Un bon moyen d'animer son courage pour se renoncer en tout , c'est de fréquenter des personnes qui servent Dieu avec ferveur. Par leurs exemples et leurs discours édifians , elles font trouver possible et doux ce que la lâcheté , la

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pusillaiiiinité faisoit regarder comme impralîcable. On devient, d'ordinaire, semblable h ceux qu'on fréquente ; on pense comme eux , on a les mêmes senlimens. Ainsi , voulez-vous n'être attaché qu'à Dieu , ne plaire qu'à lui ? liez-vous d'amitié , et conversez des choses de Dieu avec ceux qui marchent dans cette voie. Mais la chose la plus nécessaire, c'est d'avoir un Directeur à qui vous ouvriez entièrement votre âme , et dont vous suiviez fidèlement les avis. Ce Directeur doit être un homme de Dieu , qui sache , par sa propre expérience , ce que c'est que la vie spirituelle , et qui ait du zèle pour conduire les âmes h la perfection.

Un second moyen pour s'animer à un renoncement entier et perpétuel , c'est de se bien persuader que plus l'homme quitte pour Dieu , plus il gagne; et qu'en quittant tout pour lui plaire , il trouve tout ce que l'homme peut désirer et chercher en ce monde. Que désirent, que cherchent tous les hommes? La paix, le repos , la félicité. Or , c'est une vérité indubitable, qui doit être gravée profondément dans l'âme , que la voie la plus courte pour jouir de la plus grande félicité qu'on puisse goûter en cette vie , est de la chercher en Dieu seul , par la lidélité à suivre les conseils de l'Evangile. On ne peut , en effet , trouver la vraie félicité dans les faux biens du siècle présent; il faut donc as-

pirer dès cette vie, aux biens surnaturels qui sont cachés aux schs. Ces biens véritables et solides consistent en joie et en paix, en lumières et en consolations spirituelles , qui sont d'autant plus grandes , d'autant plus pénétrantes , que l'âme se prive , pour l'amour de Dieu , de plus de consolations extérieures et sensibles.

Le Chrétien qui , par le désir de se rendre agréable à Dieu , et de s'approcher davantage de lui , renonce à satisfaire ses sens et sa volonté propre, est dans le vrai chemin du parlait repos ; et s'il y court constamment , il arrivera infailliblement au partage des enfans de Dieu , à leur héritage , qui est le royaume de Dieu , à ce royaume qui consiste à jouir de biens ineffables si grands , qu'ils reçoivent dès ce monde le centuple de ce qu'ils ont quitté. Saint Paul souhaite que les Chrétiens soient remplis de toute la plénitude de Dieu , afin qu'ils entrent dans ce royaume de Dieu, qu'il appelle justice, paix, joie, dans le Saint-Esprit.

Ceci n'est point une chimère. Ceux qui sont parvenus à la vérité de l'amour divin , sentent qu'ils sont véritablement heureux. La plénitude de Dieu dont ils sont remplis , inonde tellement leur âme de biens célestes , elle les rassasie de telle manière , qu'ils regardent tous ceux qui sont dans l'opulence , tous les puissans de la terre, tous les heureux du siècle , comme de^

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pauvres , qui sont dans une misère extrême , et toujours pressés par une faim insatiable et par une soif ardente.

La joie de ceux qui servent le monde , et à qui le monde prodigue ses faveurs , est-elle comparable à la joie pure et divine dont étoit enivré un Saint François d'Assise , lorsqu'il passoit des heures entières , répétant dans les transports de son amour : « Mon Dieu et mon Tout ? » Eprouvent-ils ce qu'éprouvoit un Saint François Xavier, quand ne pouvant soutenir le poids des consolations célestes dont son âme étoit inondée , il s'écrioit : « C'est assez , Seigneur , c'est assez. »

La joie du Saint-Esprit qui^est répandue dans l'âme de ceux qui servent Dieu avec ferveur , est mille fois préférable à celle que procure momentanément l'ivresse des passions; et néanmoins , des hommes qui se disent chrétiens , ne désirent pas , ne recherchent pas cette joie divine si désirable. Il en est très-peu parmi eux , qui fassent ce qu'il faut faire pour l'obtenir. Plusieurs d'entre eux ne doutent point que ceux qui courent dans les voies du Seigneur, soient incomparablement plus heureux que ceux qui se livrent h. leurs passions , ou qui mènent une vie tiède; et néanmoins, cette persuasion ne les fait point sortir de leur état de tiédeur. En voici la raison : ils appréhendent de ne pouvoir

SUR l'amour d£ dieu. Sf)

faire les sacrifices nécessaires pour parvenir à ce bonheur; et ils se déterminent à préférer un bien assuré, qui n'en a que le nom, puisqu'il est faux, et dangereux pour le salut, à un bien réel et salutaire, mais qu'ils regardent comme incertain.

Je voudrois pouvoir dire sans cesse à ces lâches Chrétiens : goûtez combien le Seigneur est doux. Faites l'expérience des douceurs ineffables qu'il promet à ceux qui l'aiment. Ne servez pas Dieu à cause des consolations qu'on trouve dans son service. Servez Dieu par un motif plus relevé. Attachez-vous ù lui par pur amour, sans chercher votre intérêt. Obéissez-lui constamment avec joie, ne vous proposant jamais d'autre motif que celui de lui plaire.

Tous ceux qui se consacrent à Dieu , et qui agissent ensuite pour lui , par ce noble motif, attirent Dieu en eux , il est tout à eux , plus encore qu'ils ne sont h lui , et ils éprouvent souvent , en le servant ainsi , des senlimens si délicieux , des choses si excellentes , qu'on ne peut ni les exprimer, ni même les comprendre hors du temps où l'on en est favorisé.

C'est par là que nous devons fortifier notre espérance , que Saint Pierre appelle une consolation très-sainte, sanctissimum solatium. C'est par là que nous devons exciter notre courage à nous mortifier.

go QUESTIONS ET RÉPONSES

Que de Justes, faute de prendre ces moyens, ne font point de progrès dans la pîété, ne reçoivent point de Dieu les grands biens qu'il accorde à ceux qui se mortifient pour lui ! Ils ne sauront jamais ce que c'est que les lumières des Saints , qui éclairent le chemin des parfaits. Considérons la conduite de la plupart de ceux qui se disent chrétiens. 11 en est très-peu , parmi eux , qui ne saisissent les occasions de contenter leur curiosité, leur vanité, leur sensualité. Presque tous cherchent leur satisfaction dans ce que le monde leur offre de flatteur. Quel crime , disent-ils, y a-t-il à cela! Sur ce principe , il leur arrive souvent de déclarer la guerre à ceux qui sont assez sages ponr ne pas vouloir être leurs imitateurs. Sont-ils heureux? non. Ils suivent un monde pervers ; ils prennent part aux folies et aux joies trompeuses d'un monde ennemi de Jésus-Christ, contre lequel cet adorable Sauveur a lancé des anathèmes; ils jouissent du siècle présent, et en sont esclaves; comment Dieu leur accorderoit-il les richesses du Ciel , dont il favorise ses Saints ? Loin d'en être mis en possession , ils n'en auront pas même la connoissance. Il est écrit qu'on ne trouvera jamais les précieux trésors de la sagesse divine dans les hommes terrestres qui vivent dans la mollesse. Quel seroit donc l'aveuglement de ces Chrétiens prétendus , si , ne cherchant leur conso-

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lallon que sur la terre , si , ne goûtant que les choses du monde, ils se persuadoient pouvoir, en vivant ainsi , arriver à la perfection ! Tous les Saints , tous ceux qui ont écrit sur la vit; spirituelle , d'après les maximes des Jésus-Christ , les assurent qu'ils sont hors du chemin qui y conduit, qu'ils n'y arriveront jamais. Diront ils que ces biens célestes , si ineffables , ne sont point l'objet de leurs désirs , qu'ils y renoncent? En parlant ainsi, ils déclarent qu'ils sont des lâches; qu'ils ont une âme de boue; qu'ils ne méritent pas que le Seigneur jette sur eux des regards de bonté. Enfin , diront-ils que le Seigneur ne les a pas prévenus des bénédictions de sa miséricorde, comme certaines âmes privilégiées? Qu'ils sachent, ce que j'ai montré plus haut , que par la seule foi , quand elle est vive, on ouvre la main libérale du Seigneur, et on l'oblige en quelque sorte à verser du Ciel ses dons les plus précieux , selon cette parole de Notre Seigneur : « Tous ceux qui demandent reçoivent; tous ceux qui cherchent trouvent, et tous ceux qui frappent obtiennent qu'on leur ouvre. »

Un autre moyen d'acquérir la force de se mortifier , c'est l'exercice de la prière , c'est l'assiduité h vaquer à l'Oraison mentale, qui éclaire l'entendement , embrase le cœur , et excite la volonté à se déterminer h faire pour Diea

des choses difficiles ; la persévérance à pousser des cris vers le Seigneur, lui demandant d'être assisté continuellement de son puissant secours , afin de ne jamais suivre les inclinations vicieuses de la nature , mais d'agir toujours selon les bons mouvemens de la grâce.

Sur les dispositions de son cœur, et saintes affections.

Ai-JE pris les Iroîs moyens par lesquels on obtient infailliblement la force et le courage de se mortifier continuellement en tout?

Ne fréquenté-je que des personnes qui puissent par leurs bons exemples, m'animer à mener une vie véritablement chrétienne? Méditéje souvent sur le bonheur de ceux qui ne cherchent que Dieu , et qui le servent avec ferveur? Demandé-je à Dieu avec instance qu'il daigne fortifier ma foiblesse, et m'accorder ce parfait renoncement à soi-même , qui est la base du Christianisme?

On est tel que ceux qu'on fréquente. Comment puis-je trouver de la satisfaction dans la société de ceux qui sont sans amour pour Dieu , et qui se montrent ses ennemis?

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Dieu seul peut me rendre véritablement heureux. Comment ai-je cherché mon bonheur hors de lui ! Comment ai-je cru le pouvoir trouver dans la poursuite des faux plaisirs des sens?

Sans la grâce je ne puis rien , et la prière est le canal des grâces. Comment ne prié-je pas plus que si je n'avois besoin de rien , que si je pouvois me sanctifier et me sauver sans l'assiduité à la prière?

O mon Dieu, j'ai renoncé au monde et je vous suis consacré; je ne serai avec ceux qui aiment le monde, que par nécessité, et je veillerai sur moi-même, pour ne point adopter les maximes corrompues de ce monde , qui est votre ennemi. Je choisirai pour amis ceux qui aiment h parler de vous , et à en entendre parler. J'aurai un bon guide , que j'écouterai comme si vous me parliez vous-même.

Je m'animerai à vous servir par le bonheur qu'il y a à être l'objet de vos complaisances , par la pensée du Ciel , où je serai dans l'heureuse nécessité de vous aimer pendant l'éternité , avec toute la perfection dont je serai capable.

Ma vie sera une prière continuelle. Je ne cesserai point de répandre mon cœur devant vous , qui serez toujours présent à mon esprit, et de vous supplier de venir à mon secours, afin que je ne vous offense plus , et que je croisse continuellement dans votre divin autour.

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