‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 16 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des excellons fruits de la pratique de chercher Dieu en tout. Du premier fruit qui est un entier mépris de soi-même,

D. Quel est celui qui a un entier mépris de lui-même?

R. C'est celui qui est si fortement déterminé à servir Dieu en tout temps et en toutes choses , et qui est tellement rempli de ce motif, qu'il ne pense point à ce qui le concerne personnellement , et qui se comporte par rapport à luimême , comme il se conduiroit envers une personne dont il ne feroit aucun cas, mais pour laquelle cependant, il doit avoir de la charité, et à laquelle il ne doit faire aucun mal désapprouvé par la raison.

Celui en qui l'amour divin habite , ne peut pas faire moins que cela; et voilà en quel sens Saint Augustin dit que celui qui aime Dieu doit l'aimer jusqu'au mépris de soi-même. Deum amal usque ad contemptum sut. On n'a naturellement aucun sentiment affectueux , auciia empressement pour une personne que l'on méprise : n'en ayez point pour vous-même. On ne se réjouit pas si Ton voit que la vie de cette personne ou sa santé soient en danger; mais si

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elle reçoit quelque affront , on ne s'en afflige pas beaucoup; et si elle n'est point épargnée , on s'en inquiète peu. Traitez -vous ainsi; et pour entrer dans cette disposition , cherchez Dieu , ne cherchez que lui, cherchez le en tout.

Les Saints exhortent à ce mépris ceux qui veulent devenir parfaits. Que la plus grande étude de chacun d'entre vous , disoit Saint Ignace à ses enfans , soit le renoncement en-tier à vous-même , le plus grand mépris de vousmême. Vous devez avoir de la charité pour vous-même , il ne vous est pas permis d'en violer les lois; ainsi, vous devez, jusqu'à un certain point, avoir soin de votre santé et de votre vie ; mais , quoiqu'il ne vous soit point permis de vous nuire considérablement, de vous exposer à vous incommoder notablement, vous devez vous mépriser, et ce mépris doit aller jusqu'à la haine. Notre-Scigneur a dit : « Que celui qui veut venir après moi , se renonce soi-même , qu'il haïsse même son âme. » Adluœ autem et animam suain.

La haine de vous-même doit vous faire mener une vie austère; elle doit vous armer de ri^neur contre vous-même. Elle doit imprimer daas votre chair, une morlification qui ait quelque rapport avec celle de votre Sauveur. Vous ne devez pas, par des pénitences excessives, blesser les règles de la discrétion ; mais vous ne

devez point vous épargner , vous devez vous traiter en ennemi.

Cette leçon qui est au-dessus de la nature , ne la flatte pas ; elle est difficile h comprendre; mais elle est émanée de l'école de l'Esprit- Saint , et ceux qui ne cherchent que Dieu , et qui sont touchés de son amour , en ont l'intelligence, et ils la goûtent; ils aiment à être méprisés et à soufirir.

Dieu inspire cette ardeur pour les humiliations et les croix à ceux qui brûlent d'amour pour lui. Ils sont dans un profond recueillement, ils éprouvent une douce paix, une joie pure , après qu'ils ont pratiqué quelque grande mortification, après qu'ils ont eu l'avantage de souffrir quelque chose pour son amour. Ceci n'est point une exagération ; les Saints sont avi-' des de souffrances, et ils peuvent dire avec vérité, comme l'Apôtre, qu'ils surabondent de joie dans le sein des tribulations.

Les Chrétiens tièdes sont bien éloignés de tenir ce langage; le seul nom d'austérités temporelles les fait frémir , ils se scandalisent quelquefois de ceux qui font usage d'instrumens de pénitence. Dieu ne se plaît point , disent-ils , à voir l'homme se maltraiter. Ne peut-on pas mettre un frein à ses passions , sans affliger sa chair?

Mais la devise de Sainte Thérèse étoit « ou

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» souffrir ou mourir : «elle ne vouloit que l'un ou l'autre. Celte grande Sainte disoit que la personne qui brûloit d'amour pour Dieu , ne sachant que faire , pour contenter son amour , s'en prenoit à elle-même , s'armoit d'un instrument de pénitence , et traitoit sa chair comme un esclave rebelle. Ce n'étoit pas , selon elle , le désir de satisfaire pour ses péchés , qui la faisoit agir ainsi, mais le désir de faire quelque chose pour Dieu, et de lui témoigner qu'elle l'aimoit. L'amour qui l'anime, est quelquefois si ardent, ajoutoit-elle., qu'en se frappant, elle ne sent rien. C'est sans doute d'après son expérience , qu'elle parloit ainsi.

On fait plus de progrès dar.*. la vie spirituelle , en s'abandonnant à l'impétuosité de l'amour divin, et en marchant à la lumière de ce feu sacré, qu'en suivant la voie du raisonnement. On ne doit pas conclure de là , que l'amour divin soit destitué de sagesse et de science , mais qu'il est simple et ardent; que la charité de Jésus - Christ est beaucoup au-dessus de la science. Saint Paul le dit clairement , et il désire que les Chrétiens puissent comprendre toutes les dimensions de cette divine charité : qu'il leur soit donné d'entrer dans la véritable science des Saints , dans la science qui leur est propre. Or, cette science propre des Saints , selon le grand Apôtre , c'est d'avoir plus d'ardeur que d'in-

^ QUESTIONS liT REPONSES

tciligeiice , plus d'amour que de luraières. Heureux ceux qui sont hès-éclairés sur les choses de Dieu , et qui néanmoins sont encore plus embrasés d'amour pour Dieu , qu'ils ne sont éclairés ! Ils sont arrivés à la plénitude de Dieu , et c'est là la vraie perfection à laquelle il faut aspirer.

La plupart de ceux qui se sont engagés dans le service de Dieu , cherchent à contenter leur ibible raison; ils veulent devenir habiles dans la science de Dieu , comme l'on se perfectionne dans la science de la philosophie et de la théologie : mais il y a un autre chemin qui est en même temps plus court , plus agréable et plus assuré. C'est d'aller à l'école que Saint Ignace appelle l'école des saintes affections , Sckolam ajfectûs. Laissez la méthode du raisonnement , et abandonnez-vous à l'amour divin; c'est surtout par lîi qu'on acquiert une grande connoissance de Dieu , et qu'on devient bientôt homme de Dieu. Vous entrerez mieux dans les lumières divines , par l'humiliation de l'entendement , et par la ferveur de la volonté , que par toute autre voie. Concluez de là , que vous ne pouvez rien faire de mieux , ^ue de vous exercer dans la pratique de ne vouloir que Dieu seul , puisque cette pratique est le grand moyen de s'enllammer d'amour pour Dieu.

On peut se convaincre de plus en plus do

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cette vérité, par ce passage de Saint Bonaven- *ture , qu^on lit dans un livre qu'il intitule V Itinéraire de l'éter?iitè: pour bien entendre les choses de Dieu et devenir savant de la science des Saints, il faut, disoit-il, faire usage de son cœur, plutôt que de son esprit; il faut aller au gémissement , non à la lecture ; à Dieu , non h l'homm^^; à Jésus Époux, non aux Docteurs; aux ténèbres mystiques, et non à la lumière; au feu brûlant^ et non à la clarté qui brille. Interroga gemitum oralionis , non stadiiun Lectionis ; Deum, non kominem ; sponsum , non magistrum ; caligineni , non claritatein ; non lueem, , sed ignem. totaliter in/lammatum.

COUP-D'ŒIL

Sur les dispositions de son cœur , et saintes affections.

Ai-JE véritablement un souverain mépris de moi-même , et ce mépris vient-il de la grande estime que j'ai de Dieu , et de mon amour pour lui?

Sttis-je bien persuadé que je ne ferai un parfait Chrétien , que quand je me serai renoncé moi-même, que quand je me haïrai à cause de mon ingratitude , de ma malice et de ma perfidie envers Dieu , et que je traiterai mon corps

en ennemi , pour obéir à Jésus-Christ , être agréable à Dieu et sauver mon âme?

Suis-je exact à bénir Dieu lorsque j'ai quelque eccasion de souffrir ? Est-ce en union avec Jésus-Christ souffrant et pour son amour, que je porte les petites croix dont il lui plaît de me charger ?

Puis-je dire que je porte la mortification de Jésus-Christ dans ma chair; que ma chair est attachée à la croix; que je suis crucifié avec Jésus - Christ ; que mes délices sont d'habiter dans ses plaies; que Jésus crucifié est mon partage?

Est-ce à l'école des saintes affections que j'éludie Dieu et Jésus-Christ? Fais-je mes délices de l'Oraison, et y suis-je bien assidu , dans le dessein de me remplir de la connoissance et de l'amour de mon divin Maître ?

O moii Dieu , je ne mérite pas le nom de Chrétien , je n'en ai pas les sentimens , je n'en liens pas le langage , je n'en fais pas les œuvres!

O Jésus , vous êtes mon modèle , je dois être votre imitateur ! je veux marcher sur vos traces; je m'appliquerai à être votre copie vivante, imprimez vos pensées dans mou esprit , et vos afl'ections dans mon cœur. Faites qu'à votre incitation , je me regarde comme un ver de terre , et que je consente à être l'opprobre des hommes, et un homme de douleurs. Faites que

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je ne cherche point ma gloire , et que je me propose en tontes choses , celle de Dieu , dont j'ai le bonheur d'être l'enfant. Faites que j'honore par toutes mes œuvres, mon Père céleste, et que je ne désire que de lui plaire dans tout ce que je dirai, dans tout ce j'entreprendrai, dans tout ce que je ferai.

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