‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 19 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Delà quatrième disposition que donne l'Amour parfait , qui est le total abandon , et la perte de soi-même , entre les mains de Dieu dans les événeniens les moins attendus , et les plus coûteux à la nature.

D. Quel autre avantage retirent encore les âmes qui se sont long-temps exercées dans le pur amour de la pratique, de ne chercher en tout que Dieu «eul.

jR. Une âme qui s'est abandonnée entièrement entre les mains de Dieu , qui ne veut et ne cherche que lui , n'est point découragée ni même troublée par les accidens imprévus , par les revers qui sont naturellement les plus fâcheux. M 'ayant plus de volonté propre , parce qu'elle l'a sacrifiée à Dieu j elle augmente continuellement en amour pour lui , et elle meurt de plus en plus à elle-même , lorsqu'elle voit que Dieu dispose d'elle comme d'une chose dont il est le Maître ;

Il8 QUESTIONS ET RÉPONSES

elle se réjouit de ce qu'il lui enlève un appui qu'elle auroit été peut-être tentée de prendre hors de lui , qui est son tout.

Les hommes trouvent une satisfaction naturelle à prévoir ce qui leur arrivera , et à voir ensuite que les choses ont réussi selon leurs désirs ; aussi souffrent-ils naturellement beaucoup , si le Seigneur les éprouve par des événemens inattendus, contraires à leurs désirs , ou en exigeant d'eux de grands sacrifices , et souvent Dieu conduit par cette voie ses plus fidèles serviteurs. Abraham , Jacob , David , et plusieurs Saints du Nouveau Testament , furent mis à de telles épreuves.

Heureux ceux dont Dieu est constamment l'objet et le motif , ceux qui sont bien établis dams l'habitude de ne soupirer qu'après Dieu , de ne chercher que lui ! Si le Seigneur dispose d'eux d'une manière différente de celles qu^ils ont pu prévoir , ils n'en ressentent jamais aucune peine , ils en ont toujours une véritable joie; lorsque la nature souffre le plus , ils goûtent dans la partie supérieure de leur âme, une satisfaction qu'ils ne pourroient exprimer. Ce contentement , cette joie , dont leur cœur est inondé au milieu des plus rudes épreuves , vient de leur parfaite résignation , de leur entière conformité à la volonté de Dieu.

Dieu est infiniment libéral , il récompense

SUR LAMOUK DE DIEU. îlf)

toujours admirablement ceux qui lui marquent leur amour par un parfait abandon.

Il en est qui , après l'avoir pratiqué long-temps , reçoivent une faveur que je mets au rang des choses extraordinaires , faveur à laquelle personne ne doit prétendre ; Dieu les conduit par des instincts intérieurs , il leur donne des pressentimens de toutes les choses qui leur arriveront. Il les traite en cela , comme des Épouses très-chéries , à qui il ne peut rien cacher de ce qui les regarde. Est-ce que je pourrai laisser ignorer à Abraham ce que je veux faire? disoit le Seigneur. iVwm celare polero Abraham quœ faclurus sum ?

Il y a même des âmes parmi c-elles qui ne désirent que de contenter Dieu , que le Seigneur favorise d'une manière encore plus surprenante. Après les avoir fait passer par beaucoup de rudes épreuves , et les avoir fait mourir entièreme^it à leur propre volonté , il les fait entrer dans ses plus intimes secrets , soit par des comrounications intérieures qu'il leur accorde , soit par la bouche de quelqu'autre de ses serviteur» instruits d'en-haut. Ainsi Saint François d'Assise annonça à Saint Auge , religieux de l'ordre des Carmes , ce que Dieu lui avoit appris par révélation , savoir qu'il auroit le bonheur dendurer le martyre en Sicile, et Saint Auge prédit à François ce qui lui avoit été révélé ,

qu'il seroit martyrisé de la main de Dieu par les stygmales. L'union de certaines âmes avec Dieu est si grande ; et Dieu les traite avec une si grande bonté , qu'il leur dévoile par amolir les effets de sa providence, et leur fait connoîlre les précautions qu'ils doivent prendre.

Si Dieu n'en use pas ainsi à l'égard de toutes les âmes qui se sont abandonnées entièrement à ïui , et qui n'ont point d'autre volonté que la sienne , il rend leur foi si vive , et leur espé* rance si parfaite, que nul événement inopiné ne les abat, et même ne les trouble. Ils reçoivent tout ce qu'on appelle tribulation, de sa main paternelle , avec une douceur inexprimable ; ils embrassent toutes les croix dont le Seigneur Jes charge , avec une ardeur d'amour singulière , avec une reconnoissance qui les porte sans cesse à béuir Dieu de ce qu'il leur donne quelques traits de conformité avec son Fils , en leur faisant boire dans le calice de sa Passion. Ce qui inspireà ces âmes de tels sentimens , c'est qu'elles ne désirent que la volonté de Dieu , qu'elles trouvent leurs délices à la voir s'accomplir , et que dans les événcmens inattendus, il n'y a rien du leur , et que tout est de Dieu. La bienheureuse Marie de Tlncarnalion , avoit un très-grand plaisir à considérer que la volonté deDieu s'accomplissoit sur elle et sur toutes les créatures.

SUR l'amour de DtElT. 121

Sur les dispositions de son cœur , et saintes affections.

Me suis-je donné entièrement h Dieu ? Mo suis-je abandonné pleinement à lui ? Ne me reposé-je qu'en lui ? L'invité-je à faire de moi tout ce qu'il trouvera bon ? Le bénis-je continuellement de tout ?

Pardon , ô mon Dieu , pardon de ce qu'il y a toujours eu quelque réserve dans l'offre que je vous ai faite de moi-même ; de ce que je ne vous ai jamais fait un plein abandon de mes biens , de mon honneur j des personnes chères à mon cœur , de mon corps et de mon âme , de ma santé et de ma vie ; de ce qu'au lieu de me reposer uniquement en vous , j'ai mis mon appui dans les créatures ; de ce que ce n'est pas du fond de mon cœur que je vous ai demandé l'accomplissement de voire sainte volonté , et de ce que je ne me suis pas soumis à vos adorables desseins dans les différons accidens de la vie.

O vous , qui êtes mon Seigneur et mon Dieu^ n'êtes-vous pas le meilleur des Maîtres? N'êtesvous pas le plus tendre des Pères ? Vous avez un si grand soin des êtres vivans qui sont privés de la raison , n'aurez-vous pas soin de moi , si je

VOUS aime ? Une nourrice n'oublie point son nourrisson , une bonne mère n'oublie point son enfant ; m'oublierez-vous ? Vous m'avez écrit dans vos mains , vous me gardez comme la prunelle de votre œil j vous m'avez créé à votre image et à votre ressemblance , afin que je vous aime et que je sois éternellement heureux de votre bonheur; je mets en vous toute ma coniiance ; je suis à vous , je suis tout à vous , opérez en moi , et disposez de moi à votre volonté et selon votre bon plaisir. Je serai toujours content , je vous louerai et je vous remercierai de tout , parce que je suis dans votre cœur. Aimezmoi autant que vous pouvez aimer une créature, et faites que je vous aime autant qu'une créature peut vous aimer.

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