‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 20 sur 54 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Jusqu'à quel degré s'étend cette pratique de chercher Dieu en tout , et comment DteU la consomme en l'âme ?

D. Qu'exige cette pratique de chercher Dieu en tout ?

R. Elle exige beaucoup plus qu'on ne croit. Tous ceux à qui Dieu accorde la grâce d'avoir avec lui une familiarité inthne, le savent par

SUR l'amour de dieu. 125

expérience. Il faut le dire ici pour ceux qui aspirent à ce bonheur.

En général , Notre-Scigneur ne laisse aucun vide dans l'âine de ceux qui ont acquis la sainte habitude delà présence de Dieu , qui sont sollicités dô contenter Dieu par pur amour pour lui , et qui sont dociles à la grâce.

Notre-Scigneur, qui est un Dieu jaloux, purifie d'abord leur cœur de tout ce qu'il renferme de déréglé et d'inutile , de tout attachement aux choses vaines , de toute ardeur pour les faux plaisirs des sens , de tout ce qui empêche l'àme de s'unir intimement à Dieu dans l'Oraison , de tout ce qui est capable de ralentir la piété.

Retenez donc bien ceci : vous ne devez jamais rien souffrir en vous , qui puisse être un obstacle à une prière continuelle. Ne livrez jamais votre esprit à des pensées inutiles , n'ouvrez jamais votre cœur à des sentimens quipourroienl vous dissiper pendant l'Oraison. Ce n'est point qu'on ne puisse , dans le temps destiné au délassement , montrer de la gaieté , et dire des choses capables de récréer ceux avec qui l'on converse. Gela est même quelquefois utile; il y a eu de grands serviteurs de Dieu , et des Saints qui se le permettoient , et qui agîssoient ainsi , pour rendre la vertu aimable , et la faire aimer. Mais , il faut que l'âme sente alors que cela ne la détourne pas de Dieu. Si Ton s'apercevoit que

124 QUESTIONS ET EÉPONSES

ce qu'on va dire , n'édifiera pas , ou qu'on se procurera par là des remords, il faudroit en faire aussitôt à Dieu le sacrifice , dans le dessein de lui plaire.

Ceux qui ne cherchent que Dieu, parce qu'ils l'aiment , doivent encore éviter les visites inutiles ; se priver de la satisfaction qu'on goûte à considérer des choses curieuses, à écouter une musique mélodieuse; ils doivent renoncera tout ce qui peut diminuer en eux le goût de Dieu , ou la ferveur à son service , à tout ce qui est propre par soi -même , à contenter la sensualité et la vanité ; ils doivent se l'interdire , si l'obéissance ou la charilé n'exigent point qu'ils agissent autrement : il est donc très-utile au commencement de ses actions , même les plus communes , de sonder son cœur , d'examiner quel est l'esprit qui porte à ce qu'on se propose de faire, et quel fruit on en pourra retirer.

Soyez très-fidèle h ces deux excellentes pratiques : la première , de considérer si ce qu'on se propose de faire est selon la volonté de Dieu , et de ne point se déterminer à le faire , si l'on ne découvre par une connoissance tirée de la chose même , que c'est sa volonté. Ce n'est point à son goût qu'on doit avoir égard , mais uniquement au bon plaisir de Dieu.

La seconde pratique dans laquelle s'exercent ceux qui sont avancés dans le chemin de la per-

SUR l'aJIOUR de DIEt. 120

iection , c'est d'attendre l'attrait de la giàce , et de suivre le mouvement du Saint-Esprit ^ si les choses ne leur sont pas ordonnées par le devoir ou l'obéissance. Lorsque cet Esprit de vérité , ce Père des lumières , ne leur fait pas entendre intérieurement ce que le Seigneur demande d'eux , ils se déterminent pour ce qui leur paroît êlre plus parfait.

Ceux qui ont fait long-temps usage de cette pratique , entendent presque toujours la voix de Dieu qui parle à leur cœur; l'Esprit de Dieu est comme l'âme qui les anime et les fait agir ; ce sont véritablement des enfans de Dieu. Le célèbre Blosius recommande beaucoup , dans son livre de V Inslltulloa de l Ame , de consulter Dieu en tout, et d'attendre sa permission dans les choses qu'on est libre de faire , ou de ne pas faire ; et le pieux Auteur du livre de l'Imitation de Jésus-Christ, dit que sil'àmesavoit entrer dans le fond de son cœur , elle recevroit la réponse qu'elle désir». Aadlain qu'ai

loquatiw in me Dominas Qui SpiriluDei.

aguntuv j, hi sunt Filii Dei.

Tâchez donc de vous tenir toujours en la présence de Dieu ; appliquez-Vous à connoître sa volonté en toutj invoquez fréquemment le Saint- Esprit , et vous sentirez parfaitement l'attrait de cet Esprit divin ; cet attrait sera même si fort en persévérant long-temps dans cet exercice , que

120 QUESTIONS ET RÉPONSEg

votre conscience vous rendra clairement le consolant témoignage , qu'en agissant vous suivez le salutaire mouvement de la grâce. Vous connoîtrez ce que Dieu veut de vous par votre attrait , tout le temps que Dieu ne se cachera pas pour vous éprouver. Vous aurez grand soin de faire tout le bien que le Seigneur demandera de vous , et de rendre agréables aux yeux du Seigneur vos actions les plus indifférentes. Soit que vous mangiez , soit que vous buviez , ou que vous fassiez quelqu'autre chose , vous le ferez pour la plus grande gloire de Dieu.

Laissez-vous conduire intérieurement par le Saint-Esprit , et par cette fidélité à consulter ses lumières divines , à correspondre aux pieux mouvemens de la grâce , Dieu consommera en votre âme , la pratique de son bon plaisir.

Sur les dispositions de son cœur, et saintes affectiojïs.

ÉviTÉ-JE constamment tout ce qui peut m'empêcher de cherchex* Dieu en tout , et fais-je tout ce qui est nécessaire pour cela ?

Je dois éviter non-seulement tout ce qui peut déplaire à Dieu , mais encore tout ce qui peut me distraire de lui. Suis-je toujours dans la dis-

position de ne point me permettre la moindre infidélité; et pour m'entretenir dans cette disposition , m'abstiens je de tout ce qu i est un obstacle à un parfait recueillement.

Dieu pense toujours à moi : pensé-je toujours à lui; et en me souvenant de Dieu , suis-je dans la joie, me complais-je dans ses perfections, lui rends-je amour pour amourj?

Est-ce le désir de glorifier Dieu , d'accomplir sa volonté , de le contenter et de lui plaire , cjui m'anime dans toutes mes œuvres? Pour ccnnoître ce que Dieu désire de moi , invoqué-je l'assitance du Père des lumière^s , consuité-je l'attrait de la grâce , et suis-je fidèle à suivre ses impression*? Hélas! c'est presque toujours la passion , l'humeur , ou le respect humain qui m'ont fait agir.

Seigneur, vous êtes mon Dieu , vous êtes le Dieu de mon cœur, vous êtes plus cher à mon cœur que mes entrailles , je soupire après vous , je vous chercherai en tout! Quand vous verraije clairement? Quand vous aimerai-je parfaitement et nécessairement ? Quand vous posséderai-je pleinement ? Ce n'est pas sur la terre que je puis avoir ce bonheur. Quand serai-je dans le Ciel? Je veux m'en rendre digne à chaque instant , en agissant toujours purement pour votre amour. '

128 QUESTIONS ET RÉPO?rSE'S

Page 1