CHAPITRE H
Explication de ces paroles de Saint Paul : Le Saint-Esprit rend témoignage à notre esprit , que nous sommes les enfans de Dieu,
D. Que signifient ces paroles de Saint Paul : Le Saint-Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes les enfans de Dieu?
JR. Ces paroles marquent ce qu'éprouvent intérieurement les âmes qui suivent fidèlement la pratique salutaire que nous venons d'expliquer. En effet , quand une personne erttre avec courage par cette voie, dans la vie spirituelle, quand elle court sans s'arrêter , dans le chemin de la perfection , qu'elle sert Dieu avec un cœur généreux et libéral , ne réservant rien de ce qu'elle a , de ce qu'elle est, donnant tout à Dieu, et se consacrant entièrement elle-même à son pue amour; Dieu qui aime ceux dont il est aimé, lui lait connoître qu'il est tout h elle , comme elle est tout h lui ; il remplit son âme d'une vive confiance , d'une paix délicieuse ; l'Esprit-Saint , qui , comme la foi nous l'apprend , réside dans les justes, lui fait sentir sadivine présence. Ce sentiment , cette manifestation se fait d'une manière si admirable et si frappante, qu'elle peut
10 QUESTIOXS ET RiPOKSES
dire, sans crainte d'illusion : II est très-probal)le que je suis Lien avec Dieu , que je suis son enfant , qu'il m'aime, et que je l'aime, la douceur du sentiment filial qu'elle éprouve ne lui permet pas d'en douter.
Ce sentiment de la présence de l'Esprit-Salnt , n'est pas une révélation expresse qu'on est digne d'amour , telle que celle dont plusieurs Saints ont été favorisés; mais c'est un témoignage intérieur qui donne une grande proLabillté, une espèce d'assurance qu'on possède le cœur de son Dieu. L'effet de ce témoignage est une excellente paix et une pleine confiance qui établit l'âme dans un parfait repos.
Saint Paul parle de cette paix , de cette confiance, fruit précieux du pur amour, en écrivant aux Philippiens ; « Que la paix de Dieu » qui surpasse tout autre sentiment, garde vos y> cœurs et vos esprits. » Ceux qui se sont exercés long-temps dans le divin amour, et qui s'efforcent continuellement de chercher Dieu en toutes choses , reçoivent ce témoignage du Saint- Esprit , qui leur fait entendre qu'ils ont l'inesllmable avantage d'être du nombre des vrais enfans de Dieu.
On peut ajouter h cela^ ce que Saint Jean dit dans son Evangile : « Celui qui croit au Fils » de Dieu a le témoignage de Dieu en soi. » Ce témoignage est la parole de Dieu intérieure,
stjR l'amour de dieu. 11
que l'auleur du Livre de l'Imltatioa de Jésus- Chiist appelle une parole clc consolation. Si cette parole de consolation ne donne pas une pleine certitude qu'on est justifié, elle inspire à l'àme une confiance bien fondée, qu'elle est à Dieu et en Dieu. C'est une parole du Saint- Esprit qui éclaire et qui anime. Cet Esprit de vérité ne dit pas : Il est certain que vous êtes juste, que vous aimez véritablement Dieu, et que vous l'aimerez toujours, mais il dit: Ne sentez-vous pas que votre cœur ne lient qu'à Dieu? Dieu ne vous témoignc-t-il pas qu'il vous aime d'un amour spéciale* Espérez beaucoup en lui, espérez qu'il vous fera miséricorde, et que vous l'aimerez éternellement.
C'est ce doux témoignage , c'est cette parole si consolante du Saint-Esprit , qui soutient les Saints dans leurs travaux. Ils marchent dans la lumière. La lumière divine, qui les accompagne partout et les éclaire en tout temps , les empêche d'être enveloppés dans les ténèbres du péché, et séduits par l'amour-propre qui aveugle et perd la plupart des hommes.
Tous ceux qui sont en grâce, n'ont pas ce témoignage si désirable. 11 n'est donné ordinairement qu'à ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, c'est-à-dire, aux âmes qui ont pris la ferme résolution d'être à Dieu sans réserve , de ne lui rien refuser , de ne vouloir jamais que
12 QCESTIOÎfS ET P.iPONSES
ce qii il veut , de faire constamment leurs délices de son bon plaisir.
C'est par ce généreux propos de ne rien réserver de l'holocauste, de se consacrer entièrement et parfaitement à Dieu , qu'on entre dans le chemin de la perfection. Mais que de personnes dévouées à Dieu , attachées à son service , qui n'ont pas encore fait le premier pas dans cette carrière , parce qu'elles n'ont point encore dit du fond de leur cœur : Je ne veux plus que Dieu seul , je ne chercherai plus que Dieu ! Aussi le divin Esprit ne leur rend point ce témoignage qu'elles sont les cnfans de Dieu , et ses amis.
Il y a même certaines âmes très- agréables à Dieu , h qui cet Esprit consolateur ne parle point au cœur , à qui il ne fait point entendre qu'elles sont l'objet des complaisances de Dieu , et du nombre de celles qui persévéreront dans son amour. Notre Seigneur , qui est le maître de ses dons , permet que Satan exerce ces âmes , soit pour les éprouver , soit pour les punir de ce qu'elles ne se sont pas entièrement dépouillées de l'amour déréglé d'elles-mêmes. Elles se sentent dans un étot d'aridité qui est tel, que loin que l'Esprit-Saint leur rende témoignage qu'elles sont entièrement à Dieu , il leur semble que Dieu les rejette. Mais cet état qui est pour ces âmes une espèce de martyre, ne dure pas
SUR L AMOrP. DE DIE r. 10
toujours ; un temps vient où leurs ténèbres sont dissipées, et où elles sont éclairées d'une Vive lumière. Le divin Esprit leur rend alors un témoignage très-grand et très-constant, qu'elles sont spécialement chéries de Dieu, et qu'elles l'aiment véritablement.
Tel est le fruit admirable de l'excellente pratique , de chercher Dieu de tout son cœur , et de mener une vie établie en Dieu ; de vouloir se rassasier et se contenter de Dieu seul; de désirer uniquement sa gloire et l'accomplissement de son bon plaisir; de préférer le service et les intérêts de Dieu à ses propres intérêts.
Mais qui peut parvenir à cet état ? Et en est-il beaucoup qui y parviennent? il n^est personne qui ne puisse parvenir à cet heureux état auquel on ne cherche que Dieu; et plusieurs se persuadent être dans cet état , qui en sont très éloignés.
Ceux qui ayant eu le malheur de se laisser dominer par leurs passions , ont de grands obstacles à ne chercher que Dieu seul, ne doivent point désespérer d'arriver à la perfection par cette voie , s'ils gémissent de leurs mauvaises habitudes , et prennent les moyens de s'en corriger. Le Ciel et la terre passeront, mais la parole de Dieu s'accomplira; et Dieu a dit .-Frappez, et on vous ouvrira.
Plusieurs personnes se trompent elles-mêmes ,
l4 QUESTIONS ET RiPONSES
en se persuadant qu'elles sont toutes à Dieu , qu'elles se sont données h lui sans aucune réserve , et qu'elles sont dans les dispositions de ne lui rien refuser. La source de leur erreur , est qu'elles se persuadent pouvoir chercher à se satisfaire en autre chose qu^en Dieu, pourvu qu'elles rapportent h Dieu les satisfactions qu'elles prennent hors de lui. Elles se trompent, parce que le rapport qu'elles lui en font, n'est point réel , il n'est que superficiel ; et Dieu qui veut tout le cœur, ne se contente pas de leur cœur divisé.
Les âmes qui sont parvenues à l'état de ne vouloir que Dieu , et de n'être attachées véritablement qu'à lui , non-seulement entendent ce témoignage de l'Esprit-Saint , qu'elles sont les enfans de Dieu , mais encore elles sentent ordinairement qu'elles agissent, comme doivent agir ceux qui sont ses enfans. Elles désirent d'être aidées de la grâce , elles la demandent h Dieu ; il la leur accorde; et elles connaissent qu'elles sont favorisées du secours du Ciel. Ces personnes règlent tellement leur conduite , qu'elles ne se déterminent à aucune chose importante , sans avoir une grande confiance que c'est l'Esprit de Dieu qui les fait agir. Animées de cet Esprit de sainteté , elles veillent continuellement sur elles-mêmes , de peur de se laisser emporter par leur humeur , et de suivre leur impétuosité
SUR l'amour de dieu. ï5
naturelle; elles ne cessent point de renoncer h l 'amour-propre, afin de continuer uniquement pour Dieu , l'action qu'elles n'ont commencée que pour lui.
Tel est l'état habituel de ceux qui ne désirent que Dieu, qui ne cherchent que lui; ils sentent habituellement que noire Seigneur les assiste , qu'il les anime , qu'il préside à leurs actions , et que sa giàce en est le principe; ce délicieux sentiment leur fait connoître qu'ils sont de vrais enfans de Dieu, qu'ils en sont tendrement aimés. Ce sentiment est la racine de cette paix de Dieu qui inonde leur âme , au milieu même des plus grandes tribulations; il est pour eux, un avant-goût de la paix divine dont les bienheureux jouissent dans le Ciel.
Sur les dispositions de son cœur, et saintes affections.
Que me dit ma conscience ? Que me dit l'Esprit-Saint au fond de mon âme? Cet esprit de vérité qui répond à ceux qui l'interrogent , me fait-il entendre que j'ai pensé, parlé et agi en enfant de Dieu? Au lieu de me rendre un consolant témoignage , que de reproches ne me faitil pas? Ne m'accuse- t-il pas d'avoir aimé le
l6 QUESTIONS KT RÉPONSES
monde, d'avoir servi mes passions, d'avoir renoncé à ma qualité d'enfant de Dieu , d'avoir été long-temps l'enfant du Démon.
Cet Esprit de sainteté réside-t-il maintenant en moi, sens-je sa divine présence? Me fait-il goûter sa douce paix? Quelle parole de consolation me donne-t-il? M'éclaire-t-il ? M'animet-il? Suis -je docile h ses pieux mouvemens? Ne se plaint-il pas que je le contristc souvent, que je lui résiste sans cesse? Du moins mérité-je par le désir d'être désormais tout à Dieu, que cet Esprit divin soit pour moi un Esprit consolateur? Le laissé-je gémir et prier en moi ?
O mon Dieu, j'esptîre en vous. Quelle injure ne ferois-je pas à votre amour , si je désespérois de votre miséricorde. Plus je me sens misérable, plus j'ai de confiance en vous. En me confiant en vous , je rends hommage à votre bonté infinie. A^ous vous plaisez à faire éclater votre miséricorde envers ceux qui sont dans l'abîme delà misère, quand ils vous regardent avec amour. O Dieu, qui êtes charité, faites que je vous aime ici-bas d'une manière digne de vous, sans mesure, et de toute l'étendue de mon cœur. Je ne veux que votre amour, je m'abandonne h vous sans réserve. Que ne puisje entendre une de vos consolantes parales qui m'assure que je vous aime et que vous m'aimez, que je suis tout à vous^ et que vous êtes
SUR l'amour de dieu. 17
tout à moi. Je désire sentir au fond de mon âme votre divine présence ; je désire que ce délicieux sentiment me fasse goûter votre paix , et que celte douce paix garde toujours mon cœur, qu'elle le préserve à jamais du péché. Je vous aime et je ne veux plus agir que pour votre amour. Je veux chercher eu tout vos intérêts , votre gloire et l'accomplissement de votre bon plaisir. . .••j^-. T'i')!;ii