CHAPITRE VII
D'une excellente méthode pour arriver à cette totalité d'amour qui n'envisage que Dieu.
D. Quelle est celte méthode?
R, C'est d'examiner çans cesse les quatre principales passions ou affections du cœur humain , qui sont, le désir, l'amour, l'espérance et la crainte, auxquelles se rapportent la tristesse et la joie; pour connoître où elles tendent, ce
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qu'elles recherchent, et de s'appliquer continuellement à les transférer en Dieu , de manière qu'on puisse dire : Je ne désire que Dieu, je n'aime que Dieu , je n'espère qu'en Dieu , je ne crains que Dieu , je ne me réjouis qu'en Dieu , je ne m'attriste que de ne pas aimer et posséder parfaitement Dieu. Non , il n'y a point de voie plus courte pour s'unir h Dieu , et se transformer en Dieu , pour anéantir son cœur en Dieu.
Que celui qui veut devenir intérieur, et parvenir à voir Dieu partout et en toutes choses, soit dans une vigilance perpétuelle. Qu'il considère attentivement où tend son cœur , où il va. On le connoît par les impressions qu'on ressent, et qui excitent ces quatre passions, qui sont comme les quatre vents qui agitent l'âme.
Quand l'âme éprouve de l'inquiétude , et qu'elle reconnoît que cette inquiétude vient du désir déréglé d'une chose qui , loin de porter à Dieu , l'en détourne , elle doit y renoncer , et mourir aussitôt à ce désir. Quand l'âme éprouve de la joie, et qu'elle reconnoît que sa joie vient de ce qu'elle a obtenu quelque chose qu'elle désiroit , si ce dont elle se réjouit ne l'élève pas à Dieu , ne Tapproche pas de lui , il faut qu'elle gémisse de ce qu'elle met sa joie dans ce qui n'est que vanité , et qu'elle modère ce sentiment , en pensant qu'elle devroit pleurer ses péchés , et ne se réjouir qu'en Dieu , qui veut
lui faire miséricorde. Lorsque Notre-Seigneur fait goûter à l'âme des douceurs spirituelles , elle doit les recevoir avec reconnoissance , sans s'y affectionner. Il est utile alors de faire ces deux réflexions : Un Chrétien ne doit point chercher les consolations de Dieu, mais le Dieu des consolations. Les âmes qui sont fortement attachées à Jésus crucifié, préfèrent toujours le Calvaire au ïliahor.
Ceux qui désirent d'être entièrement à Dieu , qui veulent lui plaire en tout , et qui tendent à ce qu'il y a de plus parfait , afin de lui être agi'éables, ne doivent point cesser de s'étudier pour modérer leur activité naturelle , et en faire à Dieu le sacrifice.
Qu'ils examinent avec soin tous les mouvemens de leur cœur , qu'ils se hâtent d'étoufler ceux qui sont naturels et imparfaits , et qu'ils ne suivent que ceux qui sont surnaturels et divins. L'homme qui agit ainsi avec l'assistance de l'Esprit- Saint , parvient enfin à ne plus désirer, à ne plus sentir et à ne plus goûter que Dieu, Dieu lui est tout en toutes choses : il est rempli de Dieu en toute plénitude.
Nous avons vu un grand nombre de personnes qui , après avoir été très-foibles , remplies d'amour-propre , de vanité et d'autres défauts , sont arrivées par ce salutaire exercice , à n'être touchées que de Dieu, à n'agir que parle mouve-
sur. l'amour de diicu. 45
ment de l'Esprit de Dieu , à trouver un parfait acquiescement à la sainte volonté de Dieu , à être dans l'embrasement de son pur amour.
On lit dans la vie de Sainte Gertrude , ce témoignage que Notre-Seigneur rendit d'elle à Sainte Maltide. » Gertrude , par l'assiduité à » cette pratique, étoit parvenue à un si grand y> amour de Jésus-Christ, et avoit tellement at- » tiré Jésus-Christ en son cœur, qu^'l n'y avoit » point de lieu sur la terre où il fut aussi parfai- » tement , après le Saint Sacrement de l'Autel , » que dans le cœur de Gertrude. »
Je l'ai dit souvent, et je le répète; Dieu a donné un si grand pouvoir à l'homme , aidé de la grâce qui lui est toujours offerte , que s'il embrasse cette méthode, et en fait constamment usage, il parvient enfin, nonobstant toutes ses misères , à n'avoir qu'un même cœur avec Jésus- Christ, et à ne rien sentir en soi que lui.
Faites-en l'expérience , vous qui vous sentez rempli de l'amour déréglé de vous-même , et de l'esprit du monde; faites le sacrifice que Dieu demande; excitez votre courage, correspond* z à la grâce fidèlement, et dans quelques années vous vous trouverez si différent de ce que vous êtes , que vous serez dans le plus grand étonnement du changement qui aura été fait en vous , et que vous ne cesserez point de bénir le Sei^
46 QUESTIONS ET niPONSES
gneur de ce qu'il aura opéré en vous de si gran des merveilles.
Sur les dispositions de son cœur , et sainte? affections.
Qu'est-ce que je désire? Ne desiré-je dans le Ciel et sur la terre que Dieu? Qu'est-ce que j'aime? Est-ce Dieu que j'aime? Est-il bien vrai que je l'aime sincèrement par-dessus tout, et de tout le cœur? Qu'est-ce que j'espère? Est-ce la possession de Dieu? L'attends-je avec confiance de sa miséricorde, par les mérites de Jésus- Christ mon Sauveur? Quel est l'objet de ma crainte? Crains-je le péché et ses suites? Crainsje les jugemens de Dieu et ses vengeances? Crains-je de lui déplaire? Ne suis- je affligé que d'avoir offensé mon Dieu? Ne me réjouis-je que de ses perfections , que de ce que je puis l'aimer et le posséder éternellement?
0 mon Dieu , vous êtes mon souverain Bien; un Bien infini et éternel; je ne désire que vous , je vous désire ardemment.
Vous êtes infiniment digne de tout mon amour, parce que vous m'aimez de l'amour dont vous TOUS aimez, et que vous êtes infiniment aimable; je vous aime. Si j'avois cent millipns de
SUR l'amour de dîeu. 47
cœurs, je vous eaclTrirols toutes les aficclions.
J'ai péché, j'ai mérité l'enfer très-souvent;' mais vous pardonnez toujours aux cœurs qui , pour l'amour de vous , sont brisés de douleur de vous avoir offensé. J'espère que malgré mes péchés , vous écouterez la voix du sang de Jésus- Christ, qui vous demande miséricorde pour moi, et que j'aurai le bonheur de vous voir, de vous aimer, de vous louer et de vous posséder dans le Ciel. J'espère que vous m'accorderez les grâces nécessaires pour parvenir à cet incomparable bonheur. Je vous les demanderai sans cesse.
Je ne craindrai pins que ce qui est uniquement à craindre; je ne craindrai plus que le péché; le péché est l'unique mal, j'en ai horreur; daignez m'en préserver.
Que j'ai un vif regret de vous avoir offensé , b mon Dieu ! Je voudrois mourir maintenant de douleur de vous avoir désobéi , outragé, méprisé par tant de péchés dont je me suis rendu coupable : toutes les fois que je verrai qu'on vous offense, j'en gémirai et je vous en ferai amendehonorable.
Je suis pécheur, la terre doit être pour moi une vallée de larmes. Je sèmerai dans les larmes , afin de moissonner dans la joie. Quand m'adresserez-vous ces consolantes paroles : Entrez dans la joie du Seigneur votre Dieu.
Mon Dieu , je ne veux désirer et aimer que
VOUS ; je n'espérerai qu'en vous : je ne craindrai que vous.