CHAPITRE II
L’idée du régionalisme n’est pas chose nouvelle en France.
Déjà bien avant les jours sombres de notre défaite, de nombreux esprits se sont penchés sur ce problème, sans qu'aucune solution positive n’intervienne. C’est peut-être parce que le régionalisme se présente au milieu de ces divers projets sous une forme assez floue, qu’il est nécessaire de le définir et de distinguer les diverses conceptions que recouvre cette idée. Puis, après avoir rappelé les cri-. tiques dirigées contre l’organisation départementale et les divers essais et projets régionalistes nous poserons les principes de la réforme administrative actuelle.
SECTION I
Les diverses conceptions du régionalisme
M. Charles Brun, l’un des apôtres les plus convaincus du régionalisme, nous apprend dans l’appendice I de son livre « Le Régionalisme », qu'ayant recherché l’origine du mot, il a constaté pour la première fois son emploi en 1892, vraisemblablement par le poète Félicien Court, dans une revue de Toulouse : « Le Gril ». Mais c’est en 1894, dans une revue paraissant à Montpellier, « La France d’oc », ou revue des revendications régionalistes, que le terme de régionalisme est définitivement adopté dans le sens qu’il conserve aujourd’hui. Le régionalisme peut se
définir comme un mouvement de réaction contre la centralisation. Il veut par tous les moyens et sur tous les terrains faire renaître la vie provinciale et les coutumes, remettre en honneur les mœurs anciennes et traditionnelles des diverses régions dont la variété était autrefois si grande. Pour arriver à ce résultat, il entend agir, à la fois, sur le terrain littéraire et artistique pour faire revivre le folklore local, sur le terrain économique pour redonner à la vie locale son importance, et pour couronner l’ensemble, sur le terrain administratif et politique.
Il apparaît dans ces conditions que l’idée du régionalisme est très vaste, et que quatre conceptions peuvent être distinguées : une conception géographique, une conception administrative, une conception économique, et une conception intellectuelle.
1° La conception géographique.
La conception géographique voit dans la province l’unité géographique naturelle. Chaque province forme un ensemble cohérent marqué par des traits uniformes : même relief, même climat, ressources semblables. Poussée à l'extrême, cette conception de la région naturelle aboutit à une fragmentation excessive en un nombre très élevé de pays. La région naturelle, au point de vue purement géographique, est trop petite pour servir de base à une division administrative.
2° La conception administrative.
La conception administrative fait de la province un cadre administratif composé de pays. On sait que pour briser ce cadre l’ancien régime avait créé la généralité et la Révolution le département, l’un et l’autre étant une limite tracée artificiellement pour ne pas maintenir le cadre provincial.
3° La conception économique.
Un autre aspect du régionalisme apparaît sous la forme du régionalisme économique (1). Ses partisans soutien-