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V. Flauser. Le problème du régionalisme

nent que si les intérêts économiques étaient groupés par régions, l’agriculture, l’industrie, le commerce, pourraient se développer d’une façon plus intense et plus harmonieuse, en augmentant la prospérité générale du pays. On provoque de la sorte une manifestation à la fois de la communauté d'intérêts économiques existant entre départements voisins et du rôle attractif joué par certaines grandes places commerciales dans un rayon plus ou moins étendu. Sous sa forme économique, le régionalisme, au lendemain de la guerre de 1914, a reçu un commencement de réalisation. Les Chambres de commerce furent encouragées à se constituer en fédérations régionales. Il se constitua ainsi une vingtaine de ces fédérations, dont le fonctionnement fut réglementé par des arrêtés ministériels des 12 avril 1919, 18 août 1919 et 21 juin 1920. Jouissant de la personnalité morale, ces groupements économiques régionaux, considérés comme des établissements publics administrés par un comité régional manifestèrent la plus heureuse activité. Nous citerons seulement celle du groupement de Basse-Normandie (4° Groupement; Caen). Ses efforts ont porté surtout sur le développement de l’enseignement technique : une Chambre des métiers a été créée à Alençon, pour remédier à la crise de l’apprentissage, et pour s’occuper de remettre en honneur les métiers agricoles, industriels, commerciaux et artistiques particuliers à la région; une école des métiers a été créée également à Villedieu-les-Poëles où l’on étudie surtout l’industrie du cuivre. Ils ont tendu de la même façon à subventionner l’Institut commercial de Caen, l’Ecole dentellière de Lisieux, l'Ecole industrielle de Cherbourg, l'Ecole des marins de la Basse-Seine, l’Ecole de pêche de Ouistreham. Enfin le groupement de Caen s’est toujours attaché au développement de l'exploitation et de la production des minerais de fer de Basse-Normandie.

Poursuivant dans cette voie, à la veille de la guerre de 1939, un décret-loi du 14 juin 1938 instituait les régions économiques formées par le Groupement des Chambres de commerce. Constituant des établissements publics dotés

de la personnalité morale, les régions économiques représentaient auprès des pouvoirs publics les organismes consultatifs des intérêts régionaux du commerce et de l’industrie. L’administration de chaque région économique, au nombre de dix-neuf, devait être assurée par un comité régional composé des Présidents, et d’un certain nombre de membres de chaque Chambre de commerce, des Préfets et des Sous-Préfets (décret du 28 septembre 1938).

Ainsi, à la veille des événements actuels, le régionalisme économique était une réalité vivante.

4° La conception intellectuelle.

Derrière les conceptions géographique, administrative et économique, il y a place pour une conception intellectuelle, fondéé sur les modes de penser, de parler et d’agir, propres à une province. Tout l’effort de la royauté et de la démocratie a été tendu vers l’abolition des particularismes locaux. Dans un souci d’uniformité, on s’est efforcé de faire disparaître ce qu’on appelait les vestiges d’un autre âge. Depuis longtemps déjà le mot « provincial » est pris dans un sens péjoratif. À l’époque de Molière, il signifie l’absence des belles manières en usage à la Cour de Versailles. Plus tard, ce même vocable se charge d’une sorte d’opprobre : être « provincial » c’est penser lourdement, rester attaché à des préjugés, c’est s’habiller et se tenir sans élégance, en un mot, c’est vivre en dehors du mouvement des idées et des faits, en marge du progrès. Pour montrer le prestige pris par Paris, au détriment des provinces. M. Joseph Barthélemy cite le mot de Renan, prononcé à l’un des derniers dîners celtiques, à l’époque où Liard organisait les Universités provinciales : « Nous sommes tous partisans des Universités provinciales, dit l'auteur de la Vie de Jésus, à condition de faire notre cours à Paris ! 5 (1).

Cependant tout vestige d’une vie provinciale n’est pas mort. La province esf restée pour la plupart des Français

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