‹ Le Préfet RégionalChapitre 6 sur 82 · L'ÉPOQUE FRANQUE · texte numérisé non relu

L'ÉPOQUE FRANQUE

En principe, à l’époque franque, le pagus correspondait à l’ancienne civitas romaine, mais à cause des partages du royaume et aussi pour qu’on pût nommer un plus grand nombre de fonctionnaires, ces circonscriptions se sont multipliées, du moins dans le Nord de la Gaule. De 112 le nombre de ces districts (pagi ou civitates) a grandi jusqu’à environ 300.

Les Francs ont fait table rase de toute la série des magistratures romaines qui s’étageaient entre le peuple et l'Empereur. Préfet du prétoire, vicaire, gouverneur de province, disparaissent. Pour les remplacer le Roi franc a placé dans chaque cité ou pagus un chef militaire, le comte (grafio); dans chaque subdivision du pagus, c’est-à-dire dans chaque centena, le chef militaire, le centenarius ou le thunginus, autrefois élu par les guerriers, devint un subordonné du Comte pour finalement être nommé par lui et prendre le titre de Vicomte,

L’agent fondamental du Gouvernement dans les provinces à l’époque franque était donc le Comte, chef tant civil que militaire du pagus. Au début, les Comtes ont été choisis avec une entière liberté par le Roi, quelle que fût leur nationalité germanique ou romaine et quel que fût leur état, libres, affranchis, voire même d’origine servile. Les premiers Comtes, comme les grands fonctionnaires romains, ont été nommés pour un délai très bref et le Roi avait toujours la possibilité de les révoquer. Mais bientôt, par bienveillance ou faiblesse, le Roi a dû céder à l’influence de l’aristocratie qui a voulu se réserver les fonctions de Comte et les exercer dans les pays où elle avait de l'influence. La durée de leurs charges devint plus longue à partir du VII siècle, viagère le plus souvent, parfois même héréditaire. D’autre part, comme létat des finances royales ne permettait pas d’allouer un traitement régulier aux Comtes, ceux-ci ont eu tendance à se payer sur le pays par des exactions diverses et ont abusé de leurs très larges pouvoirs.

Déjà les Mérovingiens s’apercevant de ce danger ont essayé d'organiser le contrôle de ces fonctionnaires locaux lointains et de plus en plus indépendants en envoyant de temps à autre des inspecteurs parcourir le royaume. Améliorée sous les Carolingiens, l'institution des missi dominici ne devint régulière qu’en 802 avec Charlemagne qui en fit un instrument normal de gouvernement en rendant périodiques les tournées et en organisant dans le détail son fonctionnement. L'Empire fut divisé en circonscriptions comprenant de 20 à 30 Comtés (missaticum) groupés au début de chaque année suivant les ‘besoins du moment et surveillés par deux missi, un laïque et un ecclésiastique, ordinairement un Comte et un Evêque. Ces missi dominici parcouraient les différents Comtés de leurs territoires d'inspection munis d'instructions très précises du Roi contenues dans des capitulaires (capitulae missorum) et rendaient compte au Roi du résultat de leurs inspections. At ï

Ce système, qui nous offre un premier exemple de la

nécessité pour un pouvoir central de contrôler ses agents en province et de faire respecter son autorité jusqu’aux confins du territoire était bon, mais son efficacité dépendait de l’autorité du prince qui le mettait en jeu. Avec Charlemagne, les missi dominici étaient écoutés; avec les princes faibles qui lui ont succédé, ils furent de moins en moins tolérés par les Comtes et à la fin de la dynastie carolingienne les Comtes recrutés dans l'aristocratie et devenus héréditaires se sont soustraits à leur surveillance et sont devenus les maîtres dans leur région.

Les organes d’action s’affranchissent donc progressivement du Pouvoir Central si faible déjà et si largement entamé par le développement de la vassalité qui va caractériser l’époque suivante, l’époque féodale.

Page 1