‹ Le préhistorique Américain [microforme]Chapitre 3 sur 10 · PR TE · texte numérisé non relu

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.tatou gigantesque, le Glyptodon (1). Au milieu des pam-

pas, de ces plaines immenses, sans un accident de terrain, sans un arbre, sans un rocher où il pût trouver un abri, l'intelligence ne faitpas défaut à cet homme que l’on prétend plongé dans une si complète barbarie ; il creuse la terre, et la carapace du tatou vaincu devient le toit de la demeure qui offre à la famille quelques moments de sécurité (2). Ameghino ajoute que l’homme était de petite taille ; et d'après Lacerda et Peixoto, le Brésil, et probablement les régions voisines, furent tout d’abord peuplés par une race fortement dolichocéphale (3).

Des découvertes récentes viennent confirmer celles d'Ameghino. Les pampas ont de nouveau donné des ossements humains ensevelis sous la carapace d’un Glyptodon, des fragments de poterie, des silex portant les marques indubitables du travail humain, et des amas de coquilles semblables à ceux si connus auxquels on a donné le nom de Kjôkkenmôddings. Tous ces objets ont été recueillis dans les couches moyennes des pampas, Pampeano intermediar, écrit M. Roth au professeur Kollmann (4).

Il reste une question importante à résoudre. À quelle époque remonte la formation des pampas (5)? À quelle date géologique devons-nous rattacher soit le panpéen supérieur soit le pampéen intermédiaire, où des ossements humains ont été rencontrés ? Si Ameghino dit ces couches pliocènes,

(1) Moreno décrit l’image parfaitement reconnaissable d'un de cesitatous peinte sur les parois d’une caverne qui avait servi de retraite à l'homme. Ce serait là une preuve sérieuse de la contemporanéité de l'homme et du Glyptodon.

(2) Dans un temps hien plus rapproché de nous, les Tchouktches, qui habitent le promontoire sibérien le plus avancé vers l'Est, entre la mer Glaciale et le Pacitique, et les Kamtchadales, vivaient dans de semblables tanières. Description de toutes les nations de la Sibérie. St-Pétersbourg, 1776

(3) L'indice céphalique d'un des crânes était de 69,72.

(4) Mittheilungen aus dem Anatomischen Institut at Basel.

(5) Le caractère saillant des pampas est leur vaste étendue. Darwin les a étudiés de Santa Fe-Bajada au Colorado, sur une longueur de près de 500 miles, et d'Orbigny les signale à 250 miles plus au nord. D'autres explorateurs les ont retrouvés du Maldonado à la rivière Caracana. .

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Burmeister les prétend quaternaires, et Darwin plus récentes encore. D'Orbigny ajoute que, durant les temps tertiaires, la mer recouvrait la plus grande partie du territoire argentin; aucun homme, aucun mammifère d'y pouvaient vivre. Le soulèvement des Andes amena de grands cataclysmes'et à leur suite la formation du dépôt argilo-sableux des pampas. Darwin se rallie à cette opinion, difficile cependant à accepter, car les dépôts painpéens ne renferment aucun débris de poisson, aucun mollusque marin. Lund, plus circonspect, veut que les pampas soient des terrains de transport amenés par une grande inondation qu s'étendit sur toute l'Amérique du Sud. Il ne se prononce pas sur le caractère de cette inondation, ni sur les circonstances qui l’ont accompagné. Bravard prétend voir dans ces dépôts une accumulation de cendres volcaniques, de sables, de poussières charriés par de violentes tourmentes ; d’autres géologues, le limon apporté dans leurs fréquentes inondations par les innombrables cours d’eau qui descendent des montagnes. Burmeister parle de l’action des glaces. Pour lui, les couches pampéennes sont glaciaires ou post-glaciaires, caractérisées les unes et les autres par des faunes spéciales. Dans un travail récent, enfin, le professeur Steinmann de Fribourg donne comme preuve de leur modernité, si je puis me servir de ce mot, un fait dont ca ne peut nier l'importance: plus de vingt pour cent des formes que les fouilles ont données vivent aujourd’hui encore sur les mêmes points.

Sans entrer plus longuement dans les détails d’une controverse qui nous entraînerait trop loin, nous ajouterons seulement que la forination des pampas a certaine-

ment exigé un temps considérable, largos y largos siglos,

écrit Ameghino; qu’elle est probablement due à des causes multiples et variées; que toutes celles que nous venons d’énumérer, d’autres encoreactuellement inconnues y'ont sûrement contribué. Maisaucune découverte, aucane recherche ne permettent d'affirmer, avec quelque précision,

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quand et comment ces causes ont agi, encore moins de fixer l’époque de leur action. Si même on pouvait dater du pliocène l’âge de ces dépôts, il serait bien improbable que l’homme ou son précurseur, s'ils avaient vécu, eussent déjà appris à fabriquer la poterie ou à tirer d'ossements d'animaux des grattoirs et des poinçors. Il est donc probable que c'est à des causes accidentelles que l’on doit la présence des objets successivement recueillis dans les pampas.

Pour nous, il reste établi que rien, absolument rien, ne permet de faire remonter jusqu’au tertiaire l’existence de l’homme en Amérique. Bien plus, toutes les données de la science, toutes les études sérieuses y contredisent absolument, et l’on s’étonnerait à bon droitde voir un savant aussi éminent et aussi consciencieux que Wallace s’écrier : « He must have existed as Man in pliocene times and the intermediate forms connecting him with the higher apes probably lived during the early pliocene or the miocene period » (1), si l’on ne savait, par de trop nombreux exemples, combien est profond l'aveuglement scientifique et combien il cède peu même aux preuves les plus éclatantes.

Mais si l’homme n’a jamais vécu en Amérique durant le tertiaire, jusqu'à ces derniers temps sa présence à l'époque quaternaire semblait acceptée par tous, et si les lecteurs de la Revue des questions scientifiques veulent bien se rappeler les pages que j'écrivais il y a deux ans, ils verront que la discussion ne roulait que sur l’époque précise de son apparition. Cet homme était-il post-glaciaire ou inter-glaciaire? Les résultats des études si nombreuses entreprises durant ces dernières années permettent-ils d'affirmer sa présence soit durant la grande extension des

(1) “ L'homme a sûrement vécu durant le pliocène, et les formes intermédiaires le rattachant aux singes les plus élevés ont dû vivre vers les débuts du pliocène ou même au miocène. , Antiquity of Munin North America, NiNETEENTH CENTURY, oct. 1887.

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