‹ Le préhistorique en EuropeChapitre 23 sur 94 · SILEX TAILLÉS · texte numérisé non relu

SILEX TAILLÉS

graviers déposés par les rivières rapides. L'âge de ces graviers, du reste, est déterminé par les ossements d'Elephas primigemus, de Rhinocéros tichorhinas^ d^Ursus spelœus, etc., qu'on y rencontre. A ce même niveau, quelques haches ont été recueillies, larges, lancéolées, se rapprochant du type d'Abbeville çt de Saint-Acheul, ^ bien différentes, d'ailleurs, par leur aspect, surtout par leur patine et leur couleur roussâtre, de celles qui se trouvent à la partie supérieure en si grande abondance. L'assise caillouteuse des tranchées de Mesvin et de Spiennes est recouverte immédiatement par un limon jaunâtre faisant effervescence avec les acides, et connu dans le pays sous le nom à'Ergeron, Ce dépôt, dont la puissance varie de un à dix mètres, se lie intimement au dépôt caillouteux, sans qu'il soit possible, dans certains cas, de reconnaître la ligne de démarcation. Là encore se montrent les ossements du mammouth et du rhinoceroSy associés à des coquilles terrestres et fluviales, identiques à celles qui vivent encore dans la contrée.

Au-dessus de ce dépôt, s'étend l'assise supérieure du terrain quaternaire qui constitue la terre à brique des environs de Mons. Cette couche, qui se distingue de la précédente par plus de plasticité, par une coloration jaune plus foncée, par l'absence de calcaire et de stratification, recouvre toutes les ondulations du sol ; on la voit déposée sur les sommets et les flancs des collines, et s'étendant jusqu'au fond des vallées, où elle se rattache, par des passages insensibles, aux alluvions modernes.

Tous ces dépôts, même la couche supérieure, ont, suivant M. Cornet, qui sert de guide au Congrès, un caractère essentiellement local. Une discussion des plus intéressantes, à laquelle prennent part MM. Cornet, Hébert, de Mortillet, etc., s'engage d^ns la tranchée,

byGoogk

en présence même de la coupe très complète qui en est l'objet.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, les champs qui s'étendent au-dessus des tranchées de Spiennes et de Mesvin constituèrent un vaste atelier de silex, à l'époque de la pierre ^olie. Afin de se procurer les silex dont ils avaient besoin, les hommes de cette époque avaient pratiqué des puits qui, traversant les couches quaternaires et tertiaires, pénétraient dans la craie, en galeries souterraines, destinées à l'exploitation des bancs de silex les plus favorables. Un grand nombre de haches ébauchées ont été rencontrées dans ces galeries, qui servaient peutêtre en même temps de lieu de dépôt, et sont aujourd'hui comblées, ainsi que les puits, par des éboulements, des déblais ou du limon. Les puits sont verticaux, étroits, à ouverture circulaire de 0°^60 à 0™80 de diamètre ; ils sont souvent légèrement élargis en entonnoir, vers la surface, dans le terrain supérieur, et à leur base, dans la craie. Plus de vingt-cinq de ces ouvertures ont été rencontrées dans la tranchée du chemin de fer, parfois très près les unes des autres.

Nous avons pu voir, avec un vif intérêt, les traces de quelques-uns de ces puits se dessiner sur le talus de la tranchée, et nous avons pénétré dans une galerie qui avait été déblayée pour la circonstance. C'est un fait extrêmement curieux que ce mode d'exploitation du silex, employé sur aussi vaste échelle, à l'âge de la pierre polie.

L'atelier de Spiennes est un des plus considérables que l'on connaisse. Il est probable que la tribu sédentaire qui l'exploitait a séjourné longtemps dans la région. C'est de Spiennes que proviennent la plupart des haches de pierre qu'on rencontre dans les Flandres et dans les Ardennes.

byGoogk

CAMP DE HASTEDON 101

D'après les observations de MM. Briart, Cornet et Houzeau de Lahaye, les anciennes galeries se prolongeaient sous un espace qui ne comprenait pas moins de vingt à vingt-cinq hectares. A en juger par Tëtendue de ces galeries et par l'abondance des éclats qui recouvrent le sol, quelquefois sur une épaisseur assez considérable, on peut évaluer à plusieurs millions le nombre des silex taillés qui sont sortis des ateliers de Spiennes. Les haches polies recueillies à Spiennes sont relativement très rares. Les haches étaient livrées au commerce sans être polies, et l'acquéreur se chargeait de l'opération longue, mais facile, du polissage.

Une troisième excursion était inscrite au programme : il s'agissait de visiter le camp de Hastedon et le musée archéologique de Namur. L'affluence des membres du Congrès était plus considérable encore qu'aux excursions précédentes : notre nombre dépassait trois cents.

A neuf heures, le train arrivait à Namur. Après les discours officiels, le Congrès se rend au camp d'Hastedon, à quelques kilomètres à peine de la ville. Malgré cette courte distance, de nombreux équipages sont préparés dans la cour de la gare, et la plupart d'entre nous y prennent place. Comme Dinant, Namur s'était mis en fête, et les rues, que le Congrès avait à traverser, étaient pavoisées de drapeaux. Les voitures nous laissèrent au pied de la montagne, sur le sommet de laquelle s'étend le camp d'Hastedon ; le chemin qui y conduit est raide, escarpé ; M. d'Omalius d'Halloy, notre intrépide président, nous donne l'exemple et le gravit avec des jambes qui font envie à plus d'un jeune homme.

Nous voici au sommet du plateau ; le camp est entouré d'une ceinture de retranchements faits de fascines calci-

nées, recouvertes de roches qui ont subi aussi, et avec une grande intensité, Faction du feu. Les membres du Congrès se divisent en deux groupes ; les uns se répandent çà et là, au milieu du camp qui a plus de onze hectares de superficie, et cherchent à se procurer quelques débris de silex taillés et de haches polies, naturellement beaucoup moins nombreuses que dans les ateliers de Spiennes. Les autres, sous la direction de M. Dupont, font le tour du camp ; des tranchées plus ou moins profondes ont été pratiquées sur plusieurs points de l'enceinte, afin de nous permettre d'étudier plus facilement la nature et la disposition des matériaux employés.

A plusieurs reprises, M. Dupont donne des explications intéressantes sur ce camp fortifié, plus tard occupé par les Romains, mais qui, à une époque beaucoup plus ancienne, a été établi par les hommes de la pierre polie. Revenant sur sa thèse favorite, M. Dupont cherche à démontrer, sur les lieux mêmes, que les hommes qui, au commencement de l'époque quaternaire, avaient taillé à Spiennes et à Mesvin des haches dans le type de Saint- Acheul, sont les mêmes qui, après une longue succession de temps, et par une évolution régulière de leur industrie, sont arrivés au travail de 'la pierre polie ; qu'ils se sont répandus alors au delà de leurs anciennes limites, ont pénétré dans la haute Belgique, et y ont remplacé les peuplades troglodytes, bien différentes de mœurs et d'industrie. « Cet envahissement, dit M. Dupont, ne s'est pas effectué sans luttes et sans combats, et le camp d'Hastedon, situé sur un mamelon entouré de rochers escarpés et relié au plateau par un seul point, aurait été une de leurs antiques forteresses. »

M. Dupont, à la séance qui a suivi cette excursion, a développé de nouveau les idées qu'il avait exposées sur

Page 1