MUSÉE DE NAMUR
le plateau de Hastedon. Il les a complétées en constatant que révolution de l'industrie a été dans toute TEurope la même qu'en Belgique. Il y aurait donc eu d'abord en Europe, suivant lui, deux peuples en présence et sans liaison entre eux : l'un habitait Jes cavernes et les pays de montagnes ; l'autre vivait dans la plaine, le long des cours d'eau, où il se construisait sans doute des huttes. M. Dupont trace sur une carte l'aire géographique de ces deux peuples : ce sont les habitants de la plaine qui ont créé l'industrie de la pierre polie et ont dominé exclusivement à cette époque dans l'Europe occidentale. — Cette hypothèse de M. Dupont ne repose pas sur des faits assez nombreux et assez concluants pour pouvoir être acceptée ou du moins généralisée.
A deux heures, le Congrès était de retour à Namur, et il lui restait encore assez de temps pour visiter en détail le musée provincial, M. Del Marmol, président de la Société archéologique et l'un des fondateurs du musée, adresse au Congrès quelques paroles de bienvenue, et nous fait très gracieusement les honneurs des collections.
Le Musée anté-historique et archéologique de Namur est parfaitement installé. Composé uniquement d'objets recueillis dans la région, il présente, au point de vue local, un très grand intérêt. Les objets de l'âge de la pierre polie, trouvés dans le camp d'Hastedon que nous venions de visiter, ont frappé surtout mon attention ; ce sont de belles haches polies en silex grisâtre de Spiennes et de Mesvin, des grattoirs, des couteaux, des marteaux, des flèches triangulaires finement retouchées sur les bords. Tous ces instruments appartiennent sans conteste à l'âge de la pierre polie.
D'autres vitrines renferment des silex taillés d'une époque plus ancienno, des ossements d'animaux et une
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belle série de crânes, provenant de fouilles exécutées dans la province de Namur. Les époques gauloise, galloromaine et franque sont largement représentées. Parmi les objets les plus remarquables, nous citerons une très belle série de vases en .verre aux formes bizarres, des fibules, des anneaux, des bracelets en bronze, de magnifiques colliers en perles multicolores, un buste en pierre d'un Barbare, retrouvé dans le lit de la Sambre, des tombeaux et des bas-reliefs gallo-romains recueillis dans les cimetières de Champion et de Wépion. L'installation et le classement des collections ne laissent rien à désirer, et font honneur au goût et à la science de ceux qui dirigent le musée.
Les membres du Congrès visitèrent également avec intérêt une curieuse et très précieuse collection d'objets d'orfèvrerie religieuse, appartenant au couvent des Sœurs de Notre-Dame.
A quatre heures, un banquet, offert par les habitants de Namur, réunissait au théâtre, dans la grande salle des concerts, tous les membres du Congrès et un grand nombre de notabilités de la ville et de la province.
Pendant le dîner, Texcellente musique du 9® de ligne a fait entendre de charmantes symphonies. Le Congrès n'a quitté la table du festin que pour entendre, dans la brillante salle du théâtre, le concert donné par la Société de Montcrabeau, concert étrange, exécuté sur des mirlitons par les quarante Molons, étages en amphithéâtre et vêtus de costumes burlesques. Le Congrès était ravi. Des applaudissements multipliés ont témoigné tout le plaisir que causait aux étrangers cette musique originale, particulière à la ville de Namur. Plusieurs chansons avaient été composées par les Molons à l'occasion du Congrès. La journée était complète, et, à onze heures,
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nous quittâmes Namur, aux cris mille fois répétés de : « Vive Namur ! hourrah pour les Namurois ! »
Homme tertiaire, silex de Thenay. — Incisions faites par les dents crénelées d*un grand squale. — Classification des époques préhistoriques par M. de Mortillet. — Opinion do M. Fraas. — Observations de M Hébert, du docteur Broca et de M. Caxalis de Fondouce. — Race des hommes préhistoriques de la Belgique. — Origine et âge des dolmens. — Buste de M. d'Omalius d'Halloy.
Les séances alternaient avec les excursions, et les communications ont été nombreuses.
La première, par ordre de date et aussi par son intérêt, est celle relative à V existence de l'homme tertiaire. On se rappelait encore Témotion qu'avait produite, dans le monde scientifique, le mémoire présenté par l'abbé Bourgeois, au Congrès préhistorique de Paris, en 1867. Ce savant distingué annonçait qu'il avait découvert à Thenay, près de Pontlevoy (Loir-et-Cher), dans un terrain miocène parfaitement caractérisé, des silex travaillés de main d'homme et offrant l'aspect de couteaux, de grattoirs, de flèches, de marteaux. A cette époque, les pièces de conviction furent mises sous les yeux de l'assemblée ; les uns reconnurent l'action de l'homme, d'autres la nièrent ; le plus grand nombre resta indécis. Depuis lors, M. l'abbé Bourgeois a multiplié ses recherches ; il a de nouveau étudié le gisement ; il a recueilli d'autres silex, et il désirait soumettre la question en dernier appel au Congrès de Bruxelles.
Suivant l'abbé Bourgeois, et tous les géologues présents à la réunion partagent son avis, le gisement ne saurait être contesté ; il a été visité et étudié par les hommes les plus compétents ; il n'est douteux pour personne que les silex dont il s'agit n'aient été recueillis à la base du calcaire de Beauce, que recouvrent successivement les sables fluviatiles de l'Orléanais, avec les Dinotherium Cuvieri et Mastodon an ff us tidens, les faluns miocènes de la Touraine, avec leur faune marine et ces myriades de coquilles aujourd'hui disparues, puis les alluvions quaternaires, caractérisées par VHyena spelœa, le Rhinocéros tichorhinus et des silex taillés du type de Saint-Acheul.
Le point géologique et stratigraphique est tranché ; le seul point qui puisse présenter de la difficulté est de savoir si les silex recueillis sont réellement taillés, ou s'ils ne ressemblent aux instruments de pierre que par accident. L'abbé Bourgeois a apporté les principaux silex tertiaires de sa collection, et demande qu'une commission spéciale soit chargée de les examiner et de faire son rapport.
La question ne pouvait pas être posée plus nettement, plus loyalement par l'abbé Bourgeois ; aussi sa proposition fut-elle accueillie par le Congrès avec une vive sympathie, et immédiatement une commission, composée de tous les hommes qui connaissaient le mieux les silex, fut désignée par le bureau. Cette commission fit son rapport à l'une des dernières séances du Congrès. Ce rapport, malheureusement, ne renferme encore aucune solution positive ; les avis sont partagés. MM. Worsaae, Schmidt, de Mortillet, Dupont et d'autres encore, admettent que quelques-uns des silex, produits par M. l'abbé Bourgeois, paraissent taillés de main d'homme. MM.
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Nilsson, Steenstrup, Desor, au contraire, se prononcent pour la négative ; quelques membres, indécis, hésitent à prendre une détermination.
Le but de Tabbé Bourgeois n'est donc pas atteint, et la question reste incertaine encore.
Il nous paraît, cependant, qu'en présence des avis divers émis par les membres de la commission, Topinion, qui fait remonter l'existence de Thomme à Tépoque miocène, a perdu du terrain. Si réellement les silex deThenay avaient été taillés par l'homme, il nous semble que depuis 1867, époque à laquelle l'attention a été appelée sur cette importante question, d'autres faits plus démonstratifs, plus éclatants, seraient venus se joindre à ceux signalés par l'abbé Bourgeois et les corroborer. La question est trop grave, trop contraire à tous les faits observés jusqu'à ce jour, pour qu'il soit possible de la trancher à l'aide de quelques silex rencontrés dans un seul gisement de France, silex dont l'usage n'est pas bien défini, et dont les cassures intentionnelles ne sont pas à l'abri de toute contestation. Aussi nous comprenons parfaitement la réserve de la commission. L*abbé Bourgeois, paraît-il, demeure convaincu. Il reste à fouiller de nouveau les gisements miocènes, et si l'homme, comme le présume le savant abbé, a réellement vécu sur les rivages du grand lac de Beauce, on ne peut manquer de rencontrer des témoignages plus certains de son existence.
Dans Tétat actuel de la science, l'existence de l'homme, à l'époque tertiaire, loin de s'affirmer, devient donc de plus en plus problématique. Ce ne sont plus seulement les silex taillés miocènes qui sont révoqués en doute ; mais, en même temps, d'autres faits, sur lesquels on s'appuyait, disparaissent ou tendent à perdre de leur valeur.
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Au même Congrès de 1867, M. labbé Delaunay avait présenté des côtes d'un cétacé des faluns {Halitherium), qu'on croyait incisés par la main de Thomme. M. Tabbé Bourgeois est venu déclarer qu'il se rangeait désormais à Topinion de M. Hébert, de M. Delfortrie, etc., et reconnaissait que ces incisions étaient faites par les dents crénelées d'un grand squale, le Carckarodon megalodoriy qui avait dû ronger ces os, alors qu'ils étaient frais.
M. Withney avait signalé, il y a quelques années, la rencontre non seulement d'objets travaillés, mais d'une tête humaine dans les terrains tertiaires de la Californie. Cette découverte, annoncée successivement au Congrès de Paris, à la Société géologique de France et à l'Académie des sciences, avait produit un certain retentissement.
Depuis, il n'en a plus été parlé; il résulte, des explications fournies au Congrès, qu'aucun fait nouveau n'est venu confirmer cette découverte, qui n'a pas encore été publiée. Si le crâne dont il s'agit est bien réellement un crâne humain, quelques doutes peuvent subsister, et sur l'âge du terrain, et sur l'époque où ces débris y auraient été enfouis.
Si l'existence de l'homme est encore très incertaine à l'époque tertiaire, il n'en est pas de même à l'époque quaternaire. Ici, au contraire, les preuves surabondent, évidentes, incontestables. Dans toutes les régions de l'Europe, les couches quaternaires les plus anciennnes renferment des vestiges de l'industrie de l'homme, vestiges qui se modifient et subissent une évolution progressive, au fur et à mesure qu'on s'élève dans la série des temps et qu'on se rapproche de l'époque actuelle. La classification des différentes périodes de l'âge de la pierre a son importance ; elle a donné lieu, à plusieurs reprises, dans le sein du Congrès, à de longues et savantes discussions que je vais essayer de résumer :
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