‹ Le préhistorique en EuropeChapitre 26 sur 94 · Epoque de Robenhausen · texte numérisé non relu

Epoque de Robenhausen

L'abbé Bourgeois, et avec lui M. Francks, font quelques objections à M. de Mortillet : les divisions qu'il vient d'établir ne leur paraissent pas aussi nettement tranchées ; associés à la hache de Saint-Acheul, on rencontre, déjà à cette époque, des couteaux, des grattoirs, des marteaux, qui diffèrent bien peu de ceux qui caractérisent la période suivante. L'époque du renne elle-même ne se présente pas partout avec les mêmes caractères ; la poterie, les objets de parures, trouvés par M. Dupont dans les grottes de l'âge du renne, semblent établir que les troglodytes de la Belgique étaient plus avancés que ceux du Midi de la France.

M. Fraas, professeur de géologie à Stuttgard, va beaucoup plus loin. Suivant lui, il n'existe en Allemagne ni âge du mammouth, ni âge de l'ours, ni âge du renne, ni aucune des subdivisions établies par M. de Mortillet, mais une seule époque, beaucoup plus récente qu'on ne le croit généralement, représentée par la grotte de Hohlefeh, dans laquelle tous ces ossements sont con-

byGoogk

fondus, associés à des silex taillés. Il en est de même en Belgique, ajoute M. Fraas, il doit en être de même en France.

Ce système, qui ne tend à rien moins qu'à nier l'existence des silex taillés quaternaires, est trop contraire aux faits observés pour être adopté un instant parle Congrès. C'est M. Hébert qui en a fait justice. Le savant professeur, avec l'autorité que lui donnent ses longues études sur le terrain quaternaire, pose en principe que les résultats acquis par la géologie doivent, avant tout, nous servir de guide dans cette question de classification ; puis il rappelle en quelques mots la composition générale du terrain quaternaire, non seulement en France, mais en Angleterre, en Danemark, en Belgique, partout où il a été observé : à la base, ce sont des cailloux roulés, des graviers et des sables avec ossements d'hippopotame, de rhinocéros et d'éléphant {Elephas antiquus). Ce dépôt, tout à fait inférieur, et qu'on cherche en vain à rajeunir, renferme les silex du type de Saint-Acheul ; c'est incontestablement le terrain quarternaire inférieur. Ces cailloux roulés et ces graviers sont toujours recouverts par des argiles rouges à cailloux anguleux, qui, en France du moins, ne renferment aucun débris organique. Ces deux séries de couches appartiennent à un phénomène général, et c'est seulement, après le dépôt de l'argile rouge à silex brisés, que viennent les assises supérieures de M. de Mortillet, et probablement la plus grande partie des couches formées dans les cavernes.

Pendant que se déposaient les argiles rouges, l'homme ne pouvait vivre dans l'Europe, qui était en grande partie submergée. « La géologie nous enseigne, dit M. Hébert, qu'au-dessus des terrains quaternaires in-

byGoogk

CAVERNE DE l'hOMME MORT 113

férieurs, il existe une lacune, un hiatus considérable, qui doit nécessairement correspondre à une lacune de même nature dans les faits archéologiques. Quoi qu'en dise M. Fraas, les animaux dont on rencontre les débris dans les couches inférieures, ne sont pas les mêmes que ceux qui caractérisent les dépôts supérieurs. Vous pourrez trouver encore, au-dessus des argiles rouges à silex brisés, VElephas primigenius et YUrsus spelœus, qui ont longtemps prolongé leur existence, vous n'y rencontrerez jamais VElephas antiquus ! »

Le docteur Broca, à un autre point de vue, discute la classification proposée par M. de Mortillet ; il ne croit pas qu'il existe, entre l'époque de la Madeleine et celle de la pierre polie, une lacune aussi considérable que paraît lo penser le savant directeur du musée de Saint-Germain. Les fouilles, récemment exécutées dans une des nombreuses cavernes de la vallée de la Jonte (Lozère), la caverne de l'homme m,ort, révèlent l'existence d'une peuplade intermédiaire qui a les habitudes des troglodytes, et habite comme eux les cavernes, tout en faisant usage de la pierre polie et en vivant au milieu des animaux domestiques. La caverne de Vhomme mort est une véritable grotte sépulcrale, présentant tous les caractères de celles qui existent à l'époque de la pierre taillée.

M. Cazalis de Fondouce partage l'opinion de M. Broca : il ajoute que, dès 1867, il a décrit la grotte sépulcrale de Saint-Jean-d'Alcas (Aveyron), qui est de l'âge de la pierre polie et contient même quelques objets de métal. Son mobilier funéraire était exactement identique à celui des dolmens voisins, et, par suite, de la même époque. M. Cazalis de Fondouce cite également une grotte du département du Gard, dans laquelle, au milieu d'objets G. CoTTEAU. Le préhistorique, 8

byGoogk

de l'âge de la pierre polie, se trouvait une flèche barbelée en os, rappelant les harpons de la Madeleine. « Notre conviction, dit M. Cazalis de Fondouce, est que le peuple des dolmens s'est uni avec les vieux habitants du sol en présence duquel il s'est trouvé, et a fini par les absorber. Il ne nous paraît pas que la lacune signalée par M. de Mortillet, entre l'âge de la pierre taillée et l'âge de la pierre polie, ait réellement existé. »

Mentionnons ici un exposé très remarquable de M. Belgrand sur le creusement des vallées ; le savant ingénieur, reproduisant les théories développées dans son grand ouvrage sur le bassin de la Seine, en fait l'application aux vallées de la Belgique. Suivant lui, une révolution météorologique a fait la transition de l'époque quaternaire à l'époque de la pierre polie.

La question de savoir à quelle race appartenaient les hommes préhistoriques de la Belgique a également occupé les instants du Congrès. Nous avons entendu successivement, sur cette importante question, MM. de Mortillet, Schaffausen, de Quatrefages, Hamy, Lagneau, Dupont, Virchow, Van der Kinden, etc. L'opinion de M. Pruner-Bey, suivie par M. Dupont, qui rattache la race des cavernes belges à la race mongoloïde, a été vivement battue en brèche.

Nous avons surtout remarqué la communication du docteur Hamy : sa parole facile, sa voix sympathique ont entraîné à plusieurs reprises les applaudissements du Congrès. M. Hamy rapporte les races préhistoriques de la Belgique à trois types distincts : le plus ancien, qu'il désigne sous le nom de race australoïde, appartient au type le plus inférieur, et rappelle, par la configuration générale du crâne, la race australienne. C'est à ce type inférieur que se rattachent le crâne de Néanderthal et

byGoogk

Page 1