LA PIERRE POLIE
la mâchoire recueillie par M. Dupont dans le Trou de la, Naulette. Le second type, que M. Hamy rapporte au type de Montaigle, représente la période de transition entre le mammouth et le renne ; c'est à cette race qu'appartient le crâne d'Engis découvert par Schmerling. Le troisième type serait une race de métis assez difficile à circonscrire, mais qui ne se rapprocherait pas plus de la race mongoloïde que de toute autre. Les ossements, recueillis dans la grotte sépulcrale du Frontal près Furfooz, pourraient servir de type à cette troisième race. M. Hamy s'occupe ensuite des rapports que ces races préhistoriques présentent avec les populations actuelles de la Belgique. Suivant lui, ces races primitives ne sont pas complètement éteintes ; elles reparaissent encore par des cas isolés d'atavisme. Il en signale un exemple curieux, et met sous les yeux du Congrès le portrait hideux d'une batelière des environs de Mons, présentant tous les caractères de la race australoïde de l'âge du mammouth.
Plusieurs questions relatives à la pierre polie et à Voriffine des dolmens ont été discutées dans les dernières séances, et les sujets traités, pour être un peu plus rapprochés des temps historiques, n'en ont pas offert un moindre intérêt.
Des opinions diverses ont été émises pour expliquer la présence, dans nos régions, des haches de néphrite et de jadéite^ roche dure, transparente, souvent verdâtre, rayant le verre, et dont on ne connaît aucun gisement en Europe. M. Desor présente au Congrès deux magnifiques spécimens de haches en jadéite ; il se demande si ces objets précieux n'auraient pas été apportés d'Orient par les peuples de l'âge de la pierre polie, lorsqu'ils ont émigré vers nos pays ; on les gardait avec un soin reli-
gieux, c'étaient les reliques du passé, les derniers souvenirs de la mère patrie. Et ce qui semble confirmer jM. Desor dans cette opinion, c'est que ces haches sont peu nombreuses , de petite taille , presque toujours intactes, et distribuées dans des régions spéciales ; elles font défaut dans le Nord, sont rares en Allemagne et en Italie, et se rencontrent principalement le long des Alpes et dans le Midi de la France.
M. de Mortillet ne partage pas cette manière de voir : la néphrite et la jadéite des haches polies varient dans leur aspect et un peu aussi dans leur texture, suivant la région où on les a recueillies. La jadéite du Midi n'est pas celle des Alpes, celle du nord de la France et de la Belgique diffère également. Si ces haches avaient été apportées de TOrient à une même époque, elles ne changeraient pas ainsi de nature suivant les régions. Il semble plus simple à M. de Mortillet de supposer que ces haches proviennent de l'Europe. Leur gisement, il est vrai, est encore ignoré, mais n'en était-il pas de même, il y a quelques années, de la fibrolithe retrouvée récemment en Bretagne et dans le Puy-de-Dôme.
M. de Quatrefages serait plutôt d'avis que les haches de jadéite et de néphrite ont été introduites en Europe par la voie du commerce. Si, à cette même époque, la jadéite seule a été apportée de l'Orient, qui produisait en outre de l'or, des rubis, des diamants, etc., c'est qu'elle avait pour le sauvage, auquel elle tenait lieu de bronze et de fer, plus d'importance que toutes les autres matières précieuses.
MM. Schaaffhausen et Capellini, M. l'abbé Delaunay, M. le docteur Lagneau, M. Leemans, etc., prennent successivement la parole, mais la question, malgré les discussions auxquelles elle donne lieu, reste encore indécise.
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