STATUE DE LINNÉ
et beau bâtiment qui renferme la bibliothèque, de 200,000 volumes, les salles de cours, les laboratoires, etc.
Les étudiants nous conduisirent au jardin botanique, situé à droite de TUniversité. Ce jardin, l'un des plus anciens de l'Europe, a été créé par Linné ; ce n'est pas sans une émotion profonde, que je pénétrai sous ces ombrages séculaires et que j'admirai ces vieux arbres plantés par le grand naturaliste. Sa statue, en marbre blanc, se trouve dans le vestibule qui conduit aux serres ; avant toute chose, je voulus aller la saluer et rendre ainsi hommage, au véritable fondateur de l'histoire naturelle, à notre maître à tous I
Ce fut avec une réelle satisfaction, qu'au retour de mon pèlerinage à la statue de Linné, j'aperçus, dressées sous les ombrages du jardin, d'immenses tables garnies d'un excellent déjeuner; les étudiants et surtout les commissaires de la fête, qui se reconnaissaient à de larges rubans rouges portés en sautoir, tenaient à nous servir eux-mêmes, avec un empressement et une bonne grâce que je ne saurais dire. Jamais hospitalité ne fut plus aimablement et plus largement offerte. Avec le Champagne, commencèrent les toasts, très nombreux comme d'habitude. Parmi les meilleurs et les plus applaudis, je citerai celui de M. de Quàtrefages, aux étudiants d'Upsal; ce dernier toast, qui correspondait si bien à la pensée que nous avions tous, a été couvert d'unanimes applaudissements et de hourras mille fois répétés. Les étudiants étaient dans l'enthousiasme, et, séance tenante, ils ont offert à M. de Quàtrefages une de leurs casquettes blanches, ce qui, d'après leurs usages, est une grande marque de faveur. Le savant et sérieux professeur s'en couvrit aussitôt ; le soir, en revenant à Stockolm, il la portait encore et en paraissait très heu- G. CoTTEAU. Le préhistorique. 9
byGoogk
reux. Les dames étaient nombreuses à Texcursion ; avant de quitter le jardin, chacune d'elles reçut des étudiants, attention charmante et délicate, un très joli bouquet, en souvenir de la fête.
Avant de reprendre le train spécial qui nous attendait à la gare, nous avions deux heures à passer à Upsal. Nous en profitâmes pour voir la ville, toujours accompagnés des étudiants qui s'étaient partagé les membres du Congrès, cherchant de mille manières à se rendre utiles et à nous être agréables. Je visitai d'abord, tout près du jardin botanique, TUniversité {Carolina rediviva), et dans la bibliothèque, je vis le fameux Codex argenteus, traduction gothique des Quatre-Evangiles. Ce livre remonte au iv* siècle, et est imprimé à la main, en caractères en relief très anciens.
De là, je suis allé à la cathédrale, qui date du xv® siècle ; c'est la plus grande et la plus célèbre du Nord, mais en la comparant à nos monuments gothiques, elle m'a paru au-dessous de la plupart de nos cathédrales de second ordre ; elle renferme quelques précieux objets d'art, et plusieurs mausolées curieux. Dans l'un d'eux repose Carolus Linnœas, princeps boianicorum.
Nous avons visité ensuite les différents musées, qui n'offrent que peu d'intérêt à côté de ceux de Stockholm, et une école élémentaire parfaitement installée, avec ses salles d'études, sa salle des conférences, son gymnase, et remarquable surtout par le confortable et la propreté exquise qui régnent partout.
A quatre heures, le signal du départ est donné ; les étudiants, les habitants du pays, nous reconduisent en grand nombre. Au moment où le train s'ébranle, les mouchoirs, les casquettes s'agitent, les hourras, les cris d'adieu retentissent de tous côtés, et il en fut ainsi, non-
byGoogk
l'île de bjorko 131
seulement à la gare d'Upsal, mais aux autres stations. Partout une foule nombreuse nous attendait et nous saluait au passage.
La seconde excursion, non moins intéressante que la première, bien que d'un caractère tout différent, était destinée à visiter Vîle de Bjôrkù, et le château royal de Gripsholm,
Cette fois ce n'était plus en chemin de fer, mais par bateau à vapeur que l'excursion devait avoir lieu. Le roi, absent de Stockholm au moment de l'ouverture du Congrès, assistait la veille à la séance, et avait annoncé qu'il ferait partie de l'excursion ; les membres du bureau avaient été invités à prendre place dans le bateau royal. A huit heures, trois bateaux à vapeur pavoises nous attendaient sur le quai de Riddarholmen ; ils furent bientôt envahis et remplis par les membres du Congrès. Il faut près de deux heures pour se rendre à l'île de Bjorko, qu'on devait visiter d'abord. Rien de ravissant comme le trajet sur le lac Mœlar^ assurément le plus beau de la Suède ; rien de pittoresque comme ces myriades d'îles, au milieu desquelles le bateau s'engage ; leur aspect varie à chaque instant : tantôt elles sont ornées de chalets et de gracieuses maisons de campagne, et s'élèvent jusqu'au bord de l'eau en pentes verdoyantes et adoucies ; tantôt les rivages sont abrupts, escarpés, couronnés de forêts. Souvent elles se réduisent à de petits îlots formés de blocs de granit entassés, au milieu desquels ont poussé quelques bouleaux ou quelques sapins.
Au sortir de Stockholm, le bateau glisse entre les îles, et les longe quelquefois de très près, mais bientôt l'horizon s'élargit, et le lac, comme une vaste mer, s'étend presque à perte de vue ; puis les îles se multiplient, se rapprochent et le lac se resserre de nouveau pour s'élar-
byGoogk
gir un peu plus loin ; on passe tout près de File de Kunsgatt (île du Chapeau), dont les rives sont très escarpées, très hautes, couvertes à peine de quelques rares broussailles, et qui présente au sommet un poteau surmonté d'un vaste chapeau en fer-blanc. Suivant la légende que nous raconte un Suédois, ce chapeau marque Tendroit où l'un des rois de ce pays laissa tomber son couvre-chef, en se précipitant à cheval, du haut de la falaise dans les eaux du lac, pour échapper aux ennemis qni le poursuivaient.
L'île de Bjôrko ne tarde pas à se montrer à l'horizon ; nous la reconnaissons de loin à ses rives élevées, un peu dénudées, et à la foule déjà nombreuse des curieux qui se pressent à l'endroit où nous devons débarquer. Nous arrivons à peu près en même temps que le bateau royal ; des vivats et des hourras nous saluent au moment où nous mettons pied à terre, et nous passons sous des arcs de triomphe en feuillages, que les habitants de Tile ont élevés en l'honneur des membres du Congrès. 11 s'agissait de visiter, dans l'île de Bjôrko, remplacement d'une ville préhistorique, relativement considérable. Aucun vestige n'existe à la surface du sol ; mais des fouilles importantes, récemment exécutées à l'intention du Congrès, ont mis à découvert des restes de constructions souterraines et une quantité énorme de débris de cuisine, au milieu desquels se trouvent de nombreux objets de l'industrie, qui permettent de reconnaître les mœurs, les usages, l'état de civilisation des anciens habitants de ces contrées.
A quelques centaines de mètres de la ville, s'étend une série innombrable de petits tumuli, aujourd'hui couverts de sapins et de bouleaux. C'était le cimetière ancien ; malheureusement plusieurs de ces tumuli ont été
byGoogk