TUMULI
éventrés et fouillés, à différentes époques, pour en extraire les objets précieux qui accompagnaient les restes des morts, mais il en est encore beaucoup qui n'ont pas été ouverts.
Les membres du Congrès se rendent d'abord aux tumuli, qui, pressés les uns contre les autres comme de petites collines, et au nombre de plus de deux mille, occupent, sur les bords du lac, une vaste étendue de terrain. Monté sur une de ces collines, M. Stolpe, qui dirige les fouilles entreprises aux frais de l'Etat dans l'île de Bjôrkô, nous expose le résultat de ses découvertes. Quoi de plus saisissant que ces explications données sur les lieux mêmes, en face de cette ville disparue depuis tant de siècles et remplacée par des champs que la charrue cultive ! Le roi est à la droite de M. Stolpe, les membres du bureau l'entourent, les autres membres du Congrès se groupent sur les pentes du tertre tumulaire. M. Stolpe s'exprime en excellent français, sa voix est claire et retentissante ; aucune de ses savantes explications ne nous échappe. Je vais essayer de les résumer en quelques mots :
L'emplacement de la ville, d'après les fouilles qui ont été faites, occupe environ six hectares, partout recouverts d'une couche épaisse de cendre, de charbon, d'os d'animaux et de rebuts de cuisine. C'est dans cette couche, accumulée pendant des siècles, qu'ont été rencontrés un grand nombre d'objets appartenant à la civilisation du dernier âge du fer: des bijoux en or et en argent, des agrafes, des anneaux, des aiguilles, des vases, des fibules en bronze ornées de têtes de dragon, une foule de perles en verre, en cristal de roche, en cornaline, en agate, en ambre, etc., des épées, des pointes de flèche, des couteaux, des ciseaux, des peignes de tisserand, des
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gouges de charpentier, un instrument de supplice (un carcan probablement), le tout en fer ; une foule d'objets en os, aiguilles, peignes, cuillers, manches de couteaux, des pièces d'échecs, plus de trois cents patins de toutes grandeurs, très ingénieusement fabriqués avec des os de bœuf et des cornes d'élan ou de renne ; des pesons en argile durcie, des milliers de fragments de poterie et de vases en verre, des pièces à frotter en verre, ayant servi à lisser les étoffes, des poids pour les filets, des pierres à aiguiser, des moulins à bras, des étoffes et du fil, etc.
M. Stolpe, en outre de ces débris de toute nature, signale deux trouvailles, deux trésors évidemment enfouis ; le plus important, rencontré à trente centimètres de profondeur, dans une sébile en fer, plate, renfermait un grand nombre de bracelets et de fibules en argent et beaucoup de monnaies antiques, également en argent.
M. Stolpe, dans les débris de cuisine, a pu déterminer la présence de plus de cinquante espèces d'animaux sauvages ou domestiques, parmi lesquels, en dehors de ceux qui habitent aujourd'hui la Suède, il a reconnu un certain nombre d'espèces provenant de localités éloignées, indiquant ainsi que ces peuples avaient des relations commerciales assez étendues, et poussaient leurs excursions jusqu'au fond de la Baltique.
Les habitations, construites en bois et en osier, n'ont laissé d'autres vestiges que des fragments d'argile durcie et calcinée, portant encore l'empreinte des doigts qui les ont pétris, et des brindilles d'osier que l'argile servait à calfeutrer. Ces maisons, bâties en pisé, ' comme quelques cabanes actuelles de la Scanie, ont sans doute été détruites, à la suite d'un incendie considérable.
La ville était défendue, du côté du sud, par une en-
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BIRKA ' 135
ceinte fortifiée, formée de grands blocs de granit brut ^ui subsistent encore. Une pareille enceinte la protégeait également du côté des tumuli, sur lesquels elle avait accès par six issues différentes. Quant aux tumuli, ils contiennent des ossements brûlés, souvent déposés dans une urne en terre cuite, des ornements de bronze, des os d'animaux domestiques, et présentent tous les caractères des sépultures de l'âge de fer.
Suivant M. Stolpe, cette ville, entièrement détruite, si longtemps oubliée et dont l'origine se perd dans la nuit des temps, serait la ville de Birha, célèbre par son commerce, et dans laquelle Ansgarius, d'après la tradition, prêcha, pour la première fois, le christianisme aux sectateurs d'Odin. Elle florissait surtout entre le vu** et le x® siècle. Au commencement du xi® siècle, elle fut détruite par des pirates de la Baltique. Sur une hauteur voisine, on a érigé dans ces dernières années, à la mémoire d'Ansgarius, une croix en granit qui s'aperçoit de fort loin, et rappelle que la première prédication de l'Evangile en Suède a eu lieu à Birka.
A la suite de ces explications intéressantes, les membres du Congrès se répandirent au milieu des fouilles. Mêlés à la terre noirâtre et charbonneuse, se montrent par milliers des ossements de cerf, d'élan, de mouton, de bœuf, de cheval, de sanglier, etc. ; les mâchoires sont presque intactes; les os longs sont brisés pour en extraire la moelle. Plusieurs d'entre nous furent assez favorisés pour rencontrer, au milieu de ces ossements, quelques objets curieux de l'industrie.
Une collation champêtre nous attendait près de la croix de granit, et l'on y fît honneur, en dépit de tous les débris de cuisine dont quelques membres du Congrès s'étaient chargés. Le roi paraissait heureux de cette
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excursion, et circulait au milieu de nous, se mêlant à quelques groupes et exprimant son opinion sur les faits dont nous avait entretenus M. Stolpe.
Après le déjeuner, nous quittâmes l'île de Bjôrkô, au milieu des hourras de la foule, et les bateaux reprirent leur course à travers les îles du lac ; deux heures après, nous arrivions à la petite ville de Mariefred, près de laquelle s'élève le château de Gripsholm. Cet édifice, qui remonte au xiv® siècle, a longtemps servi de prison d'Etat ; dans ces derniers temps, il a subi de nombreuses réparations, destinées à lui rendre son ancien aspect ; aujourd'hui, c'est un musée dans le genre de celui de Versailles ; il renferme plus de deux mille portraits représentant les célébrités historiques, scientifiques et littéraires de l'Europe. On y voit en outre une salle d'armes et quelques antiquités curieuses.
Après avoir visité le château, je descendis dans les jardins qui s'étendent sur les bords du lac. Des tables étaient dressées à l'ombre des grands arbres, et un de ces excellents repas, auxquels nous avait habitués l'hospitalité suédoise, nous fut servi.
A six heures, nous reprenions nos bateaux pour rentrer à Stockholm, au milieu des coups de canon, des feux d'artifice, des illuminations qui se reflétaient dans les eaux du lac, des hourras et des vivats partant de toutes les maisons de campagne, fêtant ainsi le retour du Congrès.
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Les plus anciennes traces de l'existence de l'homme en Suède. — L'âge de la pierre polie. — Distribution générale des dolmens. — Bijoux d'ambre des dolmens. — Ambre italien. — Age du bronze et âge du fer en Suède. — Terrain quaternaire de Grenelle. — Liaison entre l'âge du renne et l'époque néolithique. — Climat de l'époque quaternaire. — Animaux domestiques préhistoriques. — Légende internationale pour les cartes archéologiques. — Grottes d'Uruty, à Sondes. — Clôture du Congrès. — Musées de Stockholm. — Aspect de la ville.
J'ai maintenant à parler des séances, alternant avec les excursions. Le compte rendu in çxtenso a été publié, ainsi que tous les mémoires qui ont été lus ou présentés; je me bornerai à dire quelques mots des questions les plus intéressantes.
La première inscrite au programme était celle-ci : Quelles sont les traces les plus anciennes de Vexistence de V homme en Suède? M. le baron Kurck, MM. Vorsaae, Evans, Desor, de Quatrefages, Bertrand, prennent part à la discussion. Il en résulte que, suivant toute probabilité, rhomme n'existait pas dans la Scanie à Tépoque glaciaire. Cette hutte de pécheur dont les débris, suivant Gh. Martins et quelques autres auteurs, ont été découverts à Sodertelje, dans des dépôts glaciaires, serait, d après MM. Torell et Hildebrand, relativement moderne, et ensevelie dans des éboulements de sables glaciaires, à une époque récente.
M. Desor vient appuyer cette opinion ; il ne peut croire à Texistence de Thomme glaciaire en Scandinavie : les découvertes qui ont été faites en France, en Allemagne
et tout récemment en Suisse, près de Schaffouse, nous montrent dans ces régions, à Tépoque glaciaire, des restes de l'industrie humaine mêlés à des débris d'animaux Scandinaves et à une flore même boréale. Puisque Ton trouvait à cette époque, dit M. Desor, sous une latitude de 47 à 48 degrés, la faune et la flore qui existent aujourd'hui à une latitude de 20 dégrés plus au nord, comment était-il possible à Thomme d'exister dans cette dernière contrée, quand il avait de la peine à vivre à 20 degrés plus au sud !
Ce qu'il y a, du reste, de certain, et ce qui corrobore entièrement les paroles de M. Desor, c'est que dans la Suède, jusqu'ici, aucun débris pouvant se rapporter à l'époque paléolithique n'a été recueilli ; on y trouve bien des silex éclatés, tajjlés et non polis, d'un travail plus ou moins grossier, mais, ainsi que l'a dit le baron Kurck, ils se rencontrent toujours mêlés aux silex polis ou finement retouchés. Ces formes, si diverses d'aspect et de travail, sont contemporaines et caractérisent la même époque. Les deux âges de la pierre, si distincts en Danemark, suivant M. Worsaae, sont confondus, dans la Suède, en une seule et même période. La civilisation a commencé en Danemark beaucoup plus tôt qu'en Suède ; le Jutland et les côtes de l'ouest étaient habités depuis longtemps, que la Scanie, et à plus forte raison les régions du nord, étaient encore sous les eaux et couvertes de glaciers. Ce n'est que lentement et peu à peu que l'âge de la pierre s'est avancé vers le nord ; l'époque des kjœkkenmœddings n'existe pas en Suède.
La deuxième question du programme : Comment se caractérise Vàge de la pierre polie en Suède ? Faut-il attribuer les antiquités de cet âge à un seul peuple^ ou peut-on établir la co-existence de plusieurs tribus qui
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