TUMULI DE ERD
M. Szabô, professeur de géologie à Pesth, savant aimable et distingué, dont j'ai eu bien souvent à me louer pendant mon séjour en Hongrie. Ce jour-là, grâce à lui, je pus suivre un cours de géologie locale, sur les bords du Danube, et reconnaître de loin, à leur forme caractéristique, les collines qui appartiennent soit aux dolomies triasiques, soit aux couches nummulitiques, soit aux marnes oligocènes.
Notre première station était à Erd. Les autorités du comté nous attendaient en grand costume. Après les discours d'usage, nous mîmes pied à terre. Comme à Hatvan, les populations étaient accourues des villages voisins ; mais ici les types et les costumes étaient bien différents. Nous étions au milieu d'une colonie serbe, établie depuis deux ou trois cents ans en Hongrie, et qui, bien que mêlée sur certains points aux Hongrois, avait conservé ses usages nationaux, sa langue, ses costumes. Filles et garçons étaient parés de leurs plus beaux atours ; quelques jeunes filles portaient des costumes d'une grande richesse, garnis de dentelles, brodés d'or et d'argent, et remarquables par l'éclat des couleurs. Elles étaient plus grandes, plus élancées et en général plus jolies que les paysannes de Hatvan.
Nous gravîmes ensuite, par un sentier assez raide, une colline couverte de vignes. A moitié chemin, le professeur Szabô me fît remarquer une coupe fort belle du calcaire à congéries, puis nous arrivâmes sur un plateau présentant un grand nombre de petites éminences qui ne sont autre chose que des tumuli^ de la première époque du fer.
Deux de ces sépultures ont été ouvertes à l'occasion du Congrès, et les objets qu'on y a recueillis sont exposés à côté de la fouille. Celui que je visite d'abord peut avoir vingt mètres de diamètre sur quatre à cinq mètres de
hauteur. Vers le centre, se trouve une accumulation de grosses pierres jetées pèle mêle, des cendres, des morceaux de bois carbonisés et de nombreux débris de poteries grossières.
Les proportions du second tumulus sont à peu près les mêmes : on y remarque seulement des débris de grosses poutres charbonnées, formant une sorte d'encaissement au milieu duquel se trouvait sans doute la sépulture. Le fond est composé d'une argile durcie, conservant l'empreinte des vases qui y ont été déposés, lorsque cette argile était molle encore.
Les vases retirés de ces tumuli sont en poterie noirâtre et grossière, et leur forme rappelle celle des vases du cimetière de Hat van. Associés à ces débris de poteries, se sont rencontrés quelques ornements en bronze et une hache en fer, de même forme que les haches plates en bronze.
Les tumuli sont de dimensions inégales, et on les voit se profiler au loin sur la vaste étendue du plateau ; l'un d'eux, qui se rapproche du Danube, a plus de soixante mètres de diamètre et vingt^cinq ou trente mètres d'élévation; du sommet, on voit se dérouler au . loin le Danube et les plaines marécageuses qui l'avoisinent.
Nous retournons prendre notre bateau à Erd, et nous nous dirigeons vers Batta, où sont les ruines d'un établissement de bains, vestiges d'une colonie romaine, l'ancienne Portentiana. Une magnifique réception nous avait été préparée. Le baron de Sina, possesseur d'immenses propriétés dans le comté, dès qu'il avait su que Pesth était choisi comme lieu de réunion du Congrès, avait résolu de le recevoir, et, dans ce but, avait fait pratiquer de nombreuses fouilles dans la contrée. Malheu-