‹ Le préhistorique en EuropeChapitre 52 sur 94 · INSTITUT GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

INSTITUT GÉOLOGIQUE

bien employé. J'ai consacré nécessairement plusieurs visites à l'examen des collections paléontologiques du muséum d'histoire naturelle.

La collection de V.Institut géologique mérite surtout d'être étudiée. Elle est parfaitement classée, et, d'un coup d'œil, on peut embrasser dans leur ensemble la série de terrains de la Hongrie. Là encore, je pus examiner quelques spécimens intéressants d'échinides, appartenant aux couches éocènes, types fort rares et qui manqueront longtemps encore à mes collections. Le directeur de l'Institut géologique est M. le professeur Hantken, qui connaît parfaitement les formations de la Hongrie ; il fut pour moi d'une extrême bienveillance ; malheureusement, je l'ai vu à peine; pendant la durée du Congrès, il avait accompagné MM. Hébert et Munier-Ghalmas dans les excursions géologiques, longues et difficiles, que nos deux intrépides compatriotes avaient entreprises au cœur de la Hongrie, et jusque vers les contreforts des Carpathes.

Pesth est une ville charmante, en pleine voie d'accroissement et de prospérité, et admirablement située sur les bords du Danube. Ses larges quais plantés d'arbres, bordés, sur une longueur de plusieurs kilomètres, de maisons élégantes et d'hôtels splendides, forment le soir une promenade très fréquentée. Bude et Pesth, la ville ancienne et la ville nouvelle, ne sont séparées que par le Danube, et bien que d'une physionomie toute différente, ne forment qu'une seule et même ville. Quelques minutes suffisent pour la traversée, soit que l'on prenne un de ces gracieux petits bateaux à vapeur qui sillonnent incessamment le fleuve en tous sens, soit qiie l'on choisisse le magnifique pont de fer qui unit les deux rives, et dont nous pouvons à juste titre être fiers, car il est sorti des usines de France.

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Dans cette cité presque orientale, la vie est agréable et facile. Les étrangers, les Français surtout, sont parfaitement accueillis, et c'est à qui s'empressera de leur être utile, de leur servir de guide. Que de ravissantes promenades à faire, au sortir de nos séances, soit au Blocks» berg, d'où Ton jouit, au soleil couchant, d'une vue si admirable sur Bude, sur Pesth et sur la vallée du Danube, soit à l'île Sainte-Marguerite, où se trouvent un établissement d'eaux thermales parfaitement organisé, de superbes jardins plantés d'arbres séculaires, un excellent restaurant, etc.!

Les journées ainsi employées s'écoulent vite, aussi je quittai Pesth non sans regret, et certainement avec le désir d'y revenir. Au retour, je passai un jour seulement à Vienne, et le lendemain matin, je pris le chemin -de fer de Vienne à Trieste, avec l'intention de m'arrêtera Gratz, à Laybach et à Adelsberg. A Laybach, je devais être rejoint par MM. Gazalis de Fondouce et Chantre, que leurs fonctions de secrétaires du Congrès retenaient un jour de plus à Pesth.

De Vienne à Gratx. — Chemin de fer du Semmering. — Le professeur d'Ettinghausen. — ^^usée archéologique de Gratz. — Laybach. — Fouilles dans les palafittes. — Grotte d* Adelsberg. — Trieste. — Ve> nise. — Musée de Vicence. — Musée de Vérone.

De Vienne à Gratz, le chemin de fer traverse les hautes montagnes du Semmering, et, dans tout son parcours, la

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route est magnifique. Je me trouvais dans le même wagon que M. Daubrée, Téminent directeur de Técole des mines de Paris; j'étais heureux de faire ce trajet en sa compagnie et de pouvoir admirer avec lui ces belles montagnes.

Au sortir de Vienne, le paysage est splendide. Le chemin de fer s'élève un peu et la vue embrasse, à droite, une plaine immense, semée de maisons de campagne, de fermes, de villages, et s'étendant jusqu'aux montagnes de la Leytha qui bordent l'horizon. C'est seulement à Gloggnitz que commence le passage du Semmering, et que le chemin de fer pénètre réellement dans les Alpes. L'aspect du sol change: les montagnes, qui jusque-là étaient formées par le terrain éocène et par les calcaires crétacés et jurassiques, appartiennent maintenant aux terrains triasiques et siluriens, dont les couches sont soulevées et redressées par le granit qui leur sert de base.

Le chemin de fer du Semmering est un des travaux les plus grandioses qui aient jamais été exécutés. Etablie sur le flanc de rochers escarpés, franchissant sur de hardis viaducs de profondes vallées, la voie, avec des pentes de 0,025 millimètres par mètre et des courbes de 180 mètres de rayon, atteint une hauteur de 882 mètres. Le Semmering a environ cinq kilomètres de largeur ; mais le chemin de fer, pour franchir cette distance, suit un parcours d'environ quarante kilomètres, traverse quinze tunnels et autant de viaducs. Le train monte lentement, et l'on peut, en ayant soin de se placer à gauche, jouir à loisir de toute la beauté des points de vue. Gomme dans une féerie, le décor change à chaque instant: tantôt la route est encaissée dans des rochers taillés à pic, dénudés et sauvages ; puis, tout à coup, au sortir d'un tunnel,

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la vue s'étend sur Timmense vallée qu'on a laissée derrière soi ; il semble, en contournant la montagne, qu'on revient sur ses pas, et Ton aperçoit à ses pieds, tout en bas, sur le côté opposé de la vallée, les tunnels .et les viaducs qu'on traversait, quelques instants auparavant.

A la station de Klamm, le paysage est ravissant ; de tous côtés des rochers abrupts, et sur l'un d'eux, les murs d'un vieux château aux tours démantelées ; à une immense profondeur, une vallée verdoyante arrosée par un ruisseau, et les maisons blanches d'un petit village.

La station de Semmering est au point culminant ; on s'y arrête quelques instants, et l'on peut voir, sur la droite, adossé à la montagne, un monument élevé à l'ingénieur Chiga, qui a construit ce merveilleux chemin de fer.

A la descente, la route est d'un pittoresque moins grandiose, mais présente encore une succession de charmants paysages ; elle traverse la fraîche vallée de Frœschnitz, puis longe la Murz aux eaux rapides, dont les bords sont animés par de nombreuses forges et de gracieux villages.

A la station de Bruck, au confluent de la Murz et de la Mur, la vallée se resserre, les montagnes se rapprochent et deviennent plus abruptes. A Badelwand, la gorge est si étroite que la voie ferrée, longeant la rivière, s'enfonce sous une galerie à arcades taillées dans le roc, audessus de laquelle passe la route ordinaire ; mais bientôt le chemin de fer débouche dans une vallée large et fertile, et la ville de Gratz apparaît, groupée autour de la montagne du Schlossberg, énorme mamelon isolé au milieu de la plaine.

Je voulais, à Gratz, voir le musée et visiter la belle collection de plantes fossiles du professeur d'Ettinghausen. Je m'arrêtai donc, laissant M. Daubrée, qui

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se rendait à Bologne, continuer sa route jusqu'à Adelsberg.

Gratz, ancienne capitale de la Styrie, est une ville de plus de 80,000 habitants. Ses églises et ses autres monuments n'ont rien de remarquable, mais sa position exceptionnelle. au pied du Schlossberg, ses vieilles et hautes maisons décorées de sculptures, ses antiques ponts de bois, ses rues étroites, lui donnent une physionomie particulière.

Ma première visite fut pour M. d'Ettinghausen, qui m'emmena tout de suite à l'Université, et j'eus le temps, avant la nuit, d'examiner en détail la superbe collection de plantes fossiles que ce savant y a réunie. Les plantes proviennent presque toutes des terrains miocènes de la Styrie ; elles sont parfaitement classées. A côté de chaque espèce fossile, le professeur a placé l'espèce vivante actuellement qui s'en rapproche le plus. C'est une idée très heureuse et qui permet de saisir, du premier coup d'œil, les affinités de cette faune si riche et si variée qui offrait, à l'époque miocène, réunis sur un même point, des types disséminés aujourd'hui dans les régions les plus diverses et les plus opposées.

Plus de 15,000 échantillons, dont quelques-uns d'une extrême rareté, ont été recueillis par M. d'Ettinghausen et ont servi de base aux descriptions et aux figures qu'il a données dans son grand ouvrage sur la flore miocène de ces contrées.

Le lendemain, de bonne heure, je fis l'ascension du Schlossberg , qui domine la ville d'une hauteur d'environ 120 mètres. Du sommet, on découvre une vue superbe sur Gratz, sur la populeuse vallée qui l'entoure et les hautes montagnes qui ferment l'horizon.

Je visitai ensuite le musée arcA^oZojrî^^ue que je n'avais

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pu voir la veille. Au point de vue préhistorique, il renferme des objets assez intéressants. C'est là que se trouve le fameux char en bronze de Sudenburg, dont le moulage en plâtre existe au musée de Saint-Germain. Cette pièce curieuse parait remonter à Tâge du bronze. C est un petit chariot sur lequel sont placées plusieurs figurines. Deux d'entre elles, armées de haches celtiques, de même forme que celles qu'on rencontre à l'époque du bronze, se disposent à faire le sacrifice d'un cerf, en l'honneur d'une déesse qui occupe le milieu du chariot ; quatre petits cavaliers, placés aux quatre coins, sont munis de boucliers oblongs et coiffés de casques coniques qui, comme les haches, rappellent, si ce n'est l'âge du bronze, du moins une période très ancienne.

D'autres objets en bronze méritent encore d'être signalés, notamment une série de casques coniques découverts à Négau, semblables à ceux que j'avais déjà vus au musée préhistorique de Vienne, et faisant partie de la même trouvaille; des jambières, des cuirasses également en bronze, et un ombon de bouclier très intéressant, couvert de dessins d'oiseaux alternant avec de petits bonshommes, provenant de Klein, en Styrie. Dans la même salle, une vitrine renferme de belles haches polies, dont quelques-unes, percées d'un trou, ont été recueillies dans la contrée.

Le musée d'histoire naturelle^ que je parcourus rapidement, n'offre rien de bien remarquable. La série des plantes fossiles de Styrie, classée par Unger, est assez nombreuse, mais ne saurait, sous aucun rapport» être comparée à la collection du professeur d'Ettinghausen, que j'avais vue la veille. La collection de minéralogie est intéressante ; les roches de Styrie sont placées à part, et, sous ce rapport, méritent une mention.

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