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CORDOUE

solitaires, ses places publiques abandonnées, ses mar- •chés déserts, lui donnent, dans la journée, lorsque la chaleur force les habitants à rester dans leur demeure, Taspect d'une ville presque morte, et lui impriment un caractère particulier que je n'ai retrouvé dans aucune des villes d'Espagne.

Le principal monument de Cordoue, c'est la Mosquée^ curieux spécimen de l'architecture arabe. Sa forme est celle d'un vaste quadrilatère, qu'enferme une ceinture de hautes murailles crénelées. On entre par une porte monumentale, puis, après avoir traversé une cour plantée d'orangers séculaires, on pénètre dans le temple ; aussitôt l'œil se perd dans une forêt de colonnes disposées en avenues régulières, s'entre-croisant de tous côtés. Ces colonnes, formées des marbres les plus rares, de porphyres éclatants, de brèches aux couleurs variées, sont au nombre de huit cent cinquante ; couronnées de chapiteaux d'ordre corinthien, elles supportent des arcades légères, du plus gracieux effet.

L'avenue principale, plus large, plus élevée et décorée avec plus de soin que les autres, aboutit au sanctuaire mauresque ou vestibule du mikrab. L'art arabe s'y développe dans toute sa splendeur. Les murailles sont revêtues de marbre blanc sculpté, alternant avec des mosaïques dorées et émaillées ; la voûte, admirablement conservée, est partout garnie d'élégants pendentifs. Au fond, s'ouvre un petit réduit en marbre blanc, soutenu par seize colonnes, et dont le plafond est une coquille également en marbre blanc d'un seul morceau : c'est le mikrab, le sanctuaire où était déposé le Coran. Les pèlerins admis à y pénétrer devaient en faire le tour à genoux, et les dalles de marbre sont usées circulairement par le frottement.

G. CoTTEAU. Le préhistorique, 16

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Au moment de la conquête chrétienne, le temple arabe fut approprié au culte catholique ; des modifications importantes eurent lieu ; tout autour s'élevèrent des chapelles, et, vers le commencement du seizième siècle, od détruisit une centaine de colonnes, pour bâtir une véritable église avec chœur. Assurément quelques-unes de ces constructions gothiques ne manquent pas de caractère, mais elles forment, avec Tensemble du monument^ un contraste si regrettable, qu'on reste froid devant des détails qu'on admirerait partout ailleurs; combien il était plus intéressant pour moi de m'enfoncer de nouveau dans ce dédale de colonnes ! Je me représentais par la pensée ce que devait être ce temple, au temps de la prospérité arabe, quand les avenues de colonnes, fermées aujourd'hui par des chapelles, étaient ouvertes et communiquaient avec les allées d'orangers, dont elles ne sont que le prolongement ; lorsque la foule des pèlerins accourait de tous les points de l'Espagne pour adorer le livre sacré, et que dix mille lampes ou candélabres, projetant leurs lumières dans l'édifice, faisaient étinceler de mille feux les mosaïques du sanctuaire !

Le soir de notre arrivée, on célébrait, à quelque distance de Cordoue, une fête populaire, près d'une petite chapelle très renommée, le sanctuaire de la Fnenta, C'était bien le cas de voir les habitants de Cordoue, que nous avions à peine aperçus dans la journée. Plus de deux mille personnes, appartenant à toutes les classes de la société, assistaient à cette /erîa, qui avait à la fois un caractère mondain et religieux. Le site est assez pittoresque ; sur une légère éminence s'étend, une large esplanade plantée d'arbres et dont les allées sont garnies de chaises ; un kiosque est occupé parla musique ; une avenue bordée de petites boutiques conduite la chapelle; le tout

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