SE VILLE
est éclairé par des lanternes de couleur, disposées en cordons ou suspendues dans le feuillage. A dix heures, la fête est en pleine animation : toutes les chaises sont occupées ; les allées regorgent de promeneurs et de promeneuses. Parmi les femmes, que de types charmants I Comme elles sont élégamment drapées dans leur mantille, que retient sur le front une simple fleur naturelle piquée dans les cheveux I Comme elles savent se servir de leur éventail, et justifient bien cette réputation de grâce et de beauté qu'on donne aux Andalouses I
Quelle différence avec nos fêtes populaires 1 Pas de cris, pas de disputes, pas d'hommes ivres, pas de marchands de vin ou de liqueurs ! De petites boutiques de jouets, de mercerie, de couteaux ; des marchands de médailles et de chapelets ; des fruits de toute espèce, de Teau glacée et des boissons rafraîchissantes ; pour toute distraction, la promenade et la musique, et à la fin un feu d'artifice très bien réussi. A minuit nous étions de retour à Thôtel.
Le lendemain, nous partions pour Séville^ où Ton arrive après un trajet de quelques heures. Séville, comme Cordoue, a la physionomie d'une ville arabe ; mais autant la première est morne et silencieuse, autant la capitale de l'Andalousie est bruyante et animée. Plusieurs rues, bien qu'étroites, sinueuses et impraticables aux voitures, sont bordées de riches magasins ; en outre elles sont couvertes de toiles qu'on tend d'une maison à l'autre, et qui permettent à la foule de circuler à l'abri des rayons brûlants du soleil.
Notre première visite fut pour la cathédrale, près de laquelle s'élève la magnifique tour de la Giralda, La cathédrale de Séville est, sans contredit, la plus belle de TEspagne et l'une des plus belles du monde. Quand on
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pénètre dans cet immense vaisseau, dont la longueur est de près de 200 mètres et que partagent cinq grandes nefs, quand on contemple ces piliers gigantesques, d'une hauteur vertigineuse, et paraissant, malgré leur volume énorme, d'une incomparable légèreté, grâce à la multiplicité des colonnes qui s'élancent et s'épanouissent à la voûte, on éprouve une émotion indéfinissable ; l'esprit demeure écrasé devant cette colossale expression de l'art gothique. Les détails du monument ne sont pas moins intéressants que l'ensemble. Nous n'avions que quelques heures à y consacrer ; il eût fallu des journées entières pour examiner les œuvres d'art qu'on rencontre à chaque pas, le rétable de l'autel, l'un des plus grands et des plus finement sculptés qu'on connaisse, le tabernacle en argent doré, les grilles en fer forgé, les stalles du chœur, le lutrin, d'un travail admirable, une foule de tableaux de maîtres, dont je ne citerai qu'un seul, le Saint Antoine de Padoue, un des chefs-d'œuvre de Murillo.
A Séville, il faut aussi visiter ÏAlcazar, cet ancien palais des rois maures, et les jardins qui en sont la dépendance. Partout les murailles sont revêtues de carreaux aux couleurs éclatantes ou d'arabesques délicatement fouillées. Qu'on parcoure la salle des ambassadeurs, le salon de Charles-Quint ou la galerie des portraits, on est émerveillé de la richesse et de la variété des ornements. Dans ces derniers temps, l'Alcazar a été l'objet d'importantes restaurations. Des faïences modernes ont remplacé les anciennes qui avaient disparu ; les lambris sont recouverts d'ornements en stuc, tout récents. Le coup d'œil général y gagne assurément, mais, bien que ces restaurations soient faites, je le crois, avec beaucoup de soin et d'exactitude, l'impression qu'on éprouve, . en visitant ces nouvelles salles, n'est plus la même. Der-
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