SÉVILLE
rière TAlcazar, s*étendent dévastes jardins arrosés d'eaux vives, plantés de buis et d*ifs auxquels l'art du jardinier a donné les formes les plus bizarres.
Le Musée provincial est intéressant et renferme des toiles de Murillo, de Zurbaran et autres peintres espagnols.
C'est à Séville que je vis pour la première fois une course de taureaux. Je ne puis résister au désir de vous raconter ce spectacle éoiouvant. La Plaza de toros de Séville, bien qu'inachevée, est l'une des plus vastes de l'Espagne, et les courses qu'on y donne ont une grande réputation. Confortablement installé à la première galerie, dans une place d'ombre louée à l'avance, j'ai pu suivre toutes les péripéties du drame. La course commence à deux heures par le défilé devant l'alcade de tous les toreros vêtus de costumes éclatants, brodés d'or et d'argent ; puis ils se retirent et l'arène reste vide. Le moment le plus saisissant est celui où les portes du toril s'ouvrent à deux battants et livrent passage au taureau ; celui-ci se précipite au milieu de l'arène, s'arrête tout à coup, ébloui parla lumière du soleil qu'il n'a pas vu depuis longtemps, frémissant devant la foule immense des spectateurs qui l'accueille par ses hourras. Les c Au /o5 l'excitent d'abord avec leur cape multicolore ; puis viennent les picador es, montés sur des chevaux dont les yeux sont bandés, armés de piques dont ils menacent et frappent le taureau qui s'anime, s'élance sur les chevaux et les éventre à coups de cornes. Les banderilleros arrivent ensuite ; ils abordent le taureau de face ; avec une adresse et une agilité sans égale, ils lui enfoncent successivement, de chaque côté du cou, des harpons garnis de bandelettes de papier de couleur ; le sang coule et ruisselle sur le poil noir et luisant de l'animal qui, sauvage et furieux, court au travers de l'arène.
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Le dénouement du drame approche et Vespada paraît. C'est le personnage le plus important ; son costume est encore plus riche et plus orné que celui des autres ; d'une main il tient une épée, de l'autre un bâton recouvert d'une pièce d'étoffe écarlate ; il s'agit d'enfoncer l'épée entre les deux épaules du taureau et de l'abattre d'un seul coup. Si Vespada réussit, si l'épée pénètre jusqu'à la garde et que le taureau, qiortellement frappé, s'agenouille et tombe sans perdre une goutte de sang, l'enthousiasme est à son comble : ce sont des cris, des applaudissements dont on ne peut se faire une idée. Les femmes jettent leurs bouquets, leurs éventails ; les hommes lancent leur chapeau, des paquets de cigares, des oranges, tout ce qu'ils ont sous la main. Mais aussi lorsque Vespada, qui cependant risque sa vie, manque son coup, lorsqu'il est obligé de retirer à plusieurs reprises du cou du taureau son épée sanglante, lorsque le cachetero achève le taureau avec son poignard, les huées et les sifflets de la foule remplacent les applaudissements.
Ce jour-là, aux courses de Séville, huit taureaux furent tués et vingt chevaux éventrés. C'était une véritable boucherie dont je commençais à me fatiguer. Les taureaux, du reste, ne sont pas tous furieux et redoutables au même degré. Il en est qui, malgré les excitations dont ils sont l'objet, malgré les injures dont la foule les accable, ne demanderaient pas mieux que de s'en aller et jettent un regard d'envie sur les portes du toril. Quoi qu'il en soit, une course de taureaux est un spectacle curieux et qu'il est nécessaire de voir quand on vient à Séville. Assurément nous autres étrangers, nous ne pouvons prendre à ces luttes le même intérêt que les Espagnols, habitués à juger les coups, à apprécier l'adresse, l'agilité, le sang-froid, le courage des toreros
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