‹ Le préhistorique en EuropeChapitre 66 sur 94 · GRENADE · texte numérisé non relu

GRENADE

sont recouvertes d'arabesques entrelacées, qui ne sont autres que les versets du Coran en caractères arabes. Là, c'est la salle des Lions, avec ses colonnes de marbre blanc si légères, ses deux élégants portiques et, au centre, sa fontaine supportée par douze lions fantastiques ; plus loin, c'est la salle de justice, ornée de peintures remontant à la plus haute antiquité arabe ; puis la salle des Deux-Sœurs, dont les portes, en bois de mélèze, sont de véritables chefs-d'œuvre de marqueterie ; enfin la salle du harem, la salle du secret. Partout, l'ornementation change, rivalisant de grâce et de délicatesse; quand les arabesques font défaut, elles sont remplacées par des carreaux émaillés et cloisonnés, aux couleurs les plus éclatantes, aux dessins les plus variés. C'est dans une de ces salles que se trouve le fameux vase en faïence de l'Alhambra, à reflets métalliques, et certainement le plus beau spécimen de la céramique hispano-arabe.

Un peu plus loin que l'Alhambra, se trouvent les bâtiments du Généralife, maison de campagne des rois maures, et dont quelques parties sont décorées comme l'Alhambra ; ce qui mérite surtout d'être visité, ce sont les jardins pleins d'ombre et de fraîcheur, arrosés d'eaux vives, plantés d'orangers et d'ifs plusieurs fois centenaires.

Une vallée étroite, au fond de laquelle coule le Darro, sépare l'Alhambra du village des bohémiens qui s'étage sur le flanc de la colline opposée. Tout étranger, surtout s'il s'occupe un peu de questions ethnologiques, doit une visite à cette curieuse population, mais il ne serait peutêtre pas toujours prudent de s'y aventurer seul. Heureusement notre guide connaissait un des chefs de la tribu. Après avoir traversé les rues sales et tortueuses du plus misérable faubourg de Grenade, on arrive au

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milieu des bohémiens qui, pour la plupart, comme des troglodytes, vivent avec leur famille dans des habitations taillées et creusées dans le roc, sur un sol brûlé par le soleil, où croissent çà et là des agaves et des opuntias gigantesques. Le chef nous fit visiter plusieurs demeures, la sienne d'abord. L'unique chambre se prolongeait assez avant sous la montagne, contenait deux ou trois lits, et était ornée de quelques images de sainteté, suspendues aux parois du rocher. Rien de curieux comme les types de ces bohémiens. Les hommes sont, en général, grands, bruns et bien découplés; les femmes sont relativement plus petites. Quelques jeunes filles, couvertes de haillons, sont assises devant leur demeure ; sans être jolies, elles sont remarquables par leurs traits expressifs, leur teint basané, leurs yeux grands et limpides, leurs dents blanches, leur épaisse chevelure noire. Les hommes travaillent, pour la plupart, de leur état de forgeron ; les enfants, nus ou à peu près, se roulent pêle-mêle sur le sable. Cette tribu de bohémiens habite ce faubourg de Grenade depuis une époque très reculée. Ils sont catholiques, mais se marient toujours entre eux, et leur race s'est conservée dans toute sa pureté. La visite terminée, notre guide remit au chef une modeste peseta ; il parut fort satisfait et nous adressa ses remerciements en bon espagnol.

La route de Grenade à Malaga, surtout à partir de Bobadilla, est des plus accidentées, et des travaux d art, vraiment gigantesques, se succèdent à chaque pas. Le massif qu'elle traverse est formé de roches jurassiques et crétacées, fortement tourmentées et malheureusement peu consistantes. Le chemin de fer suit presque partout le cours du Guadalhorce, qui s'est frayé un passage dans ces gorges sauvages. Par moments, le site est réellement

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