‹ Le préhistorique en EuropeChapitre 69 sur 94 · CHATEAU DE LA PENHA · texte numérisé non relu

CHATEAU DE LA PENHA

gnent des dimensions que je n'avais vues nulle part : les hortensias bleus et roses forment de véritables buissons ; les héliotropes, les fuchsias, sont grands comme des arbres. Nous entrons ensuite dans le parc royal; pendant près de deux heures, toujours en montant, nous marchons au milieu d'une végétation splendide. Les arbres les plus rares croissent avec une vigueur extraordinaire. Ici, ce sont des groupes d'Araucaria imbricata, excelsa et brasiliensis de taille gigantesque, des Eucalyptus énormes, des pins de toute espèce ; là, ce sont des Leucodendron, qui font briller au soleil leurs feuilles d'un aspect métallique ; plus loin, c'est un véritable bois de camélias, dont la hauteur dépasse plusieurs mètres ; partout circulent des eaux vives et bondissent des cascades, qu'on franchit sur des ponts, d'un aspect des plus pittoresques. Les pentes deviennent plus rapides, et, avant d'arriver au château, nous grimpons sur des ânes, mis à notre disposition pour faire cette dernière partie de l'ascension.

Le château de la Penha fait corps, pour ainsi dire, avec le rocher de granit qui termine la montagne. Ses tours crénelées, son architecture appartenant à tous les styles, ses portes chargées de sculptures, ses murailles revêtues de carreaux émaillés, ses terrasses d'où l'on découvre une vue fort belle sur le parc, les roches de granit et au loin sur la mer, lui donnent un caractère à la fois étrange et séduisant. Le roi Fernando en a fait sa résidence d'été et Ta remplie d'objets d'art, de meubles anciens, de tableaux, de faïences précieuses. Nous n'oublierons jamais l'amabilité parfaite avec laquelle il nous en fit lui-même les honneurs.

La journée avançait ; nous rejoignons nos voitures qui, après un long circuit, étaient venues nous attendre, et par une avenue qu'ombragent des arbres séculaires,

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nous arrivons à Cintra. La ville en fête attendait le Congrès. Sous une tente construite à notre intention, un splendide festin était préparé. Les dames de la ville avaient mis au pillage tous les jardins de Cintra. La salle était littéralement tapissée des fleurs les plus éclatantes et les plus rares ; le coup d'œil était saisissant. Aussi, lorsqu'à la fin du banquet, Tun de nous porta un toast aux dames de Cintra, ce toast fut-il accueilli par d'enthousiastes applaudissements !

Il était près de huit heures et nous étions loin de Cascaès, où avait lieu le bal donné par la reine. Chacun de nous avait apporté, dans sa petite valise, Thabit noir et la cravate blanche de rigueur. Quelques minutes suffirent pour transformer les archéologues plus ou moins préhistoriques en gentlemen accomplis. Nos voitures étaient prêtes ; nous repartons immédiatement, et, vers dix heures et demie, nous faisons notre entrée dans le bal. La fête était brillante et très animée ; de la terrasse qui domine la mer, on apercevait les vaisseaux, portugais et français, illuminés, pavoises et lançant, par intervalles, des jets de lumière électrique qui sillonnaient au loin les flots. A trois heures du matin, nous quittions le bal, et, à sept heures, VAfrica nous ramenait à Lisbonne.

Je mentionnerai encore ici une excursion géologique que je fis, en compagnie de M. Chofîat, aux portes mêmes de Lisbonne, derrière le cimetière. Notre but était de reconnaître le terrain crétacé, mis à découvert dans de petites carrières creusées sur les talus de la route. Je pus recueillir des huîtres et un Hemiaster, probablement VHemiaster Verneuilli, caractéristique de l'étage turonien. Les collines environnantes sont tertiaires ; la plupart affectent une couleur brune due à des épanchements basaltiques.

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Discussion sur les silex d*Otta. — Plantes tertiaires du Portugal. -^ Grotte de Penicha, fouilles par M. Delgado. — Anthropophagie à Tépocpie préhistorique. — Kjœkkenmoeddings. — Grànei préhistoriques de Mugem et de Gabeço d'Àrruda. — Femme microcéphale.

Les ^séances du Congrès ont été très occupées.

Parmi les questions discutées, celle de Vexistence de Vhomme à Vépoque tertiaire offrait surtout un grand intérêt. L'excursion d'Otta avait eu lieu; la commission chargée d'examiner les silex avait tenu plusieurs séances et n'était point d'accord sur tous les points ; le rapport avait été confié à M. Ghoffat. Au jour indiqué, l'afïluence était nombreuse. Le roi de Portugal et le roi père assistaient à la séance.

Après la lecture du rapport, M . de Mortillet prend la parole. Pour lui la question n'est pas douteuse : le terrain est évidemment tertiaire ; les silex * portent les traces d'un travail intentionnel, parfaitement établi par des plans de frappe très nets et des conchoïdes de percussion bien développés. Le silex recueilli par M. Belucci était en place et adhérait si fortement à la roche, qu'il a fallu employer le marteau pour l'extraire ; sa position date bien de l'origine même du dépôt. « Grâce aux patientes et savantes recherches de M. Ribeiro, dit en terminant M. de Mortillet, le Congrès a donc pu constater qu'à l'époque miocène supérieure, existait, dans le Portugal, un être intelligent, éclatant le silex, tout comme un homme quaternaire ».

i. Voyez page 279, fig. 77, 78 et 79.

MM. GapellinI, Gariailhac, Belucci sont à peu près aussi affirmatifs ; M. Evans l'est beaucoup moins. Suivant lui, les silex recueillis et observés par la commission proviennent presque tous de la surface, et le gisement de ceux qu'on prétend avoir été rencontrés dans rintérieur du dépôt n'a rien de bien certain. Ce sont, du reste, des fragments très incomplets, et pour démontrer que l'homme existait à l'époque tertiaire, il faut des preuves plus sérieuses qu'un fragment de silex, qu'un simple bulbe de percussion.

M. Virchow va plus loin encore ; il pense que les silex ne sont pas taillés ; les bulbes de percussion peuvent se faire naturellement, dans un courant d'eau, sur des pentes. Comment admettre d'ailleurs que les pierres qu'on dit taillées par l'homme, et qui, nécessairement, à cette époque, étaient sur les rivages du lac, loin de l'endroit où on les rencontre aujourd'hui, n'aient pas été roulées et usées par les eaux ?

M. Vilanova, M. Gazalis de Fondouce, font part de leur doute sur le gisement et la taille du silex. Mon opinion différait un peu de celle de mes collègues et je crus devoir la développer à peu près dans ces termes :

« Le gisement tertiaire n'est pas douteux ; les observations de MM. Ribeiro, Delgado, GholTat, ont parfaitement établi la stratigraphie de cette région, et les couches à poudingues recouvertes, en certains points, par les marnes à ossements et à végétaux, appartiennent au terrain miocène. Parmi les silex provenant de ces couches et que la commission a examinés, plusieurs présentent certainement les marques du travail de l'homme ; mais la véritable question est de connaître le gisement stratigraphique de ces silex, et de savoir s'ils ont été recueillis à la surface ou s'ils proviennent de l'intérieur

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SILEX d'otta 267

du dépôt. Rien ne me démontre que les silex taillés soient contemporains du terrain tertiaire, et, dans l'état actuel des observations, il me semble plus naturel de les considérer comme appartenant à la surface, et dès lors comme quaternaires. Ce ne sont que des haches à peine ébauchées, des grattoirs informes et par conséquent des déchets d atelier, ne paraissant pas avoir servi, •et dont, en tous cas, il est difficile de préciser Tusage. Les rares silex, trouvés engagés dans la roche, ne diffèrent en rien des autres et ne sont pas suffisants pour -démontrer leur communauté d'origine avec le dépôt tertiaire. II ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un terrain de sables et de poudingues ayant subi, à diverses époques, de puissantes dénudations, d'un sol inégal, meuble, raviné chaque année par des pluies torrentielles. Quand ■on se reporte au laps de temps considérable qui s'est écoulé depuis le commencement de la période quaternaire, ne peut-on supposer qu'à une époque plus ou moins reculée, quelques-uns de ces silex ont été entraînés dans des fissures, et qu'en y séjournant, pendant <les milliers d'années peut-être, ils ont fait pour ainsi dire corps avec la roche, qu'ils ont pris cette teinte rougeâtre qui les caractérise et se sont couverts, sur certains points, de grains de sable agglutinés ? Ne voiton pas des faits de cette nature se produire tous les jours sous nos yeux ? Que de fois, dans les graviers quaternaires des environs de Paris, j'ai rencontré des cailloux roulés, sur lesquels adhéraient des croûtes de sables agglutinés que la brosse ne pouvait faire disparaître I »

« C'est à titre de géologue, ai-je ajouté, que vous m'avez appelé à faire partie de la commission, et c'est comme géologue que j'examine la question. Lorsque je

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visite une carrière et que j'étudie les différentes couches du sol, je ne tiens que bien peu de compte des fossiles qu'on rencontre roulés et mélangés à la base. Pour qu'une coquille ait de la valeur au point de vue stratigraphique, il faut qu'elle soit trouvée en place et retirée de la zone même qu'elle caractérise ; il en est de même des silex : si vous voulez que leur gisement soit hors de conteste, ne les prenez pas près de la surface, dans les fissures plus ou -moins récentes où ils auront pu glisser. Pratiquez au milieu du dépôt une coupe bien nette et bien tranchée, et si vous trouvez un silex dans la masse compacte et non remaniée du terrain, vous n'aurez plus de doute sur son âge. Malheureusement aucun des silex, que nous avons eu à examiner, n'a été récueilli dans de pareilles conditions. »

M. de Quatrefages, dont la parole, en cette matière, a une si grande autorité, hésite à se prononcer sur l'origine tertiaire des silex d'Otta. Il croit à l'homme miocène de Thénay, à l'homme pliocène de Toscane, mais, en ce qui touche le Portugal, il reste dans le doute, estimant qu'en pareille matière, on ne risque rien, en se renvoyant soi-même à plus ample informé. Les doutes de l'éminent professeur m'ont paru partagés par la plupart des'membres assistant à la discussion.

Les plantes tertiaires du Porta ff al ont été étudiées par M. Oswald Heer et font l'objet d'une très intéressante communication. Le célèbre botaniste suisse a reconnu 36 espèces. 22 sont communes avec la flore delà molasse supérieure de la Suisse, et 18 avec celle d'OEningen; 14 se retrouvent parmi les plantes des argiles bleues et brûlées du Val d'Arno, 12 dans les gypses de Sinigaglia; 8 espèces seulement sont communes avec la France, ce qui s'explique parfaiten^ent, quand on sait que la flore

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