CHAPITRE X
MOUSTÉRIEN. — DISTRIBUTION.
§ 1. Vallée de la Somme. — Sous le rapport de l’ancienne industrie quaternaire, Amiens est une localité vrai-
ment privilégiée. Non seulement on rencontre sur la hauteur le célèbre gisement de Saint-Acheul, qui a donné son nom tout d’abord à la première époque, — nom qui peut être maintenu pour une époque intermédiaire entre le quaternaire inférieur ou chelléen et le quaternaire moyen ou moustérien ; — mais, dans la plaine, il existe, au sortir de la ville, du côté de l’ouest, de grandes carrières de sable, avec industrie moustérienne, au village de Montières. Dans ces sablières, les coups-de-poing ou instruments chclléens sont très rares ; les autres formes, taillées sur une seule face, abondent. J’ai pu, ainsi que MM. de Mercey et Lecocq, constater qu’on est là en présence delà véritableindustrie moustérienne. M. d’Acy, l’adversaire de la division des alluvions quaLernaires en deux époques, reconnaît lui-même que « les éclats paraissent plus abondants que les haches» (1). Par haches , il entend les instruments chelléens. M. J. Evans, bien qu’hésitant à partager l’industrie des alluvions quaternaires en deux périodes, reconnaît que les silex taillés de Montières ont une autre forme que ceux de Saint-Acheul et s’en sert comme terme de comparaison. En décrivant un instrument moustérien trouvé à Reculver, bassin de la Tamise, il dit : « Le caractère général de cet instrument le fait ressembler beaucoup aux grands éclats larges, trouvés dans le gravier, à Montières, près d’Amiens(2). » Ces grands éclats, type Levallois, communs à Montières, ne se rencontrent pas à Saint-Acheul. Les deux industries sont donc bien distinctes.
Dans la petite vallée de l’Avre, sur la commune de Demuin , M. d’Acy cite trois stations quaternaires qui paraissent représenter le développement complet de l’in-
(1) d’Acy, Matériaux pour l' Histoire de l'homme, juin 1S75, p. 284.
(2) Joiin Evans, Ages de la pierre en Grande-Bretagne , trad. Barbier, 1878, p. 594.
HOMME QUATERNAIRE
dustrie primitive. L’une est tout à fait chelléenne, l’autre exclusivement moustérienne; la troisième, intermédiaire, a fourni treize instruments chelléens et cinquante-six moustériens.
Abbeville et ses environs ont aussi fourni abondamment des instruments moustériens en silex. Boucher de Perlhes en a recueilli de très beaux. C’est d’Abbeville que proviennent les deux plus belles pointes moustériennes du musée de Saint-Germain (1). Mais, à l’époque de Boucher de Perthes, on ne pouvait pas encore distinguer les divers niveaux. M. d’Ault-Dumesnil, grâce à des recherches assidues et minutieuses, vient de les reconnaître de la manière la plus nette et la plus précise.
De nombreux silex moustériens isolés ont été signalés sur divers points de la vallée de la Somme; mais nous n’avons pas à nous y arrêter, cela nous mènerait trop loin.
§ 2. Pointe nord-onest de I:t France. — La grotte de la Grande-Chambre, à Ilydrequent, commune de llinxent, fouillée par M. Lejeune, lui a donné un riche mobilier moustéricn en silex, associé à des ossements, parmi lesquels il s’en trouvait de mégacéros, de Rhinocéros tichorhinus , de hyène, de lion, et de l’ours gris. Au milieu des racloirs, pointes moustériennes et éclats divers, il y avait une huitaine de coups-de-poing, tous plus ou moins triangulaires.
Des types du Moustier ont aussi été signalés à Sangatte, près de Calais, et dans une carrière de gravier à Avcsncs-lc-Comte, arrondissement de Saint-Pol.
M. Gosselet et scs élèves ont aussi recueilli des silex moustériens à la base du limon quaternaire de Fontaineau-Pire, arrondissement de Cambrai (Nord).
(1) A. et G. de Mortillet, Musée préhistorique, n0' 62, 63.
Le moustérien passe de là en Belgique, du côté de Mons, comme nous le verrons un peu plus loin.
§ 3. Bassin die la Seine. — Dans la Seine-Inférieure, outre quelques pièces isolées, il faut citer la station de la Bretèque, vallée de l’Aubette, à Saint-Léger-du -Bourg- Denis, près Rouen. C’est une couche de 0m,40 d’épaisseur, à 2m,8’0 en contre-bas de la surface du sol, et à 7 mètres au-dessus du fond de la vallée. M. C. de Yesly y a recueilli de nombreux silex moustériens, associés à des os de bovidés, de cheval, de mammouth et de rhinocéros.
Dans la vallée de l’Oise, une localité célèbre qui a donné de très belles pièces, avec une magnifique patine toute particulière, est la ballastière de Montguillain à Goincourt (Oise). Les silex moustériens y abondent : racloirs, pointes, types Levallois, scies, lames, nucléus et percuteurs ; industrie complète. Mais il y a certainement divers niveaux dans cette ballastière. On y trouve d’assez nombreux instruments chelléens. La belle collection Baudon, à Mouy, en contient depuis 51 millimètres jusqu’à 31S millimètres de long. On y rencontre aussi des lames et grattoirs qui doivent être rapportés au magdalénien, et même quelques grattoirs et pointes de flèche du robenhausien. Malheureusement cet important gisement a été exploité par de simples ouvriers, sans qu’on l’ait jamais étudié sérieusement.
Des silex moustériens ont aussi été signalés dans le département de l’Oise, à Bracheux, par M. Fenct; à Huerché et à Sérifontaine, par M. Baudon ; à Méru, par M. Arnoult ; à Maignelay, Ferrières, Moyenville et surtout Wacquemoulin, par M. Plessicr. Une pointe de Maignelay, collection Plessicr, mesure 130 millimètres de longueur sur 90 millimètres de largeur. On a même recueilli des pointes moustériennes au milieu des silex robenhausicns du camp de Catcnoy.
HOMME QUATERNAIRE
Dans le département de l’Aisne, arrondissement de Saint- Quentin, à Cologne, commune d’Hargicourt, MM. Gossclet et Pilloy ont découvert des gisements moustériens parfaitement caractérisés dans des carrières de sable. Les silex sont entre le sable et le lehm ou limon quaternaire. Ils se composent de quelques coups-de-poing des formes les plus récentes, de racloirs et éclats moustériens très abondants et de simples lames moins nombreuses.
A Prémont, même arrondissement, on rencontre des éclats de silex moustériens à la surface. On en rencontre aussi dans l’arrondissement de Vendus : à Ven ins, Fontaine, Haris, G i 1 1 y , Chevenncs. On signale même une station bien caractérisée à Voulpain.
La station moustérienne la plus importante du département de l’Aisne est celle de Cœuvres, arrondissement de Soissons. C’est un centre d’habitation en plein air, dans une petite vallée, à peu de distance d’escarpements. L’industrie y est représentée par quelques pièces en silex de la craie, mais surtout par des instruments et éclats en calcaire siliceux tertiaire d’eau douce, roche locale, qui se taille mal. Les ossements abondent. Le cheval est extrêmement nombreux; le mammouth y est assez commun ; on y rencontre aussi des bovidés communs, des cervidés, entre autres le Cervus canadensis, le Rhinocéros tichorhinus , le sanglier, la marmotte, l’ours, 1 hyène et le loup, — ces derniers très rares.
Les environs de Draine, Ciry et Limé ont donné de nombreuses pièces moustériennes en silex et en grès. MM. Wimy et de Saint-Marceaux ont même fait connaître, à Condé-en-Brie, une station moustérienne où il n’y a que des pièces en grès lustré.
Dans le département de Seine-et-Marnc, avec M. Doigneau, nous signalerons la station de Bagneaux, près de Nemours, cl, avec M. Chouquet, celle du château de Sur-
ville, près de Montereau, contenant des silex moustériens, très cacholonnés en blanc pur, dans une sablière, à l’altitude de { 05 à 120 mètres.
L’Aube présente des gisements divers. Les alluvions quaternaires de Troyes , Breviandes, Saint-Léger-sous- Breviandes, Isle-Aumont, Rosières, Saint-Martin-ès-Yignes, d’après MM. Boutiot et Huot, contiennent des silex moustériens, associés à des ossements d’animaux, parmi lesquels on distingue le mammouth et le rhinocéros. Un certain nombre de pointes moustériennes en silex ont été recueillies dans l'arrondissement de Bar-sur- Seine, à Villy-en-Trodes et à Magnant. Des silex moustériens se trouvent aussi assez communément disséminés à la surface du sol sur les plateaux de la forêt et du pays d’Othe, mêlés aux silex chelléens et robenhausiens. Ces plateaux s’étendent entre l’Aube et l’Yonne. Comme principale localité, on peut citer la commune de Villemaur.
La Société scientifique de Semur, à l’Exposition des sciences anthropologiques en 1818, a produit soixante-dixneuf silex moustériens, trouvés à la surface du sol dans quinze localités différentes de l’arrondissement de Semur (Côte-d’Or). Il y avait en outre un silex recueilli dans le limon de la vallée à Alise, et plusieurs autres silex rencontrés associés à des os de cheval, de bovidés, d’ours des cavernes et de mammouth, près d’une belle fontaine, à Ménétreux-le-Pilois.
Le gisement le plus intéressant de la région est celui de la fontaine Saint-Côme, versant sud de la montagne de Cras. Il est plus habituellement connu sous le nom de brèche de Genay, du nom de la commune. C’est une formation tuffeuse, qui s’étend sur une longueur de 40 à 50 mètres et une hauteur de 2 mètres. Elle contient des silex moustériens, associés à des ossements de cheval et de bovidés en majorité, de mammouth assez communs, de
HOMME QUATERNAIRE
renne assez rares, d’autres cervidés, et à un fragment de mâchoire d'hyène. C’est un gisement moustérien très bien caractérisé.
Belgrand a signalé des silex moustériens dans un limon rouge, exploité pour une tuilerie, au bois de l’Affichot, à Annay-sur-Serain, arrondissement de Tonnerre (Yonne). On en cite aussi dans les alluvions quaternaires d’Auxerre. Enfin on en indique dans ce département à Guillou, A audeurs, Villeneuve-l’Archevêque et Yilliers-Louis. Tout à fait au sommet de la vallée de l’Yonne, dans la Nièvre, M, Darlet a signalé des silex moustériens à Ghevroches et une station bien définie à Breugnon.
En redescendant la Seine, on rencontre de nombreux silex moustériens disséminés dans les départements de Scine-et-Oise, de la Seine et de l’Eure. Les dragages de la rivière en ont môme fourni de belles séries à M. Salmon, et surtout à M. Piketty. Ces silex de la Seine proviennent certainement des alluvions quaternaires. Examinons quelques gisements en place de ces alluvions : Levallois, Boisde-Colombes, la gare duPccq.
Les alluvions des bas niveaux de Paris et par conséquent celles de Levallois, Gliclxy , Neuilly, etc., sont essentiellement moustériennes, avec un léger mélange de clielléen. Un peu de statistique suffit pour le démontrer. Le musée de Saint-Germain a réuni de ces alluvions 43 silex moustériens et seulement 3 clielléens, soit G pour 100. Ce n’est pourtant pas la proportion réelle, car on a négligé les silex moustériens et recherché activement les clielléens. De tous les collectionneurs, c’est sans contredit M. Iteboux qui a le plus exploré les gisements des bas niveaux de Levallois et des environs. Belgrand cite de sa collection 830 silex taillés, sur lesquels ne se trouvent que 30 instruments ehcllécns ; c’est 5 pour 100. Ayant moimôme fait l’inventaire des collections Beboux, dans les
séries de choix, je n’ai vu que 34 instruments chelléens pour 693 silex moustériens. C’est un peu moins que 5 pour 100. Mais, en outre, il y avait des amas d’autres silex taillés, parmi lesquels il ne se trouvait pas un seul coup-de-poing chelléen. M. Reboux lui-même estime qu’il n’a recueilli qu’une cinquantaine de pièces chelléennes, sur plus de 8 000 silex taillés. Les coups-de-poing [proviennent des couches tout à fait inférieures, tandis que les autres silex se rencontrent à diverses hauteurs. Belgrand prétend que c’est par suite de leur poids, les objets les plus lourds étant descendus plus bas. Cette explication est contredite par la simple inspection des couches ; on y voit à toutes les hauteurs de gros blocs de pierre et des silex roulés, bien plus lourds que les instruments chelléens. Pourquoi, si la pesanteur seule avait agi, blocs de pierre et silex roulés ne seraient-ils pas descendus aussi bien et même mieux que les coups-de-poing? Donc, si les instruments chelléens sont dans les couches inférieures, c’est que ces couches sont chelléennes. La faune, du reste, l’établit. On y rencontre, avec l’hippopotame, l’ Elephas antiquus et le Rhinocéros Merckii.
Le moustérien prédomine tellement à Paris, que c’est lui qui s’est manifesté dès les premières recherches. Lorsque, le 30 avril 1860, M. H. Gosse signalait des silex taillés dans les alluvions quaternaires du Chevalerct et surtout de Grenelle, c’étaient uniquement des silex moustériens qu’il avait trouvés associés au renne et au mammouth.
Des alluvions d’un niveau plus élevé, à Bois-de-Golombes, ont donné au musée de Saint-Germain trois coups-de-poing chelléens et huit autres silex taillés. C’est là un gisement intermédiaire.
Quant à la sablière de la gare du Pecq, tout à fait des bas niveaux, elle rentre dans les données des sablières de Levallois. Il y a très probablement un peu de chelléen à la
HOMME QUATERNAIRE
base, et considérablement de moustérien au dessus. Mais là existent beaucoup plus de remaniements. Aussi les coups-de-poing clielléens sont-ils très roulés, très altérés et souvent ils offrent des cassures avec deux et même trois patines différentes, ce qui montre bien que l’instrument a été roulé et brisé à des époques diverses fort distantes les unes des autres et toutes fort anciennes.
A Crécy-Couvé, près Dreux (Eure-et-Loir), MM. Ilaret et Guégan indiquent la station de la Hutte, vraie brèche osseuse, sous une épaisse assise de terre à brique.
§ 4. Normandie et Bretagne. — La Normandie, étant une région riche en silex naturels, est riche également en silex taillés. Les types moustériens y ont été rencontrés sur divers points, mais généralement mêlés à des pièces d’époques diverses. On les distingue habituellement des silex plus récents par une patine beaucoup plus accentuée, l’altération des surfaces étant bien plus profonde.
La Bretagne est l’inverse de la Normandie. Le silex naturel y fait défaut, aussi les stations y sont beaucoup plus rares et ont un aspect tout particulier.
La plus connue, grâce aux recherches de M. Sirodot, est celle du Mont-Dol ( Ille-et-Vilaine). Elle a fourni plus de quatre cents molaires de mammouth. Le cheval y est commun. On y rencontre le Rhinocéros tichorhinus. Le renne est rare. Les instruments sont en silex importé. On y a aussi trouvé deux ou trois pièces en quartzite analogue à celle du Bois du Rocher, qui est peu éloigné.
Une station toute différente est celle de la plage du Portrieux, à Saint-Quay (Côtes-du-Nord). M. Tilly-Hcnaf a recueilli sur la plage de nombreux silex taillés qui, battus par les vagues, sont très altérés et très arrondis sur les arêtes. 11 est pourtant facile de les reconnaître pour des silex moustériens. Ils proviennent très probablement d’alluvions quaternaires démantelées par la mer.
En pénétrant plus avant dans la Bretagne, on rencontre au Parc-ar-Plenen, sur le bord de la Penzé, à Guiclan (Finistère), une station moustérienne en plein air. Elle fournit à peu près en nombre égal des pièces en silex, roche importée, et des pièces en quartzite, roche qui se trouve en place dans le pays. C’est Le Hir qui a signalé cette station moustérienne, la plus occidentale de France.
§ 5. Sîassin de la Loire. — Dans la Loire-Inférieure, M. Pjtre de l’Isle a décrit deux stations moustériennes : l’une à Aigrefeuille, arrondissement de Nantes, dans une carrière de graviers de la petite vallée de l’Ouche. Les instruments sont généralement en silex ; pourtant il y en a en poudingue siliceux et en quartz. La seconde station est à Saint-Géréon, arrondissement d’Ancenis, au lieu dit l’Etranglard. Les pièces sont presque toutes en silex. On peut pourtant citer deux racloirs en quartzite et une pointe en cristal de roche.
A Chalonnes-sur-Loire, au lieu dit Roc-en-Pail, des fentes ou anfractuosités du calcaire qui domine le Layon ont donné dans une argile rouge des silex moustériens, associés à des ossements fossiles, parmi lesquels le mammouth, un rhinocéros, le renne, etc.
Le département de la Mayenne fournit deux modes de gisements. : les gisements en plein air, comme ceux des Estiveaux, à Sainte-Gemmes-le-Robert, et du Bout-du- Bois, àMézangers. A beaucoup de quartzites taillées, roche locale, s’associent quelques silex, roche importée. Le second mode se compose de gisements dans des grottes.
Ces derniers sont groupés en assez grand nombre dans la vallée de l’Erve, commune de Thorigné-en-Charnie, très près de Saulges ; aussi leur donne-l-on quelquefois le nom de cette localité. Les grottes de la Chèvre et de Rochefort, rive droite, et celles du Four et de la Bigotte, ainsi que la Cavc-à-Margot, rive gauche, ont été fouillées
HOMME QUATERNAIRE
par MM. de Chaulnes, Maillard, Chaplain-Duparc et Mllede Boxberg. Toutes les cinq contenaient des assises moustériennes parfaitement caractérisées par les silex taillés, les gros os brisés et la faune avec mammouth et tichorhinus. Ces assises moustériennes étaient associées à d’autres assises, qui établissent la superposition suivante à partir d’en haut :
Repaire de loup et de renard.
Refuge, à l’époque romaine.
Habitation, à l’époque de la Madeleine.
Habitation, à l’époque de Solutré.
Repaire d’hyène.
Habitation, à l’époque du Moustier.
Repaire d’ours.
Dans la vallée de la Sarthe, à Nogent-le-Rotrou (Eureet-Loir), M. Gouverneur m’a signalé l’atelier moustérien de Pitrée. 11 est à mi-côte, au-dessus d’un cours d’eau, dans une région riche en silex naturel.
En remontant la Loire, Bourgeois a trouvé des silex moustériens dans les alluvions quaternaires d’Arlins (Loiret-Cher), et M. Ballet dans la sablière de Saint-Jean, à Chàteaudun (Eure-et-Loir).
Dans le Loiret, M. de Girardot a fait connaître les gisements moustériens de Oiroles, avec instruments en silex.
M. Darlet a recueilli des silex moustériens à Bourrasl’Abbaye, commune de Saint-Malo, arrondissement de Cosnc (Nièvre) ; et M. Jacquinot, à Sauvigny-les-Bois , arrondissement de Nevers. Ce sont des silex d’eau douce, roche locale.
En remontant encore le bassin de la Loire, on trouve la station de Musigny (Côte-d’Or), signalée par M. Marlot. Les silex moustériens gisent sous 2 mètres à 2m,30 d’alluvions argileuses, en contact avec une couche exploitée pour le phosphate de chaux.
Les sablières dePierrefitte-sur-Loire (Allier), rive gauche de la vallée, ont aussi fourni des silex moustériens, recueillis par M. Bailleau.
Dans le Loir-et-Cher , les plateaux des environs de Pontlevoy ont fourni à Bourgeois et à M. Delaunay de belles séries de silex moustériens mêlés à des silex robenhausiens, mais s’en distinguant non seulement par leurs formes spéciales, mais encore par une patine blanche bien plus intense et plus profonde. De Yibraye, en 1863, a aussi annoncé à l’Académie des sciences qu il a recueilli dans la brèche de Yallières, associés aux ossements d’animaux quaternaires, des silex moustériens.
Dans l’Indre, des silex moustériens ont été signalés à Bagneux et à Châtillon-sur-Indre.
L’Indre-et-Loire présente aussi des silex moustériens disséminés. J’en ai découvert un gisement bien caractérisé dans les alluvions quaternaires d’Abilly , non loin du Grand-Pressigny. Ces alluvions se voient tout près du village, sur la rive gauche, peu après avoir passé le pont.
Les silex moustériens sont encore plus abondants dans la Yienne. On les trouve disséminés un peu partout, surtout à Beaumont, arrondissement de Chàtellerault ; à Biard, près Poitiers, et à Montmorillon. A Leigné-sur- Usseau, M. Capitan en a recueilli en jaspe. Sommières en a aussi fourni en cette roche à M. Brouillet.
Trois grottes dans le département de la A ienne ont donné une industrie complètement moustérienne. Ce sont : la grotte de Lamartinière, à Charroux, sommet de la vallée de la Charente ; la grotte de 1 Ermitage, à Lussac-les-Chàteaux, et la grotte des Cottes, sur les bords de la Gartempc. Cette dernière, explorée par M. Raoul de Rochebrune, contient deux niveaux : l’inférieur, bien caractérise par scs silex moustériens et ses esquilles de gros os ; le supérieur, magdalénien.
HOMME QUATERNAIRE. 275
§ G. Vendée et Cliarcntes. — La Vendée a aussi sa bonne part de mouslérien. La meilleure preuve, c'est que, là où il y a un chercheur sérieux, il a été beaucoup trouvé. Ainsi Benjamin Fillon, dans la seule commune de Saint- Cyr-en-Talmondais, a découvert des pointes isolées à la Garne de Saint-Cyr, une importante station chelléomoustérienne dans le parc de la Court et une station moustérienne pure au Puits du Portail-Rouge.
La \ allée de la Charente est fort riche en silex moustériens. On en a signalé en grand nombre, disséminés à la surface des plateaux. C’est ainsi que MM. Maufras et Luguet en ont indiqué a Tesson, Gémonac, Pons, Givrezac, Jarnac-Champagne, dans la Charente-Inférieure ; Javrezac, dans la Charente. M. Fermond en a recueilli dans le même département à Vilhonneur, sur les plateaux de ( diez-Nadaud, du Brulé et de la Combe.
Mais, en dehors de ces silex, caractérisés uniquement pai leui loi me et leur patine profonde, on en rencontre en assez grande quantité dans les alluvions quaternaires du fond ou des bords des vallées. M. Maufras, qui a parfaitement étudié les alluvions de la petite vallée de la Seugne, y a très nettement constaté les deux époques chelléennes et moustériennes. En remontant la Seugne à partir de son conlluent dans la Charente, on rencontre à Salignac, commune de Pérignac, à Bougnaud et à Marjolance, commune de Pons, des ballastièrcs qui sont exclusivement chelléennes. Dans la même commune de Pons, un peu plus en amont, à Pinthiers, la ballastière présente deux niveaux très distincts : l’inférieur, chelléen; le supérieur, moustérien. En remontant encore la vallée, à Mosnac, on arrive à une ballastière tout à fait moustérienne.
Les alluvions quaternaires des Quatre-Chemins, près le Gond, à Angoulême, paraissent avoir aussi, comme faune et comme industrie, donné des échantillons des deux
premières époques de la pierre. La sablière d Olérat, a La Rochefoucauld, a fourni quelques silex moustériens.
Le département de la Charente a présenté plusieurs exemples d’un autre mode de gisement du moustérien. A Edon, M. Chauvet a constaté une station moustérienne dans la grotte de la Gélie. Elle est surmontée d’une sépulture robenhausienne et d’une couche contenant des débris romains. Au Ménieux, même commune, une autre grotte, les Caves de Gavechon, a aussi donné à M. Chauvet une assise moustérienne sous un niveau solutréen, surmonté d’un niveau magdalénien.
La même superposition a été constatée, avec beaucoup de soin et de précision, par M. de Maret, dans la grotte du Placard, à Vilhonneur.
La grotte de la Chaise, commune de Voutlion, explorée par Bourgeois, sous le niveau magdalénien, a montré un niveau moustérien, bien caractérisé par son industrie et par la présence du Rhinocéros tichorhinus.
§ 7. ESassSn de la Dordogne. — La partie inférieure du bassin, très riche en silex, contient beaucoup de pièces moustériennes disséminées un peu partout ; nous n’avons pas à nous en occuper. Je ne citerai que les stations.
Dans la vallée de la Nizonne, rive gauche, M. Chauvet a découvert une station à la surface, aux Fieux, commune de Larocliebeaucourt (Dordogne).
Dans la vallée de la Dordogne, une station analogue a été signalée, par M. Landesque, à Roquepine, commune de Sainte-Radegonde. Plus en amont, on peut citer les grottes du Pey-de-l’Azé, à Lacaneda, et de laCombe-Granal, à Domme, fouillées par Edouard Lartet, mais qui avaient déjà été vidées au moins en partie précédemment, et qui n’ont pas un caractère bien tranché.
11 n’en est pas de même des stations de la vallée de la Yézère. Il y a là un groupe très riche, à caractères bieu
HOMME QUATERNAIRE
nets, qui a été fouillé et étudié par les hommes les plus compétents : Ed. Lartet, Christy, de Yibraye et MM. Massenat, Lalande, Reverdit, etc.
La première de ces stations, que l’on rencontre en remontant la vallée, est celle du Moustier, commune de Peyzac. C’est elle qui a donné son nom à l’époque. Déjà, en 1864, Edouard Lartet disait : « Si l’on devait établir une distinction chronologique entre les diverses stations de la pierre dans le Périgord, c’est assurément sur la considération des silex taillés du Moustier que l’on pourrait s’appuyer(l). » Lastation du Moustier, située à 200 mètres de la Vézère, rive droite, est à 24 mètres au-dessus de son niveau. Elle se compose d’une petite grotte, et s’étend non seulement au-devant de celte grotte, mais encore sur le plateau qui la domine. Elle a fourni une très grande abondance de silex caractéristiques, généralement d'assez forte dimension. Il n y a pas d’instruments en corne et en os. Pourtant on y recueille des ossements de cheval, de mammouth, d hyène, de bovidés, de cerf, etc. Ceux de renne existent aussi, mais sont beaucoup moins abondants que dans les stations des époques suivantes.
Un peu plus en amont, à la Balulie, commune de Montignac, rive gauche de la Vézère, M. Reverdit m’a fait visiter une ligne d’abris sous roche, exposée en plein sud, vers le sommet d’une colline, à 2 IG mètres d’altitude. Contre ces abris il y a des stations bien distinctes. Celle qui se trouve le plus à l’ouest est très franchement et exclusivement moustérienne. A l’est, il y a des dépôts plus récents. 11 n’y a pas superposition, mais juxtaposition d’époques.
Sur les hauteurs, à Ladornac, M. Al. de Bosredon a signalé le gisement des Trous-Rouges ou les Cros-Rouzeï.
Toutes les localités précédentes sont dans le départe-
(1) Lartet et Christy, Cavernes du Périgord, 18G4, p. 8.
ment de la Dordogne. A la frontière de ce département, sur le territoire de Saint-Cernin de l’Arche (Corrèze), MM. Massenat et Lalande ont découvert un foyer moustérien, avec charbon, silex taillés et os brisés, sous une assise de tuf, au Moulin de la Grèze.
Si, quittant la vallée de la Yézère, on entre dans celle de la Corrèze, ^on trouve un peu au-dessus de Brive, sur la rive droite, une station très abondante, bien connue, grâce aux recherches et publications de MM. Massenat et Lalande : c’est la station de Chez-Pouré. Les instruments en pierre gisent dans le sous-sol de champs cultivés. Ils sont en majeure partie en silex, quelques-uns en jaspe, roches étrangères au pays. Il y en a aussi en quartz laiteux, dont on trouve beaucoup de cailloux dans les couches locales du grès bigarré. Le gisement, presque au sommet du coteau, occupe un petit vallon exposé au sud et protégé par une ligne d’escarpements rocheux. Les silex moustériens se montrent encore sur quelques autres points de la commune de Brive, comme à Basseler, à Champs, etc. On en a aussi recueilli à Ussac (Corrèze).
§ 8. Eassins de la Garonne et de l’Adour. — Dans le département de la Gironde, M. Daleau cite des instruments moustériens disséminés à Libourne, Izon, Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-des-Combes, arrondissement de Libourne ; à Saint-Cier-de-Canesse, arrondissement de Blaye, et à Vertheuil, arrondissement de Lesparrc. M. Dulignon-Desgranges en a recueilli à Talais, même arrondissement.
Dans la vallée du Lot, les silex moustériens disséminés sont fort abondants. On peut surtout citer le plateau de Cardenal, à Saint-Etienne-de-Villeréal (Lot-et-Garonne). Les gisements dans des grottes se rencontrent aussi. M. Landesque cite la grotte dcRatis, à Gavaudun, et M. Combes celle de la Pronquière, à Sainte-Vite-de-Bar. Cette dernière non seulement est très bien caractérisée par son in-
HOMME QUATERNAIRE. 279
duslric, mais aussi par sa faune, qui comprend le mammouth et le Rhinocéros iichorhinus. M. Combes cite encore une autre grotte, celle de Las Pélénos, à Monsempron ; mais il est moins certain qu’elle se rapporte au moustérien.
En remontant la Garonne jusqu’au confluent des vallées du Tarn et de l’Aveyron, à Montauban, on arrive dans la région des quartzites taillées. Tout près de Montauban, M. Alibert a soigneusement exploré les petites vallées du Tescou et de la Tauge. Il y a nettement montré que le moustérien découle du chelléen et se différencie de lui peu à peu par la substitution des types. «Ainsi, dit-il, on peut établir une division bien apparente dans la station de Gabacli et dans celles dont je vais parler : aux plus hauts niveaux, le Saint-Aeheul avec un mélange de quelques types de Moustier ; aux inférieurs, le Mouslier, mélange de quelques types de Saint- Acheul (I). »
Ce n est pas une simple affirmation ; il appuie son opinion sur un relevé statistique. En fait d’instruments, il a recueilli à Gabach :