‹ Le préhistoriqueChapitre 42 sur 78 · AU NIVEAU INFÉRIEUR I · texte numérisé non relu

AU NIVEAU INFÉRIEUR I

Saint-Acheul ou Chelles en quartzite 1 1

Moustier, pointes silex 18 )

— racloirs silex 13 j

Ce tableau montre aussi que le silex était beaucoup plus recherché et plus importé pour le moustérien que pour le

(i) Alibert, Vestiges de l'industrie paléolithique aux environs de Montauban, 1880, p. 13.

\°) bit/

lj ? 23

chelléen. Ce fait se confirme dans d’autres stations de la même région. Ainsi, àMonberon, commune de Varennes, sur sept coups-de-poing chelléens, il y en avait quatre en quartzite, deux en quartz vitreux et un en pétro-silex, donc pas un seul en silex, tandis que, sur dix pointes moustériennes, huit étaient en silex et deux seulement en quartzite.

En allant jusqu’au sommet du bassin de la Garonne, nous trouvons la grotte de Gourdan (Haute-Garonne), dans laquelle M. Piette a recueilli, à la base, de larges silex , très différents de ceux de la partie supérieure. Ce sont très probablement des silex moustériens.

Enfin, dans la grotte de Bédeilhac (Ariège), on a recueilli, au milieu d’éclats d’os, des granités divers qui semblent se rapporter aux formes moustériennes.

A l’autre extrémité des Pyrénées, dans le bassin de l’Adour, on a signalé des silex moustériens à Baigts-Chalonne, station de Bouleben,et à Tercis, station de Saussaye (Landes), ainsi qu’àSaint-Pierre-d’Irube (Basses-Pyrénces).

§ 9. tîassin du Rhône. — Dans la vallée de la Durance, près d’Apt, à Buoux (Vaucluse), M. E. Arnaud a signalé la Baoumo dei Peyrards, station moustérienne. Les silex taillés abondent au milieu d'une région qui en est privée à l’état naturel. En fait d’ossements, ce sont ceux des chevaux qui sont les plus nombreux.

En remontant le Rhône, on trouve, à Soyons (Ardèche), deux grottes moustériennes : ce sont la grotte de Néron et le Trou du Renard, explorés par M. Lepic. L industrie se compose d’objetsen silex, très abondants, auxquels viennent se joindre d’autres objets en quartz laiteux, en quartz hyalin, en calcaire siliceux et en quartzite. Le plateau qui domine le rocher de Soyons, dans lequel sont ouvertes les grottes, contient aussi d’assez nombreux instruments en pierre moustériens.

HOMME QUATERNAIRE

En 1877, M. Arcelin, dans un Essai de classification des stations de Saône-et-Loire , a indiqué des instruments moustériens dans vingt et une communes de ce département.

Les gisements les plus intéressants sont ceux deVergisson, grotte fouillée par ltozet et de Ferry, où les silex moustériens étaient associés à des ossements parmi lesquels le cheval abondait ; on y trouvait le mammouth ; le renne était peu commun. La grotte de Cultes, où M.Landa a trouvé les silex moustériens associés aux ossements du grand ours des cavernes. La grotte de Germolles ou de la Verpillière, à Meilecey, station moustérienne, avec les silex caractéristiques et même des coups-de-poing chelléens, dans laquelle M. Méray a recueilli vingt-cinq molaires de mammouth et autres ossements du même animal, ainsi que treize molaires de rhinocéros. La grotte de la Mère- Grand, à Rully, explorée par Perrault, a fourni du moustérien un peu plus récent que celui de la grotte de Germolles. Dans ces deux grottes, le moustérien était surmonté d’un peu de magdalénien.

L’exploitation des phosphates de Mcill y-sur-Rouvrcs (Côted’Or) a mis à découvert un gisement moustérien, sous l’alluvion ancienne. R a été signalé par M. Marlot. On y trouve des racloirs, des pointes, des lames, des éclats caractéristiques en silex très profondément altéré. Il y a aussi quelques rares formes clielléennes.

La caverne de Gondcnans-les-Moulins (Doubs), qui est un repaire d ' Ursus spelæus, a donné à M. Lorlet trois pointes moustériennes en silex.

A la Rochelle (Haute-Saône), au sommet d’une colline, sur une étendue de 200 mètres au plus, M. Bouillerot a signalé un atelier moustérien à la surface. Des pièces moustériennes en silex ont aussi été trouvées disséminées, dans l'arrondissement de Gray (Ilaute-Saône), soit dans les al-

luvions quaternaires, comme à Gray même, soit à la surface, comme à Etrelîes.

Ce qui ressort de plus net de cet aperçu de distribution des instruments moustériens en France, c’est qu’il y en a à peu près partout où il se trouve des chercheurs. Il faut pourtant faire une exception pour les régions qui ont été occupées par les glaciers à l’époque quaternaire.

§ 10. Meuse et Belgique. — Le bassin de la Meuse a fourni quelques gisements moustériens ; ils se trouvent surtout en Belgique. Dans le département de la Meuse, je ne puis citer qu’une pointe moustérienne en silex, recueillie par M. Liénard, sur les bords de la rivière, à l’usine à gaz de Verdun.

Les grottes fouillées par M. Dupont, dans les vallées de la Meuse et de la Lesse, près de Dinant, ont donné plusieurs stations moustériennes, occupant entièrement la grotte, ou bien recouvertes par des assises plus récentes magdaléniennes et robenhausiennes. Ges stations sont la grotte d’Hastière ; celle de Goyet, à Mozet ; le Trou du Sureau, à Montaigle, commune de Falaën, et le trou Magrite, à Pont-à-Lesse.

En descendant le cours de la Meuse, on arrive à la province de Liège, où Schmerling a, dès 1833, signalé les grottes d’Engihoul, commune d’Ehein, etd’Engis, parfaitement moustériennes par leur industrie et leur faune, avec mammouth et Rhinocéros tichorhinus.

La Belgique a aussi une station moustérienne dans les alluvions quaternaires, sur les limites des bassins de la Meuse et de l’Escaut, près de Mons. C’est la station de Mesvin. Dans une tranchée de chemin de fer, au milieu des graviers quaternaires, on a recueilli de nombreux silex taillés analogues à ceux de Montières et de Levallois.

§11. Allemagne, Pologne, Autriche, Suisse. — Ges alluvions de Mesvin doivent avoir une grande analogie

HOMME QUATERNAIRE

avec celles d’Allemagne, dans lesquelles on commence à signaler clés silex taillés. Ces silex doivent donc, au moins en partie, se rapporter au moustérien.

Il en est de même du gisement de diverses grottes allemandes, dans lesquelles on a indiqué des silex associés au mammouth et au Rhinocéros tichorhinus. Telles sont, d’après M. Klopflcisch, la grotte de Lindenthal, près de Géra (Reuss), et, d’après MM. Schaaffhausen et Coliausen, la grotte de Wildschener, près de Steeten, sur la Lalin. Mais là encore les observations sont incomplètes. Il reste à connaître la forme des instruments en silex, et surtout à bien établir la contemporanéité de ces instruments avec les ossements. En effet, on signale, en même temps que les silex taillés et les débris de rhinocéros, des os travaillés et des poteries, assemblage qui ne s’est jamais rencontré dans les recherches méthodiques et soignées.

On ne peut objecter que ce qui est vrai dans l’Europe occidentale ne l’est pas dans l’Europe centrale, car la même séparation a été constatée en Pologne, lorsque les observateurs ont été habiles et soigneux. C’est ainsi que M. Zawisza, fouillant la grotte du Mammouth, près de Wierszchow, à 12 kilomètres de Cracovie (Pologne), a recueilli de fort intéressants objets en os, mais pas de rhinocéros, et que son assise à débris de mammouth se trouvait complètement dépourvue de débris de poterie.

A Joslowitz, frontière de l’Autriche et de la Moravie, entre la vallée de la Thaya et du Deinisch, M. de Wurmbrand a découvert, entre le terrain tertiaire et une épaisse assise de lelim, une couche noirâtre contenant du charbon, des silex taillés et des ossements de cheval, de mammouth et de rhinocéros.

Quant à la Suisse, elle n’a rien fourni pouvant se rapporter au moustérien, ce qui vient confirmer que les dépôts de cette époque ne sc rencontrent pas dans les régions

qui ont été recouvertes par les glaciers quaternaires.

§ 12. Angleterre. — En Angleterre, dans les alluvions quaternaires, les silex moustériens paraissent moins abondants que les silex chelléens. Cela. tient peut-être à ce qu’ils ont été moins recherchés. Ils ne font pourtant pas défaut. Dans la vallée du Lark, petite rivière du comté de Suffolk qui se jette dans l’Ouse, il y a de véritables gisements moustériens. M. Evans en décrit un, exploré par M. Greenwell, à High-Lodge, 3 kilomètres de Mildenhall. Il y a recueilli la pointe moustérienne on ne peut mieux caractérisée, ainsi que le racloir et le type Levallois. Dans les Ages de la pierre de la Grande-Bretagne , M. Evans décrit et figure divers instruments moustériens, entre autres un très beau racloir en silex de Redhill, près Thetford, vallée de la petite Ouse. C’est encore là, paraîtil, un gisement moustérien. « On a trouvé à Redhill,’ dit l’auteur (l),un nombre considérable d’éclats de silex affectant toutes les grandeurs et toutes les formes. »

Dans la même vallée de la petite Ouse, M. Evans a recueilli, près de la ferme de Brick-Kiln, Brandon, un racloir moustérien grossier, fait avec un éclat de caillou de quartzite, comme il en existe dans le Midi de la France.

M. Norman Evans a aussi découvert un très beau racloir moustérien, en silex, à Highbury-Ne\v-Park, non loin de Londres, vallée de la Tamise. Cette même vallée, vers son embouchure, au sommet des falaises de Reculver, a donné un beau type Levallois, en silex, long de 126 millimètres, large de 84.

Les grottes de l'Angleterre contiennent également des gisements moustériens. On peut citer la caverne de Kent, Kent’s Idole, près de Torquay, sur la côte sud duDevonsbire.

(1) John Evans, Ages de la pierre, tract. Barbier, 1878, p. 5G4, fig. 443.

HOMME QUATERNAIRE

Cette caverne, très vaste, a été explorée par Mac-Enery, puis par MM. Pengelly et Vivian. Le dépôt paléontologique et archéologique, fort important, atteint plusieurs mètres. Il est divisé en deux parties fort distinctes par une couche de stalagmite granuleuse, presque continue, dont l’épaisseur varie de 30 centimètres à 1 mètre. Ce qui est au-dessus de cette nappe de stalagmite se rapporte aux temps actuels 5 nous n’avons donc pas à nous en occuper ici. Ce qui est au dessous a été déposé pendant les temps quaternaires. Cette partie inférieure se subdivise en deux assises, qui sont, en allant de haut en bas :

Une couche peu épaisse de terre noirâtre ;

Une assise plus ou moins puissante de terre rouge, mêlée à des fragments anguleux de la roche encaissante. C’est une véritable brèche osseuse.

Ces deux assises sont parfois séparées par de la stalagmite cristallisée.

La terre rouge a donné des instruments en silex de formes moustériennes, associés à des ossements de cheval très abondants et à des débris de mammouth et de Rhinocéros tiehorhinns. On est donc bien là en plein moustérien. M. John Evans le reconnaît en comparant continuellement les silex taillés de la caverne de Kent avec ceux des alluvions quaternaires de l'Angleterre et avec ceux de la station typique du Moustier.

La terre noire, au contraire, a donné des silex magdaléniens, avec quelques instruments en os et en corne de renne. C’est là aussi où les ossements de renne se sont trouvés les plus abondants. Il y a donc deux époques, bien distinctes, superposées.

On cite bien quelques mélanges. Il n’y a rien d’étonnant ; les premières explorations, faites sans beaucoup de soin, comme on les pratiquait autrefois, ont jeté une certaine confusion dans bien des points. L’action des ani-

maux fouisseurs a dû aussi mettre du désordre dans les dépôts. Enfin nous devons forcément reconnaître qu’il existe dans cette caverne des causes anciennes d’erreurs, puisque les débris d’ours, de lion et d’hyène sont souvent mêlés aux instruments d’industrie humaine et aux restes de repas de l’homme. Pourtant il est bien certain que, lorsque la caverne était un repaire d’animaux féroces, l’homme ne l’habitait pas, et que, du moment où l’homme s’y est établi, les animaux féroces l’ont abandonnée. Gela suffit pour démontrer que, s’il y a quelques mélanges, ils sont accidentels. Il faut s’en tenir aux grandes lignes d’ensemble et aux conclusions générales.

Cette superposition des deux époques a du reste été très bien constatée par M. Magens Mello, dans la grotte de Robin Hole, ravin de Greswell (Derbyshire). Dans le dépôt inférieur de cette grotte se rencontre une industrie moustérienne en quartzite et en silex, associée à des débris de Rhinocéros tichorhinus. Le dépôt supérieur contient, avec des silex taillés d’une manière plus fine et plus légère, des instruments en os et en corne de renne. Ce dépôt supérieur a même donné un os gravé.

La grotte de Wookey, près de Wells, désignée sous le nom de Trou de l’Hyène, fouillée par M. Boyd Dawkins, appartient aussi, comme industrie, à l'époque moustérienne.

§ 13. Italie. — M. Scarabelli, devançant les études préhistoriques, publiait, dès 1850, divers silex taillés recueillis aux environs d’Imola (Emilie). Parmi eux se trouvaient trois ou quatre coups-de-poing chelléens et des pointes moustériennes. Ce qui montre bien l’indépendance de ces deux formes, c’est que les instruments chelléens étaient tous en silefc couleur chocolat, tandis que les pointes avaient été faites avec un silex beaucoup plus clair, numrnulitique, qui se rencontre dans le pays sous forme

HOMME QUATERNAIRE

de caillou roulé. Celle différence de forme et de composition confirme la différence d’époque.

En 1871, au Congrès d’anthropologie et d’archéologie préhistorique de Bologne, il y eut dans cette ville une remarquable exposition paléoethnologique. On put constater combien les types moustériens, surtout pointes et racloirs, étaient abondants.

La collection Concczio Ilosa en contenait une très grande quantité de la vallée de la Yibrata, dans les Abruzzes.

Celle de M. Bellucci en présentait presque autant des environs de Pérouse (Ombrie). Depuis, cet habile collectionneur en a recueilli encore beaucoup. Dans un travail, publié au commencement de 1880, il estime que, dans la seule province de Pérouse, on a recueilli plus de trois mille pointes moustériennes, taillées à un seul bout et d’un seul côté. La plupart des échantillons ont été trouvés à la surface du sol, mêlés à d’autres silex plus récents. Mais c’est la seule forme de pointe qui ait été rencontrée eu place, avec des os d’animaux éteints, dans les alluvions quaternaires des vallées du Tibre et du Chiassio, son affluent, a San- Egidio et à San-Angelo-di-Gelle.

C’est aussi au moustérien que se rapportent les silex taillés signalés dans les alluvions quaternaires de Rome, à Ponte-Molle, à Monte-Verde, à Sant’Agnese hors Porla- Pia et à Monte-Sacro sur l’Aniene.

L’exposition de Bologne, en 1871, a aussi montré des silex moustériens provenant de la grotte de Cascine, val Fulcina. Ils étaient associés à des débris d’éléphants. M. Bellucci a également recueilli des silex moustériens, sans mélange de poterie, dans la grotte des Cappuccini- Vecchi ou de Capraio, à Mcriano, près Narni (Ombrie).

On voit que le moustérien existe, bien nettement déterminé, en Italie. Cette époque a dû même y être fort longue, si on en juge par l’abondance des racloirs et pointes

moustériennes qui se montrent dans toutes les collections.

§ d4. Asie. — On pourrait certainement poursuivre le moustérien ailleurs. Malheureusement les documents précis manquent. Il y a là un intéressant sujet de recherches. Pourtant il est un point très important qui a été signalé par M. Lortet. C’est un jalon fort utile pour guider les nouvelles recherches. Dans un voyage en Syrie, M. Lortet a rencontré et exploité à Hanaoueh, près de Tyr, une brèche osseuse extrêmement dure. Elle atteint la dureté du porphyre le plus compact ; aussi est-il à peu près impossible d’en extraire des ossements déterminables. Aux os sont associés des silex taillés de formes entièrement moustériennes.

Nous avons donc pu constater le moustérien partant de l’Angleterre et de la Belgique, traversant toute la France et l’Italie, et allant jusqu’en Syrie. C’est déjà un beau développement, sans compter qu’il existe aussi très probablement en Allemagne et en Autriche.

Page 1