SOLUTRÉEN. — HOMME
\ u Sépultures de Solutré. — D'assez nombreuses sépultures ont été rencontrées à Solutré, soit au Cro du Charnier, soit dans les terrains avoisinants. 11 existe là un véritable cimetière, mais à quelle époque appartientil ? Est-il solutréen ou bien est-il postérieur?
De Ferry ayant constaté, dans toutes les sépultures, avec les ossements humains, la présence de silex taillés, d’os de chevaux et de rennes, en a déduit que silex, chevaux, rennes et hommes étaient bien contemporains. Cette déduction est loin d’être rigoureuse. En effet, le sol est tellement rempli de silex et d’os quaternaires qu'il est
HOMME QUATERNAIRE
impossible d’y enterrer qui ou quoi que ce soit sans qu'il y ait mélange. Si de nos jours on inhumait une personne dans ce terrain, scs ossements se trouveraient aussi en contact avec des débris de renne et de chevaux et avec des instruments en silex.
Un a donc compris la nécessité d’étudier plus sérieusement la question, et l'on est arrivé à diviser les sépultures en deux groupes.
Le premier se trouve dans le Cro du Charnier proprement dit. 11 se compose de sépultures assez profondément enfouies dans l’assise archéologique la plus épaisse. Cette assise contient des cendres et des os brûlés formant des foyers plus ou moins déterminés. Les sépultures sont donc au milieu des foyers, ce qui les a fait désigner par de Ferry et M. Arcelin sous le nom de foyers-sépultures. Les squelettes humains sont dans les positions les plus diverses et les plus irrégulières, enchevêtrés avec de petites dalles calcaires, qui gisent tantôt dessous, tantôt à côté, tantôt dessus, sans aucun ordre.
Le second groupe entoure le premier. 11 contient des sépultures beaucoup plus superficielles et surtout bien plus régulières. Les squelettes sont généralement étendus sur le dos, les bras allongés le long du corps. De petites dalles calcaires limitent parfois le haut et le bas de la iosse, parfois même forment comme une espèce de caisse. Les sépultures de ce groupe se sont rencontrées dans le clicmin d’accès du Cro du Charnier, dans les champs de dessous et d’à côté, enlin tout à fait au sommet du Cro, vers le pied du rocher.
Ce groupe est maintenant généralement accepté comme plus récent. Plusieurs personnes le regardent comme mérovingien. Je ne sais pas même s’il remonte jusque-là. Les foyers-sépultures seuls sont encore considérés comme solutréens.
Ch* les deux groupes sont certainement de la même époque. La seule différence qui les distingue, c’est que les sépultures du premier sont intactes, tandis que celles du second sont profondément altérées par suite de glissements de terrain. Le dépôt archéologique et les éboulis du Cro du Charnier reposent sur les marnes du lias, terrain imperméable. C’est ce qui produit la belle source qui coule un peu plus bas. Mais cette interposition d’eau entre des marnes et des éboulis a occasionné des glissements de terrain, qui ont tassé et plissé le sol. C’est ce qui a donné plus d’épaisseur au dépôt archéologique et plus de profondeur à certaines sépultures. La preuve de cette action est dans le plissement des couches, dans la destruction des tombes en dalles et dans les positions aussi extravagantes qu'imprévues des ossements humains. Deux fois j’ai fait des fouilles à Solutré, j’ai en outre assisté à celles opérées lors de la visite de l’Association française pour l’avancementdes sciences, et j'ai parfaitement constaté les glissements dont je viens de parler. Pour les prouver, il me suffira de renvoyer à la coupe relevée, dans un but tout différent, par M. Arcelin, lors de la visite de l’Association française. On y voit le plissement des couches et la position irrégulière du squelette.
Les temps géologiques ne nous ont fourni aucun exemple parfaitement authentique de sépulture. Solutré seul aurait fait exception sur une large échelle. On vient de. voir qu’il n’en est rien. Le cimetière du Cro du Charnier est bien postérieur. Il serait même de notre ère. C’est aussi l’opinion de M. Cartailbac, qui a étudié ce sujet d’une manière toute spéciale.
§ 2. Hommes «le Menton. — Il eu est de même des hommes de Menton, avec celte différence qu'ils sont beaucoup plus anciens que ceux de Solutré, remontant jusqu à l’époque robenhausienne.
HOMME QUATERNAIRE
AI. Rivière, en fouillant les grottes (les Baoussé-Roussés, a -découvert plusieurs squelettes humains qui dans le monde savant ont pris le nom d'homme de Menton , les Baoussé- Roussés n'étant pas éloignes de cette ville. Ces squelettes proviennent évidemment d’inhumations, les os se trouvant tous dans leur connexion naturelle et étant accompagnés de mobiliers funéraires. Pour l’homme qui a été transporté au Muséum d’histoire naturelle de Paris, M. Rivière dit même qu’il a été saupoudré de paillettes de fer oligisle lamellaire, et que devant lui se trouvait un petit creux rempli de ces paillettes. Or, pour être ensevelis dans la couche archéologique, il faut que ces individus aient été postérieurs à cette couche.
Peut-on déterminer l’époque à laquelle ils appartiennent ?
Certainement, par le mobilier funéraire qui les accompagne.
Le dépôt archéologique des Baoussé-Roussés, si riche en silex taillés et eu débris d’ossements, ne contient point d’instruments en os ou en corne de cervidés. 11 appartient donc, la baseau moustôrien, comme le prouvent les instruments en quarlzite et la faune, et l’ensemble au solutréen.
Avec les squelettes se sont trouvés quelques instruments en os. On peuL surtout citer un poinçon, tout à lait de forme robenhausienne, qui était fixé au front de 1 homme du Muséum. Cet homme avait aussi la tète couverte d’une coiffure toute forméede petites coquilles percées, garnie au pourtour de canines de cervidés. Au musée de Saint- Germain on peut voir, recueilli parM. Rivière lui-même, dans la même grotte, un fragment de hache polie et un morceau de ces anneaux [liais en pierre si caractéristiques du robenlulusien.
Les sépultures des Baoussé-Roussés doivent donc être rapportées au robenhausien, époque par excellence des
inhumations dans les cavernes, comme nous le verrons dans la troisième partie de ce petit traité.
Il résulte de tout ce qui précède que nous n’avons aucun document ostéologique sur l’homme solutréen.