II. Harpons
4° Harpons aplatis.
5° Harpons arrondis.
•1° Pointes de sagaie à fente ; elles portent à la base une échancrure étroite assez profonde dans laquelle devait s’introduire le sommet de la hampe ou bâton, préalablement taillé en coin à double biseau. C’esl, paraît-il, le mode d’emmanchure le plus ancien. Il daterait du commencement de l’époque magdalénienne.
Les pointes de sagaie à fente sont généralement aplaties, se rapprochant de la forme des bouts de lance métalliques [Musée préhistorique, n05 IBS face, INI) profil). On en a recueilli dans la grotte des Fées de Ghatelperron et aux Cottes, bassin de la Loire ; à la Chaise, bassin de la Charente; à Cro-Magnon et à Gorge d’Enfer, bassin de la Dordogne ; à Aurignac, bassin de la Garonne ; et au trou du Sureau (Belgique). Ce serait la forme la plus ancienne.
Les pointes de sagaie arrondies à fente ( Musée préhistorique, n° 190) paraissent se confiner dans les Pyrénées. On en ci Le do Lourdes et d'Aurensan (Hautes-Pyrénées) et de Gourdan (Haute-Garonne). La fente est plus ouverte que dans les pointes aplaties.
2° Pointes de sagaie A biseau, système inverse du précédent. C’est la pointe qui entrait dans la hampe fendue ou
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qui s'appliquait contre son extrémité taillée aussi cnbiseau. Ce dernier système est ce qu’on appelle le bec deflùteou biseau simple ( Musée préhistorique, n08 179, 180). Ce biseau assez allongé se plaquait contre un biseau analogue, mais en sens inverse, terminant labampe ou corps de lasagaie. Les deux parties étaient tixées l’une à l’autre au moyen d’un (icelage. Pour que 1 adhérence de la pointe à la hampe soit plus complète, au lieu de laisser tout uni le plan du biseau ou becdellùte, on y traçait des lignes en creux horizontales, obliques ou formant un quadrillé. Les pointes de sagaie à biseau simple ou en bec de flûte sont des plus répandues. On en a signalé à la Gave à Margot, bassin de la Mayenne ; au ChafTaud et au Placard, bassin de la Charente ; à Lange- Basse, bassin de la Dordogne ; à Aurignac et à la Vache, bassin de la Garonne ; à Lourdes, bassin de l’Adour ; à Altamira, nord de l’ Espagne ; à la Crouzade (Aude) ; au Pont du Gard et au Salève, bassin du Rhône ; au trou de Chaleux, bassin de la Meuse.
Les [jointes à double biseau, ce qui forme un coin à leur base (M usée préhistorique, n08 181 , 182), entraient directement dans une fente terminant la hampe ou corps de la sagaie. Ces biseaux portent des lignes, espèces de hachures gravées en creux, pour qu'ils soient moins glissants et que la pointe se fixe plus solidement à la hampe. Le système à double biseau ou coin est peut-être un peu moins commun ipie le précédent. Il a été signalé à la Gave à Margot (Mayenne), à la Chaise et au Placard (Charente) ; à Laugcrie-Basse et à la Madeleine (Dordogne) (fig. 44) ; à Bruniquel et à Massat, haut du bassin de la Garonne; à Aurensan, bassin de l’Adour.
Les [jointes de sagaie à biseau varient beaucoup de grandeur. Le musée de Saint-Germain en possède une en bec de fl ù te du Placard, qui n’a que 52millimètresdc long, tout compris. Une d’Aurignac est quatre fois plus grande
et pourtant il manque au moins 60 millimètres. Elle devait avoir environ 270 millimètres. Les pointes à double biseau étaient encore beaucoup plus fortes. Elles sont très habituellement ornées de gravures. Celles en bec de flûte, presque totalementlisses, n’offrent qu’un ou deux sillons longitudinaux ou bien de petites entailles de formes diverses. Ces sillons et creux étaient faits pour recevoir du poison. Certaines personnes ont cru y voir des chiffres ou marques destinés à garantir la propriété. Rien n’est moins prouvé.
3° Pointes de sagaie à base pointue entrant dans un trou terminant la hampe. Les pointes de ce genre sont beaucoup plus rares et paraissent avoir été des objets de luxe exceptionnels. On peut citer la pointe avec sillons ondulés de Laugerie-Basse (Musée préhistorique, n" 178) en corne de renne. Les plus belles pointes de ce genre sont celles de la grotte du Mammouth, en Pologne. Elles sont en ivoire. M. Zawisza y voit des figures de poisson. Des pointes de sagaie àbasepointue,toutà fait analogues, ont été recueillies en Sty rie dans une grotte près de Peggau et en Allemagne
Fig. 44.
Pointe de sagaie à double biseau. Corne de renne. La Madeleine.
Musée de Saint-Germain (n°* 8169 et
8178). 1/2 gr.
dans la grotte de Wildhans. Celte der-
nière est aussi en ivoire.
Toutes les pointes qui précèdent, fixées au sommet de hampes en bois plus ou moins longues, pouvaient servir de lance, mais c’étaient surtout des armes) de jet. Ce sont de véritables
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sagaies, analogues aux sagaies des sauvages actuels. La série qui nous reste à examiner se compose de pointes de harpons. Les harpons se distinguent essentiellement par leur base, disposée de manière à se détacher facilement de la hampe et à être fixée à un lien qui de l’autre bout se rattache au hois de la hampe. Les harpons sont toujours fortement barbelés, de manière à rester dans la blessure, malgré de fortes tractions. Quelques personnes paraissent croire que les harpons sont spécialement destinés à la pêche. Il n’en est rien. Ils peuvent servir aussi à la chasse et c’est surtout ainsi qu’ils ont été employés à l’époque magdalénienne.
L'animal blessé s’enfuyait traînant derrière lui une hampe qui entravait sa marche et qui permettait au chasseur de l’atteindre et de l’achever.
4° Pointes de harpon aplaties , les moins communes, paraissant plus spéciales au sud de la France, de la Dordogne aux Pyrénées. Ces pointes ont de deux à six larges barbelures, alternantes de chaque côté. La base est en losange, généralement percée d’un trou pour fixer le lien ( Musée préhistorique , n° 187).
Dans la Dordogne on en a recueilli à Laugerie-Basse et à la Madeleine ; dans les Pyrénées, à la Vache (Ariège), à Gourdan (Haute -Garonne) et à Lorthet (Hautes-Pyrénées). D’après M. Pielle, cette forme serait la plus ancienne ; à Gourdan elle se trouverait à la hase du dépôt ; la forme suivante ne se développerait qu’au-dessus.
5° Pointes de harpon arrondies, de beaucoup les plus
Fig. 45.
Harpon en corne de renne. La Madeleine.
1/2 grandeur.
abondantes ; baguettes d’os et surtout de corne de renne, garnies sur les côtés d’une ou de deux rangées de barbelures. La base est conique, avec deux crans en relief pour retenir le lien fixé entre cette base et les harbelures. Les pointes à un seul rang de barbelures {Musée préhistorique, n° 183) sont les moins abondantes. Celles à deux rangs {Musée préhistorique, n0” 184, 185) sont très répandues. Parmi les stations qui ont fourni de ces pointes de harpon, on peut citer : bassin de la Charente, le Chaffaud, à 1 et à 2 rangs ; bassin de la Dordogne, couche supérieure de Saint-Martin d’Excideuil , 2 rangs; Laugeric-Basse , 2 rangs ; la Madeleine, 1 et 2 rangs (fig. 45) ; bassin de la Gironde, Marchamp, 2 rangs; Bruniquel, 1 et 2 rangs; la Vache, 1 rang; Massat, 1 et 2 rangs; Gourdan, 2 rangs; bassin de l’Adour, Aurensan, I et 2 rangs; Sordes, 2 rangs; bassin du Rhône, Pont du Gard, t et 2 rangs; Salève, 2 rangs; bassin de la Meuse, Goyet, 2 rangs, et Angleterre, Kent’s Hole, I et 2 rangs.
Comme les pointes de sagaie, les pointes de harpon ont des incisions en creux, surtout les barbelures, pour l’introduction d’un poison.
§8. Bâtons <le commandement (1). — Cequiestaussi très commun dans les stations magdaléniennes, ce sont de grands fragments de corne de renne percés d’un ou de plusieurs larges trous à leur extrémité la plus forte. Généralement ce sont des bases de corne présentant encore leur meule ou couronne d’insertion et des traces plus ou moins allongées de l’andouiller basilaire. Parfois pourtant, comme à Massat, dans les Pyrénées, et à Schussenricd, dans le Wurtemberg, il y a de simples andouillers percés à leur partie inférieure.
Parmi les bases de corne il en est dont la meule et l'an-
(I) G. et A. de Mortillet, Musée préhistorique, pi. XXVI, n°s 192 ?i 196, et pl. XXIX, n° 21S.
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doui lier basilaire sont artistement travaillés^J/Mseeprefosfonque, nu 195), d’autres où l’une de ces parties seule est façonnée(2!8). Mais le plus habituellement meule et andouiller ont à peu près conservé leur aspect naturel (192, 193). Dans toutes les pièces que j’ai été à même de voir, au nombre d une cinquantaine au moins, l’extrémité supérieure de la corne était cassée assez irrégulièrement. En a-t-il toujours été ainsi? Si celte partie était travaillée avec soin, comment se fait-il qu’il n’en soit pas parvenu d’échantillon jusqu’à nous ?
Les trous, parfaitement circulaires, ont de 9 à 32 millimètres de diamètre. Ils sont au nombre de un à quatre. Lorsqu il yen a plusieurs, ils se trouvent juxtaposés (194) ou bien inégalement distancés (193).
De tous les instruments, après les poignées d’épée, c’est le plus orné.
A quoi servait-il ?
On ne sait au juste. Faute de mieux, Edouard Lartet les a considérés comme des insignes de chef et les a appelés bâtons de commandement. Le nombre des trous, dans relie hypothèse, représenterait le degré d’autorité. Sans accorder à cette dernière considération plus de valeur qu elle ne mérite, je dois avouer que l’idée de Lartet est encore ce qu il y a de plus satisfaisant ; aussi le nom de huions de commandement est-il resté à ces problématiques engins.
M. Pigorini a pensé qu ils pouvaient avoirservi à dompter et maîtriser les chevaux. Mais il en est de très petits (190), bien que très ornés, qui avec cetteexplicalion n’ont pas de raison d être. De plus, les larges trous affaiblissent beaucoup trop l’instrument pour qu’on puisse admettre que ce soit un appareil de force destiné à dompter de vigoureux animaux.
Les bâtons de commandement ont été rencontrés dans
les vallées de la Charente, au Placard ; de la Dordogne, à Laugerie-Basse et la Madeleine; de la Garonne, à Marcliamps, Bruniquel et Gourdan ; du Rhône, au Salève ; du Rhin, à Schussenried (Wurtemberg) ; et de la Meuse, à Goyet (Belgique).
§ 9. Os à encoches. — Les objets en os avec des séries de dentelures, d’entailles ou de rayures en creux, désignés sous le nom d’os à encoches, ont eu aussi le privilège de surexciter l’imagination des paléoethnologues. De A ibraye, grand chasseur, y a vu des marques de chasse, d autres des marques d’événements divers. Chaque fois qu on voulait se rappeler un fait, on traçait une encoche nouvelle, comme certains boulangers le pratiquent encore sur les bois qui servent à marquer les pains livrés. Ce ne sont pas des marques ou registres de comptes, mais tout simplement des manches d’outils incisés pour qu'ils ne glissent pas dans la main. Pour s’en assurer, il suffit d’examiner un instrument complet. La grotte de l’église de Saint-Martin d Excideuil en fournit un très concluant ( Musée préhistorique, n° 1 53). C’est un poinçon conique. D'un côté, il a 1 2 entailles profondes et bien marquées, parmi lesquelles il s’en trouve 2 faiblement indiquées. Sur le côté opposé il y a 10 ou 1 1 entailles généralement faites en deux reprises. Dans deux, les reprises ne correspondent pas ; une entaille n est qu à moitié, une incision est si faible qu’on ne sait s il faut la compter. Ce serait s’ètre donné bien de la peine, pour obtenir un résultat fort incomplet. Les entailles sont tout simplement des points d’arrêt pour la main, afin qu elle ne glisse pas le long de 1 outil pendant 1 emploi.
Les autres os à encoches peuvent se grouper en trois séries. D’abord des os longs d oiseau, présentant par conséquent un large creux à l’intérieur. Ce sont les manches d’outils que l’on fixait dans le creux intérieur. La surlace extérieure étant très lisse, on l'a garnie de petites entailles
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pour que le manche ne glisse pas dans la main. Tels sont un os de la Madeleine, au musée de Saint-Germain [Musée préhistorique, n° 154), et un de la grotte du Mammouth (Pologne). Les Eyzies ont donné un os d oiseau avec entailles seulement vers l’extrémité supérieure du manche.
La seconde série se compose de spatules en os plats sur une lace, très polis sur les deux. Les côtés anguleux sont souvent dentelés, le dos porte aussi parfois des incisions linéaires et même, commedans une piècede Gorge d Lnfcr, un semis irrégulier de points en creux. 11 est évident que toutes ces incisions sont faites pour consolider la base de l’instrument dans la main.
Enfin, la troisième série comprend des poinçons-poignards, baguettes arrondies en os ou en corne de renne, assez allongées, dont on se servait en les empoignant à pleine main par la hase. Eh bien, il n y a que la place de l’empoignure qui est encochée. Gorge d Enfer et Saint- Martin d Excidcuil ont donné des instruments de ce genre.
Une remarque à faire, c’est que lesos à encoches se rencontrent surtout dans les gisements les plus anciens, dans les gisements de transition entre le solutréen et le magdalénien. Ils accompagnent volontiers les pointes de sagaies plates à fentes. Gela tient à ce que l’art ne s était pas encore vulgarisé. Plus tard, quand la population est devenue plus artiste, les gravures et sculptures ont avantageusement remplacé les simples encoches.
§ lü. Objets divers en os. — Les poignards-poinçons ou poignards primitifs en os n étaient pas toujours garnis à la hase d’encoches déterminant la poignée. Le musée de Saint-Germain eu possède un de ce genre, de la Madeleine. C’est une grande baguette, un peu arquée, en corne de renne, tout unie, à sommet pointu, ayant 26 centimètres de long, bien que n’étant pas complète.
Ces poignards si simples, après l’épanouissement de
l’art, sont devenus des armes de luxe, avec des poignées artistement sculptées. Laugerie-Basse a donné (tig. AH) à Lartet et Christy un très beau poignard de ce genre (Musée préhistorique , n° 191). De remarquables poignées se voient dans les collections Massenat, venant de Laugerie-Basse, Peccadeau de l'Isle, trouvées à Bruniquel.
Les spatules ou lissoirs, instruments aplatis sur une face, à sommet lisse et arrondi, sont aussi assez abondants. Pour les uns on les employait à lisser les coutures des vêtements, de là leur nom de lissoirs. Pourles autres, c’étaient des spatules servant à dépouiller les animaux de leur peau. On en possède de Laugerie-Basse, de Gro-Magnon, de Bruniquel, d’Aurignac, etc.
Laugerie-Basse, Gourdan et quelques autres stations ont fourni de petites plaques discoïdes en os, percées d'un trou au milieu. Ce sont des boutons, de simples boutons. Un cordon passait dans le trou et un nœud fixait le cordon. Gomme objet de toilette, ces boutons étaient très ornés. M. Piette en fait des simulacres de la divinité ; il va même plus loin, il y voit une représentation du dieu soleil, parce que ces boutons ont parfois des lignes rayonnantes ou des séries de chevrons. Orles lignes ont constitué naturellement les premiers ornements. Les chevrons sont parmi les motifs les plus primitifs. Mais à ces ornementations géométriques s’en joignent d’autres : il y a habituellement des animaux figurés sur ces boulons, animaux qui n’ont rien à faire avec la divinité (Musée préhistorique , n° 158).
M. Gaillard de la Dyonnerie, dans ses fouilles du Cliaffaud, a recueilli plusieurs instruments en forme de navette. Ce sont des os légèrement arqués, avec feute ouverte à chaque bout.
La grotte du Mammouth, en Pologne, a donné à M.Zaxvis/.a un long fragment de côte de mammouth aminci et arrondi à une extrémité en forme de poignée. Ce travail
de l’os a été fait évidemment pour faciliter la préhension de cette longue, grosse et lourde côte destinée à servir de massue ou casse- tète. Cette pièce est très importante, parce qu’elle vient confirmer ce que j'ai ditsur l’emploi du casse-tôte pendant les temps géologiques. Il est évident que, du moment où les hommes d’alors en ont fait avec de gros os, ils ont dû, à plus forte raison, en faire on hois, comme tous les peuples sauvages de nos jours.
Nous n’avons plus qu’à mentionner des premières phalanges de renne, percées d’un trou , servant de sifflet ( Musée préhistorique , n° 219). Mais, comme le trou est pratiqué au point le moins résistant de l’os, il arrive souvent qu'il s’en produit un accidentellement. Il faut donc bien examiner la pièce avant de déclarer que c’est un sifflet préhistorique, le premier instrument de musique connu.