III. — Le Christianisme japonais
Quel est l'apport du christianisme ? Ses origines au Japon sont de date trop récente et le nombre de ses / croyants relativement trop restreint pour avoir pu donner la plénitude de son influence.
D'autre part, les missionnaires ont eu tort de vouloir se montrer par trop exclusivistes et se poser en ennemis des cultes établis. A un moment donné, un édit de 1688 interdisait « aux Chrétiens, de s'installer au Japon aussi longtemps que le soleil continuera à chauffer la terre ». L'édit « fait savoir à tous que si le roi d'Espagne lui-même, le dieu des chrétiens ou le grand dieu de^tous, osaient violer cette interdiction, ils devront le payer de leurs têtes ».
Le comte Okuma, l'homme d'Etat bien connu, a fait cette remarque troublante. « Si les missionnaires chrétiens, dit-il, avaient limité leur propagande exclusivement aux choses religieuses, tout le Japon serait devenu aujourd'hui chrétien. » Les temps ont changé. Les ressentiments contre les missionnaires se sont évanouis avec la marche des siècles. Aujourd'hui, la rehgion chrétienne jouit, comme toutes les autres, d'une tolérance absolue. L'article 28 de la Constitution du pays le formule d'une façon précise.
Seulement, pour y faire des progrès réels, la religion chrétienne devra y adopter d'autres méthodes d'action.
Ce qui scandalise surtout les sujets du Mikado, ce sont les querelles incessaates qui éclatent dans leur pays, parmi les nombreuses sectes chrétiennes. Leur rivalité, leur haine réciproque qui ne recule même pas souvent
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devant des accusations scandaleuses lancées en public, déroutent leur esprit philosophique.
Et le noble poète Hitomi avait affirmé à son tour que la haine du christianisme a disparu à tout jamais au Japon. « Elle se trouve remplacée, dit-il, par une sorte d'indifférence, car mes concitoyens considèrent les dogmes et les formes comme une chose secondaire. L'essentiel, pour nous autres Japonais, c'est de préserver la morale nationale avec tout ce qu'elle comporte au point de vue patriotique, familial et individuel. Or, la morale a son but dans ce monde et ne devrait point être pratiquée en vue de récompense ou de punition au paradis ou dans l'enfer » !
Contentons-nous d'ajouter que cette tolérance eut pour effet, que le Japon comptait au commencement du xxe siècle environ 80.000 éghses de Shinto, 72.000 bouddhistes, de même que 1.055 églises chrétiennes appartenant au culte catholique, orthodoxe et protestant...