V. ■— Une « RELIGION naturelle
Et plus on s'initie à la vie religieuse du Japon, plus on constate que celle-ci se résout dans une sorte de « rehgion naturelle », si chère aux philosophes et aux morahstes de tous les siècles. Parmi ses protagonistes et fidèles figurent Socrate, Platon, Marc-Aurèle, Descartes, les meilleurs et les plus profonds parmi les stoïciens et les
idéalistes rationnels de tous les temps. On pourrait y rattacher également Voltaire et Diderot.
Des moralistes éminents, comme le professeur Robert H. Smith, prétendent même que le Japon est capable de réaliser tôt ou tard une réconciliation religieuse du Christianisme et du Bouddhisme, et ainsi s'opérera la fraternité des peuples par la Croyance.
L'attitude des philosophes japonais à l'égard des religions dominantes du Japon justifierait cette prophétie. La plupart d'entre eux constatent que la Sainte Vierge aurait sa contre-partie dans la Kwanon, la déesse de bonté
^-du Japon.
Les trois croyances essentielles japonaises qui admettent autant l'existence d'un Etre suprême, qu'une vie après la mort et la nécessité d'une vie intérieure, se rattachent intimement à la philosophie idéaliste. Sans demander aucun sacrifice à la raison ou à la conscience, elle pourrait organiser la vie d'ici-bas dans la voie créa-
•trice parfaite, comme reflet de l'esprit indestructible et infini qui se trouve en nous-mêmes, et en un mot, une religion d'esprit et de pensée, unique et divine, devant réunir et réconcilier toutes les autres sous une bannière de l'homme idéal, pénétré des idées de bienveillance, de tolérance et de compréhension sublimes...
Le Japon a réalisé avant la lettre cette caractéristique du divin qu'on a tellement admirée dans VAurora^ du célèbre cordonnier philosophe, Jacob Boehme :
« Considérez les oiseaux de nos forêts, ils louent Dieu, chacun à sa manière, sur tous les tons et dans tous les modes. Voyons-nous que Dieu s'offense de cette diversité et fasse taire les ^oix discordantes ? Toutes les formes de la Foi sont chères à l'Infini. »
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