‹ Le préjugé des racesChapitre 20 sur 122 · RAGES ANIMALES ET RACES HUMAINES · texte numérisé non relu

RAGES ANIMALES ET RACES HUMAINES

ces deux sciences auxquelles Darwin fait des appels incessants, se déclarent ouvertement contre la thèse. 11 en est de même de ses devanciers que de ses contemporains : Cuvier, Agassiz, Murchison, Falconer, Sedgwick.

Avec M. de Vries nous trouverons une théorie phis plausible, celle de la transformation d'espèces brusque, nettement définie. Elle prend chez lui la forme de « mutation de l'espèce » au lieu de la a variation individuelle » de Darwin. L'espèce apparaît et existe un certain temps. Sujette au changement spécifique, elle donne lieu à une espèce nouvelle qui se montre brusquement sous l'action de causes déterminées dont les raisons nous échappent. L'espèce primitive d'où elle nous est venue, vit un certain temps à côté de celle qui lui doit son origine et disparait. Mais la variété ainsi créée est tellement différente de l'espèce-mère que le croisement entre les deux devient stérile, voire impossible. Le célèbre botaniste procéda même à une série d'expériences remarquables qui lui ont permis de justifier sa théorie. Il a notamment réussi à nous la prouver en ayant recours à l'herbe aux ânes {V onagre biennal)^ dont les feuilles ressemblent singulièrement aux oreilles de cet animal. Cette plante, apportée en Europe au commencement du xvii® siècle, se trouve très répandue en Hollande. On constata, en 1875,

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aux environs de la petite ville d'Hilversum, que cette touffe herbacée y présentait une vigueur exceptionnelle et une aptitude de multiplication hors ligne. Vries en a conclu que l'espèce devait traverser la période de sa mutation spasmodique. Après avoir isolé cette plante dans le jardin botanique d'Amsterdam, il la soumit à des observations très rigoureuses pendant quatorze ans, de 1886 à 1900, et vers la fin de cette année, il avait trouvé sur le nombre de 50.000 plantes l'apparition de 800 individus nouveaux appartenant à sept espèces nouvelles et inconnues. Ces espèces étaient parfaitement distinctes de l'espèce-mère.

Mais allons plus loin : il est hors de doute que si on laissait les espèces nouvelles à côté de l'espèce souche, elles seraient peu à peu ramenées à un type moyen sinon au type ancien.

Pour qu'une espèce nouvelle puisse définitivement se constituer et survivre, il faut l'isoler. C'est alors seulement que ses formes se précisent et que précisées, elles donnent lieu à une espèce morphologique nouvelle. L. Cuénot, insistant sur cette nécessité, signale plusieurs sortes de causes qui sauveraient ainsi l'espèce nouvelle. Il y a, avant tout, Fisolement géographique qui dresserait entre l'espèce souche et Tespèce nouvelle des barrières infranchissables, empêchant tout croisement. Mais cet isolement peut aussi se produire à la suite de causes psychologiques (chien, chacal et loup), d'ordre anatomique : différence de taille rendant l'accouplement impossible,

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par exemple entre un terre-neuve et un roquet, et enfin incompatibilité sexuelle qui provoque une très faible fécondité sinon la stérilité absolue des croisements. Car beaucoup d'espèces, qui ne présentent que des différences physiologiques minimes, se montrent stériles une fois croisées, comme certaines espèces de coléoptères, de guêpes, etc., etc.

On note fréquemment le même phénomène dans le monde des plantes.

La thèse de Vries a du reste toutes les chances de triompher dans la science moderne. Les observations simultanées ou ultérieures faites dans d'autres pays, ne font que la confirmer.

A signaler surtout les découvertes faites par M. Armand Gautier \

En partant de Fanalyse du pigment des vins rouges et de ses nombreuses variétés il a abouti à des conclusions frappantes sur l'origine des espèces et des races. Lui aussi a relevé ce phénomène curieux que les grandes variations donnant lieu à l'apparition des espèces et des races ne proviennent point de changements continus et insensibles, mais de modifications monstrueuses se signalant d'emblée et sans transition. Ainsi YAralia ordinaire à feuilles heptalobées produit tout à coup des rameaux à feuilles simples que Ton peut multiplier sans boutures. Sur un lilas varin à fleurs bleu violacé apparut soudain

1. Mécanisme de la variation des êtres vivants, en 1886, de môme que son remarquable mémoire sur les Mécanismes moléculaires de la variation des races et des espèces, publié vers la fin de 1901.

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(en 1901) une branche unique de fleurs de lilas sauge rouge ou pourpre (observation de L. Henry). Dans le monde des insectes M. Girard a observé les mêmes phénomènes. De nombreuses variations des ailes ont surgi subitement. Communiquées par voie d'hérédité, elles ont donné lieu à la naissance de races nouvelles. Des exemples de ce genre pullulent dans le monde animal.

L'école de Darwin expliquait ce phénomène par une sorte d'atavisme, retour au type primitif grâce à une aptitude lente à régresser. On sait ce qu'il y a d'abusif dans ce mot, souvent vide de sens, toujours très mystérieux et dont la vertu consiste à nous expliquer l'inconnu par l'inconnu. Qu'est-ce que cette force inexplicable qui, inactive comme la Belle au Bois-Dormant pendant des^ siècles, se réveille tout à coup pour se replonger de nouveau dans un sommeil indéfini? Car, d'un côté il n'y a point régression puisque ces monstruosités donnent, en évoluant, naissance à des espèces et races nouvelles. Et d'autre part, les recherches faites par A. -F. Ledouble, S. Pozzi, E. Eabaud, etc., sur les anomalies ou monstruosités, ont démontré, avant tout, que dans le nombre d'anomalies il y en a une grande quantité qui échappent complètement à la conception atavique. Celles qui restent se réduisent h

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Tadaptation nouvelle à Faide d'un caractère nouveau, dont la ressemblante avec le trait atavique n'est que superficielle. Dans d'autres cas il n'y a que filiation, continuation des traits caractéristiques qui n'ont jamais cessé d'appartenir à l'espèce donnée \ Les anomalies dites réversives ne sont, en somme, que des organes nouveaux, nés sur la ruine des anciens. Dire qu'elles ont pour cause l'atavisme, c*est invoquer le néant (E. Rabaud). Et Tapparition des caractères des ancêtres chez des animaux domestiques rendus à la vie sauvage, fait qui joue un rôle dans l'atavisme darwinien, s'explique facilement par le changement de l'influence du milieu. En arrachant l'animal à l'influence du milieu ambiant, nous l'avons soumis à l'influence d'autres conditions. Ces conditions cessant d'agir, l'animal reprend ses anciens caractères. Il devient inutile d'invoquer une force mystérieuse tant que nous pouvons nous appuyer siir une cause évidente et plausible. Il en est de même des plantes domestiques. Tant que nous fumons d'une façon spéciale le sol qui off're rhospitalité à leurs racines, tant que nous les arrachons et les couvrons de protection devant les chaleurs excessives ou le froid trop vigoureux, tant que nous faisons disparaître les autres végétations qui

1. Voir par exemple les curieuses expériences de Taniier qui provoque la polydactylie (doigts surnuméraires) par de simples excitations de tissus ; de M. Boinet, expliquant, à Taide de la radiographie, qu'il n'existe aucun lien enlre un os quelconque uu carpe et le doigt surnuméraire, de Ra'naud pour la microcéphalie comme 1 arrêt de la croissance du cerveau, etc., cic.

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leur disputent l'existence et leur enlevons jusqu'aux insectes nuisibles, elles se développent d'une certaine façon. Cette protection disparue, la plante étant livrée à elle-même, rien d'étonnant qu'elle revienne par cela même à ses façons anciennes.

Ajoutons, du reste, que la théorie évolutionniste n*a rien à perdre à la disparition de ce facteur encombrant qu'était l'atavisme.

Pour la marche du progrès, l'atavisme, placé sur son chemin, constituait, sinon une menace demort^ au moins une sorte de paralysie générale. Ce saut brusque en arrière portait en lui des stigmates de faiblesse. C'était une loi comportant une action rétrograde contraire à son essence, qui est de marcher de l'avant. Débarrassée de cette entrave, la loi de progrès devient une véritable loi de nature, d'une simplicité et d\me clarté étonnantes.

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