‹ Le préjugé des racesChapitre 21 sur 122 · ESPÈCES, VARIÉTÉS OU RACES DANS LE MONDE ANIMAL ET VÉGÉTAL · texte numérisé non relu

ESPÈCES, VARIÉTÉS OU RACES DANS LE MONDE ANIMAL ET VÉGÉTAL

Avant de tirer quelques conclusions de l'hypothèse actuelle de l'origine des espèces, voyons comment elles naissent, de même que les variétés et les races. Quel est le mode de leur création, quelles sont les différences essentielles qui les divisent? Et d'abord, qu'est-ce que l'espèce ? Un ensemble de caractères spécifiques qui se transmettent de générations en générations, par voie d'hérédité. Lorsque, parmi les individus de la même espèce certaines différences s'établissent, elles donnent lieu à Tapparilion des variétés ou des races. Ces différences portent avant tout sur des caractères de second ordre et se distinguent ensuite par leur manque de fixité. Ces caractères flottants peuvent de la sorte dispa^ raître et les individus qui s'en trouvent privés reviennent au type primitif de l'espèce.

Les causes de la variabililé sont multiples. Il faut

placer en premier lieu l'action directe du climat qui entraîne celle de la nourriture et du mode de vivre. Pour Darwin, comme nous l'avons vu, le principe de la sélection joue un rôle capital. C'est la nature qui l'opère en grand d'une façon continue et depuis les temps infinis; l'homme s'efforce, d'ailleurs, de faire la même chose en petit, en imitant l'œuvre de la nature. Darwin, appliquant la théorie de Malthus^ affirme que les moyens de subsistance croissent en progression arithmétique, tandis que les êtres vivants se multiplient en progression géométrique. Cette multiplication serait tellement rapide que nul pays, pas même la surface de la terre et des eaux, ne saurait contenir tous les êtres nés d'un couple après un certain nombre de générations. Il y a donc une lutte perpétuelle pour la place à prendre, une lutte pour la vie. Les plus aptes en sortent vainqueurs et certaines de leurs qualités avantageuses, devenant héréditaires, donnent lieu par voie de sélectioji naturelle à l'origine des variétés et des espèces.

Cette hypothèse de la sélection et de l'hérédité des caractères acquis se trouve, comme nous l'avons vu, fortement malmenée par la science de nos jours. Sa place vient d'être prise par celle des variations brusques ou spontanées. Celles-ci apparaissent sous l'influence des causes dont l'essence nous échappe.

Les races nouvelles à l'état domestique s'obtiennent soit en accouplant deux variétés distinctes [métissage) ou deux espèces plus ou moins rapprochées [hybridation). Les résultats de l'accouplement

dépendent forcément de la conformation des organes sexuels des individus accouplés. C*est ce qui constitue du reste la différence capitale entre l'espèce et la variété ou la race.

La plupart des naturalistes considèrent même une distinction entre variétés comme une distinction d'espèce, dès le moment où l'accouplement reste systématiquement stérile. Nous ignorons la raison de cette stérilité. On sait seulement que certains changements survenus dans la vie des animaux ou des plantes affectent d'une certaine façon le système reproducteur et amènent la stérilité.

Pour Darwin, la fécondité ne constituant point une distinction fondamentale entre les espèces et les variétés, il faudrait plutôt admettre une identité générale entre les descendants de deux espèces croisées et ceux des deux variétés*. Les métis et les hybrides, nous dit-il, se ressemblent d'une façon frappante, non seulement quant à leur variabilité, leur propriété de s'absorber mutuellement par des croisements répétés, mais aussi par leur aptitude à hériter des deux formes parentes. Et partant de là, Darwin constate l'importance de cette division plutôt factice, car les espèces d'aujourd'hui ne sont que des variétés d'hier.

Mais laissons de côté cette discussion académique au sujet de la naissance des espèces ou des races, et voyons plutôt de quels changements intérieurs est

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