Origine des Espèces, Ilybrides et Métis
accompagnée l'apparition d'une race ou espèce nouvelle. Dans ce domaine comme dans tant d'autres de la théorie transformiste, on a réussi à creuser le sol et à serrer de plus près la vérité. Tandis que Darwin s'est occupé surtout des changements des formes extérieures, et s'est borné à la simple morphologie, nous connaissons à présent, grâce aux expériences faites par maints savants français et étrangers, la révolution profonde et intérieure de l'organisme qui accompagne ordinairement les variations extérieures. 11 suffira de saisir la portée de ces phénomènes, de les comparer ensuite à ceux qui se font jour dans les modifications raciales entre hommes et nous gagnerons ainsi un argument singulièrement puissant en faveur de l'égalité des humains.
Fidèle du reste à notre méthode, nous nous bornons pour le moment à exposer l'état actuel de la question, nous réservant le droit d'en appliquer ensuite les vérités acquises.
C'est en faisant ses recherches ingénieuses sur la matière colorante des vins, les alcaloïdes des tabacs, les diverses albumines animales, etc., que M. Armand Gautier, le savant auteur du Mécanisme de la variation des êtres vivants^ est arrivé à ses conclusions
1. Voir surtout son mémoire, lu, le 16 novembre 1901, au Congrès international de l'hybridation de la vigne, tenu à Lyon.
lumineuses. D'après lui, chaque fois qu'il y a variation et production d'une nouvelle race, non seulement les caractères extérieurs anatomiques et histologiques du nouvel être varient, mais encore la structure et la composition même de ses plasmas ou du moins des produits immédiats de leur fonctionnement.
Ce changement se produit aussi bien dans les cellules destinées à la reproduction que dans les cellules végétatives [somatiques) . En un mot, race nouvelle veut dire variation profonde des plasmas.
On sait du reste l'analogie saisissante des races végétales comparées à celles du monde animal. La naissance des espèces et des variations dans les deux règnes se manifeste dans des conditions analogues. Les analyses faites sur des modifications subies par des plantes donnent, par conséquent, droit de poser des conclusions en ce qui concerne celles que doivent subir les espèces et les variations animales. Les études faites sur des plantes, plus faciles au point de vue de l'expérimentation, se signalent surtout par leur exactitude concluante.
Or, en comparant les différentes variétés de vignes cultivées, M. Armand Gautier a constaté ^ que chaque
1. Voici par exemple les matières colorantes des difTérents cépages :
L'Aramon C"H"0"
Le Carignai. C"H*''0"