‹ Le préjugé des racesChapitre 29 sur 122 · Descendance de l'Homme · texte numérisé non relu

Descendance de l'Homme

nous nous occuperons des races humaines proprement dites.

Tout ce que nous avons dit plus haut de leur valeur abstraite et conventionnelle, nous a fait présumer la facilité et la spontanéité de leur éclosion et de leur division. Et, en réalité, un dictionnaire des races, d'après les anthropologistes, demanderai! un gros ouvrage avec des milliers de noms et autant de rubriques.

Le pourquoi de cette diversité ne se retrouve souvent que dans le désir de se distinguer des précurseurs ou de dérouter les profanes. Il serait sans doute fastidieux de vouloir les examiner à un point de vue quelconque. La curiosité et la vogue d^nl ont joui certains systèmes, pourraient seules encore y trouver leur compte. Nous en citerons quelquesuns, d'après la notoriété de leurs auteurs et la valeur de leurs définitions. Leur ensemble nous démontrera leur signification purement conventionnelle.

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Pour I. Geoffroy Saint-Hilaire, le mot race résume « une suite d'individus, issus les uns des autres et distincts par des caractères devenus constants ». Remarquons pourtant que constance ne voulant point dire immobilité^ cette définition a le mérite de se montrer assez libérale dans le sens de la variabilité passagère des humains. Prichard ira encore plus

loin dans cette voie et ajoutera que « la collection dindividus formant une race, présente des caractères plus ou moins communs, transmissibles par li crédité, Torigine de ces caractères étant mise de côté et réservée ». Pour de Quatrefages, « la race e.4 l'ensemble des individus semblables appartenant à une même espèce, ayant reçu et transmettant par voie de génération les caractères d'une variété primitive. » Le mot /^nmiVi'ye a trahi évidemment la pensée du défenseur fervent de l'unité de l'espèce humaine,, car sa définition ferait croire qu'il y avait, dès l'origine des humains, des variétés nettement établies! C'est cette idée qui triomphe dans les écrits des polygénistes. Pour Pouchet, par exemple, le mot race désigne « les différents groupes naturels du genre humain ».

Tous les anthropologistes modernes ne voient, du reste, dans les races humaines, que des variétés liées par certains caractères communs. Broca prendra même le soin d'ajouter que cette filiation, plus ou moins directe, entre les individus de la même variété, c< ne résout ni affirmativement ni négativement la question de parenté entre individus de variétés dif- (érentes >>.

Pourtant, lorsqu'on descend de ces hauteurs, ol aperçoit quel abîme sépare souvent les définitions de leur application. Car, même les plus larges, celles qui font le plus de concessions aux caractères spécifiques des variations, paraissent expier le péché de s'ètreservidumotrace,si impropre pour les humains.

Sous l'influence de cette analogie du terme appliqué également au monde animal, naît dans notre esprit la conception de l'identité entre les races humaines et animales. L'intérêt et la passion, absents lorsqu'il s'agit de deux autres règnes, interviennent ici avec une telle force, qu'ils finissent par y créer des nuages, qui cachent complètement ou modifient, en tout cas, la portée réelle du terme. Car, de ce que les variétés humaines aient été définies de la même façon que les variétés animales et végétales, il ne s'ensuit point qu'elles soient identiques. Nous avons vu précédemment que, bien au contraire, les traits distinctifs sont aussi définis et nets dans les autres règnes qu'ils restent flottants parmi les humains. Ainsi, dans le monde animal ou végétal, lorsqu'il y a un caractère saillant qui tranche sur l'entourage, sépare un groupe ou une race, ce caractère est constant et aussi stable que possible. On le rencontre à son état fixe dans tout la variété, et c'est dans sa permanence et sa forme rigoureuse que gît sa base. En est-il de même chez les humains? Ici, non seulement les individus ne ressemblent point au type qui devrait incarner la race, mais ce type de race lui-même n'est, d'après la remarque si juste de Lamarck, qu'un produit de l'art.

Il suffit de rappeler en outre l'intelligence qui sert de ciment d'unité aux humains. Elle façonne même par son influence leur morphologie. Et rien que cette circonstance rend impossible l'application du terme race dans le même sens aux hommes et

aux animaux. Et pourtant la nécessité mentale, qui nous oblige à classifier et à sérier les faits, rend la division des humains fatale. Mais, afin d'éviter 1 s inconvénients cités, il faudrait lui enlever l'identité des termes communs avec celle des animaux. Le mot race, pour les raisons indiquées, nous paraît avant tout impropre. Or l'identité du mot impliqua, pour les esprits simples, l'identité des phénomènes. C'est ce qui nous fait comprendre la facilité avec laquelle les masses arrivent à concevoir les races humaines et animales sous le même angle. Afin d'éviter la confusion dans nos idées, il faudrait détruire la cause qui l'a créée. Au lieu donc du terme « race », il faudrait se servir plutôt de celui de « variété humai?ie ». Sa définition devrait en outre tenir compte des faits acquis par la science de l'homme. Les traits distinctifs des variétés humaines, étant les produits du milieu, qui, après les avoir créées, a la faculté de les détruire ensuite, cette circonstance capitale ne pourrait être également omise dans sa définition. Envisagée à ce point de vue, une variété humaine serait wn groupement d' ind'widus liés par certains caractères permanents et se distinguant par d'autres t?mts passagers des autres agglomérations humaines . Les caractères permanents représenteraient, dans ce cas, les caractères communs à toute l'humanité : ceux passagers, les distinctions qui, n'étant que le produit des circonstances multiples, synthétisées parle milieu, n'ont qu'une existence temporaire. Cette définition aurait l'avantage

de souligner l'unité des humains et de faire ressortir la distinction capitale qui sépare leurs divisions de celles qu'on applique au monde animal.

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Le sens nécessairement vague qu'a le mot race chez tous les auteurs, a facilité Fapparition de nombreuses classifications. Le propre de la définition est (( d'énoncer des attributs qui distinguent une chose, qui lui appartiennent à l'exclusion de tout autre* ». Or, précisément, comme nous le verrons plus loin, la nature a semé ses traits distinctifs et exclusifs avec une profusion exaspérante parmi toutes les variétés humaines. Une race a tantôt une, tantôt dix ou vingt qualités analogues ou non semblables à celle qu'on veut lui opposer. Alors, comment la faire sortir de l'ensemble des autres et lui donner une définition propre ? Il devient encore plus difficile de diviser toutes les variétés humaines. Comment s'y prendre?

Cette délimitation des humains ressemble un peu à la tâche qui incomberait à un mathématicien de relever le nombre des combinaisons différentes, auxquelles se prêterait le chiff're de vingt personnes, qu'il s'agirait de placer autour d'une table. Nous savons, par exemple, que le placement de douze personnes peut donner lieu à 479 millions de combi-

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