‹ Le préjugé des racesChapitre 30 sur 122 · Littbk: Dictionnaire de la Langue française · texte numérisé non relu

Littbk: Dictionnaire de la Langue française

naisons, tandis que treize offrent déjà un chiffre de 6500000000. Si Ton admettait une personne de plus, les quatorze pourraient nous offrir 91000000000 de combinaisons. Arrivons à quinze personnes, et le nombre de combinaisons possibles qui en résultera, atteindra le chiffre fantastique de 1350000000000 Or, le chiffre des éléments qui rentrent dans la classification des^humains est des plus considérable. Les anthropologistes du bateau Novare (voir 1g travaux de Weisbach), ont adopté quarante-deux mensurations, tandis que les instructions anthropologiques imposent généralement aux observateurs de vingt à quarante données nécessaires. Broca en signale trente-quatre de premier ordre; Topinard, dix-huit nécessaires et quinze facultatives, tandis que Quetelet en relève, dans son Anthropométrie, quarante-deux. Et lorsqu'on pense que, même essentielles, elles ne sont point identiques chez tous les auteurs, on s'imagine aisément la possibilité et la facilité avec lesquelles on peut créer à volonté des races humaines I Loin de s'étonner du nombre déjà existant, il faudrait bénir le ciel de nous avoir préservés d'un milliard de races et de classifications eu conséquence I

Essayons cependant d'en citer plusieurs parmi les plus scientifiques, tout ce que nous avons dit plus haut ayant démontré leur valeur purement relative.

Commençons par celle de Linné, qui, sous des variations diverses, reparaît encore dans l'anthropologie moderne. Pour lui l'homme comprend trois

sections différentes \ sapiens^ férus ^imonsiruosus, ho, première se subdivise en Européens aux cheveux blonds, aux yeux bleus et au teint blanc; l'Asiatique aux cheveux noirâtres, aux yeux bruns et au teint jaunâtre ; l'Africain aux cheveux noirs et crépus, au nez plat, aux lèvres grosses ; l'Américain au teint basané, aux cheveux noirs et au menton imberbe. L'homme férus (sauvage) est muet, hérissé de poils, et marche à quatre pattes, tandis que l'homme monstruosus se divise en plagiocéphales et microcéphales.

Le professeur Blumenbach a mis en vogue le terme caucasien^ servant d'épithète à toute une variété humaine venue du Caucase. Ce terme fut maintenu par Cuvier, qui, à l'encontre de Blumenbach, avait admis seulement trois au lieu de cinq races (caucasienne, mongolique et nègre.) 11 en multiplia pourtant les sous-divisions. C'est ainsi que la race blanche ou caucasienne présente chez lui trois embranchements : laraméen (sémite), l'indopélasgien et le scythotarte. La branche mongolique recrute ses membres parmi les Chinois, Kalmoucks, Mandchoux, Japonais, Coréens et les habitants des îles Carolines et Mariannes.

Bory de Saint- Vincent, partant de ce point de vue qu'Adam n'était que le père des Juifs, a divisé l'humanité en quinze espèces, et celles-ci à leur tour en une quantité de races et de sous-races. Ajoutons que c'est l'espèce arabique qui a l'insigne honneur d'abriter les descendants d'Adam, divisés en Juifs et

en Arabes, tandis que toutes les autres espèces hyperboréenue, australienne, colombique, sinique , etc., se trouveni en dehors de ces cadres privilégiés.

Et, dans la suite, les classifications, en se multipliant et en se ramifiant au gré des savants et de leurs notions plus ou moins exactes de la conformalion et des qualités humaines, ont varié, depuis les trois races de Cuvier, les quatre de ^eibnitz et de Kant et les neuf centres d'Agassiz, en allant jusqu'aux cent et même aux cent vingt prônées dans certains congrès anthropologiques.

Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire divise les humains en orthognathes (visage ovalaire et mâchoires verticales); eurignathes (proéminence des pommettes, type mongolique) ; prognathes {mkohoivQ^ saillantes, type éthiopique) eurignathes et prognathes (pommettes écartées et mâchoires saillantes, type hottentot).

Gratiolet distinguait des v^ç,^% frontales ^ pariétales et occipitales^ caractérisées par la prédominance des régions antérieure, moyenne et postérieure du crâne et du cerveau.

Pour Huxley, les hommes se diviseraient en deux sections capitales : les ulotrichi aux cheveux crépus et les lesostrichi aux cheveux lisses.

Certains anthropologistes ont voulu séparer l'humanité d'après le profil facial. Warushkin ^ trouve ainsi le profil mongolique, africain, européen, juvénile. Le premier est faible dans les deux sens, vertical

) '. cy utc i lofUxTunQ dc» Gc8ichts8chaedel8,

et horizontal ; le deuxième serait faiblement développé dans le sens horizontal, mais fortement accentué dans le sens vertical. On le rencontrerait parmi les Nègres et les Australiens. Le type européen se distingue par un profil fortement dessiné dans les deux sens. Le profil juvénile, qui serait propre aux Slaves et aux adolescents, est fortement accentué dans le sens horizontal, mais légèrement dans le sens vertical.

A mesure que la science de Fhomme se développe, le désir de classer et de simplifier les faits emmagasinés, pousse vers les délimitations des humains de plus en plus nombreuses.

La morphologie ne suffisant plus pour cette besogne, on a recours à la vie psychologique et mentale pour y trouver des bases nouvelles. C'est ainsi que les tendances et les aspirations idéales des humains entrent en ligne de compte et contribuent encore à rendre plus difficile l'impasse dans laquelle sont tombés les classificateurs. Avec les anthropopsychologues, dont nous nous occuperons plus loin, le nombre des divisions devient incalculable, la fantaisie et le caprice ayant décidément remplacé les mensurations des savants. Rappelons, dans cet ordre d'idées, la tentative de M. Fétis de diviser l'humanité d'après les systèmes musicaux de ses représentants, et celle de César Daly préconisant, dans le même but, les distinctions d'après les compositions architectoniques.

Les quelques faits signalés suffisent pour faire res-

sortir Tintérêt vague de toutes ces divisions. Pour en donner une notion plus exacte, nous procéderons par ordre anatomique. Nous examinerons l'homme avec les parties essentielles de son corps et étudierons les divisions consécutives basées sur celles-ci, Uéiude systématique des parties saillantes de notre organisme nous permettra de saisir sur le vif les difficultés où se débat la science des races. Les *livisions essentielles des humains ayant surtout leur point de départ dans la tête et la conformation comparée de ses parties, leur analyse facilitera singulièrement notre tâche. Car, ne l'oublions pas : le crâne et le cerveau, le prognathisme et les angles faciaux ont fourni pour leur compte les neuf dixièmes de toutes les divisions et de tous les systèmes d'inégalité entre les humains.

Page 1