Varialion des animaux et des plantes, t. II
mine Finfliience maternelle, le crâne, y compris celui des enfants mâles, se ressentira de la structure crânienne delà mère. Si le fait observé par Yirchow était authentique, Fhumanité aurait devant elle une perspective nouvelle pour l'évolution des crânes et leur... différenciation infinie.
lïl
Depuis que Gobineau et ses élèves se sont laissée hypnotiser par la conformation du cerveau humain, la science a fait de singulières constatations. Elle a trouvé avant tout que la dolichocéphalie, si enviée et si recherchée, se rencontre surtout chez des peuplades sauvages et primitives. Vouloir attribuer à celles-ci le premier rang parmi les humains, serait sans doute excessif.
Les dolichocéphales avec un indice céphalique audessous de 76, sont surtout fréquents chez les Hottentols, chez les Nègres-Krous, chez les Muchikongo et Bakongo (73), chez les Achantis en Afrique, chez les Papous de la Nouvelle-Guinée (74), chez les Australiens divers, chez les insulaires des Nouvelles- Hébrides, chez les Tasmaniens en Océanie, de même que chez des peuplades hindoues (Kota, Badagas, Todas de Nilghiri), chez les Aïnos de Sakhalin, \cH Palhans du Pendjab, etc. ; en Asie, chez les Esqiîk maux ; les Hurons et Botocudos, etc., en Amérique ; tandis qu'en Europe ce sont surtout les Corses et
108 L'IiNÉGALITÉ DES HUMAINS
les Poiiugais qui paraissent réaliser Fidéal de MM. Gobineau et Lapouge (74 à 76 j.
La sous-dolichocéphalie trouve surtout ses représentants parmi les Boschimans, Haoussas, les M'Zabites et autres peuplades africaines ; cbez les insulaires de Soumba, Kurdes, Japonais, Ostiaks, Turkmènes, Chinois du Nord, Tartares altaïens, etc., en Asie; chez des insulaires des îles Salomon, des îles Marquises, Polynésiens divers, etc., en Océanie ; chez différents Indiens, Algonquins métissés, Esquimaux d'Alaska, Iroquois, Sioux, Fuégiens, en Amérique. Toutes ces peuplades ont leur équivalent au point de vue de l'indice céphalique en Europe chez des Belges Flamands, Français du Roussillon , Sardes, Siciliens, Tchouvaches, Tchéremisses, Basques Espagnols, etc.
Passons à présent aux mésocéphales (entre 79 et 81,8). Les Hollandais et les Normands en Europe répondent aux Chinois du Sud, aux Bororo du bassin de l'Amazone, tandis que les Provençaux (81,7) répondent aux Arakanais ou aux Taleoutes en Asie (81,8) ou aux Omaha en Amérique.
Les Français du département du Nord (80,4) se trouvent au niveau des Indiens Crow (Amérique), Nicobariens ou Tipperq de Tchittagong (en Asie). Nos Limousins et Périgourdins, à qui l'anthropologie attribue un indice de 80,7, répondent aux Nahuqua du Brésil, aux Battas du Lac Toba, etc.
Les sous-brachycéphales (entre 82 et 84,8) sont représentés avec la même abondance chez des Java-
nais, Coréens, Annamites, Palagons, Polynésiens de Tahiti ou Pomotou, comme chez des Italiens en général, Magyars, Ruthènes, Tcherkesses, Grands- Russiens, Relges Wallons, Juifs russes et galiciens, Lapons, Badois, Yotiaks, Bretons, la tribu mi-sauvage Mordwa (Russie) les Tartares du Caucase et les Français en général. S'agit-il des hyper-brachycéphales au-dessus de 87, les craniologistes vous indiquent que ceux-ci se recrutent aussi bien chez les Roumanches de la Suisse, chez les Khirgiz-Kasaks que chez les Français de la Lozère, du Cantal, de la Haute-Loire, les Juifs du Daghestan ou les Lapons habitant l'extrême nord des pays Scandinaves.
Quelle conclusion peut-on en tirer, sinon que toutes ces mensurations craniologiques ne nous apprennent presque rien au sujet de la capacité mentale ou de la valeur morale des peuples?
En admettant que ces évaluations anthropométriques soient absolument exactes et rigoureuses, il faudrait en -tirer des déductions baroques au point de vue de la valeur respective des races.
On devrait mettre au même niveau les Boschimans et les Français du Roussillon, les Téleoutes et les Français du département du Nord, les Nahuquas du Brésil et les Français du Limousin ou du Périgord ; les Mordwa, les Tartars, les Votiaks en regard des Français, en général, ce type le plus représentatif de la pensée et de la civilisation européennes.
D'autre part, en voulant repousser ces conclusions, les partisans des inégalités organiques de
LINÉGALITÉ DES HUMAINS
races se verraient privés de la base qu'ils prônaient comme la plus solide de leur théorie. Car, que leur reste-t il en dehors de l'indice céphalique?
Le domaine de la formation de notre intellect ne cesse d'ailleurs d'être bien mystérieux. Malgré tant d'efYorts faits par les vastes embranchements de la science de l'homme, nous sommes réduits encore toujours à des hypothèses plus ou moins fondées, lorsqu'il s'agit de définir les sources, l'évolution ou les déviations de la pensée. Le pourquoi d'une mentalité du génie nous échappe. Nous pouvons à peine constater les raisons de l'arrêt mental d'un idiot ou d'un crétin. La science de la localisation de nos capacités intellectuelles suit un chemin pénible et ses conquêtes sont loin d'être définitives.
Dans l'intervalle, tout demeure sujet de doute et d'interprétation contradictoire. Notre développement intellectuel est-il en dépendance directe du volume de notre tête? L'homme est-il le plus intelligent; parmi les êtres vivants parce que son cerveau offre la proportion la plus avantageuse? La croyance générale se range de ce côté et s'appuie avec orgueil , ff sur cet avantage des humains pour proclamer leur supériorité dans l'échelle animale. Et pourtant le rapport du poids du cerveau à celui du corps n'est point aussi avantageux, chez l'homme, qu'on le
LIIUMANITÉ AU POINT DE VUE CRANIOLOGIQUE 111
pense ordinairement. Il est vrai que, toute proportion gardée, un singe anthropoïde accuse un rapport trois fois et un chien dix fois plus faible. Mais voici un chat et un lion. Tandis que, chez le chat, le rapport du poids du cerveau à celui du corps est de 1 à 106, le même rapport chez le lion offre un rapport de 1 à 546*. Faudra-t-il en conclure que le chat est cinq fois plus intelligent que le lion ? On sait d'autre part que plus Tanimal est petit, plus avantageux se montre le rapport de son cerveau à son corps. Ceci une fois admis, peut-on en déduire que les animaux petits sont relativement plus intelligents que les animaux de grande taille ?
Afin d'échapper à cette conclusion bizarre on a vu des physiologistes, comme M. Charles Richet, admettre l'existence d'un élément intellectuel permanent, en regard de la masse cérébrale variante. Grand chien ou petit chien, ils ont une intelligence égale, nonobstant leur masse cérébrale distincte. Cette explication ingénieuse ne saurait point être considérée comme satisfaisante. Où se trouve le siège de cette masse constante destinée à élaborer ou à manifester l'élément intellectuel, et quelles sont les conditions de son fonctionnement?
C'est ainsi que, même lorsqu'ils s'agit des animaux, nous nous trouvons réduits à une série d'hypothèses. l^t pourtant la facilité avec laquelle les physiologistes
1. E. Dubois. Sur le Rapport du poids de l'encéphale avec la grandeur du corps chez les Mammifères, Bulletin dé la Société d'Anthropologie, 1807.
peuvent opérer sur les êtres vivants devrait singulièrement simplifier le problème et diminuer ses côtés mystérieux. Or il n'y a qu'une seule vérité qui s'impose d'une façon indiscutable dans le monde animal, c'est que le poids du cerveau ne correspond aucunement au degré de l'intellectualité.
11 en est de même chez l'homme, et Broca a eu raison de considérer comme ridicule la prétention de vouloir faire dépendre les degrés de l'intelligence des dimensions et par conséquent des formes de la tête.
Mais si le volume cérébral plus ou moins grand ne résout point la question, il ne faut pas oublier en outre que le poids et la conformation du crâne varient et progressent avec l'instruction. 11 en est du cerveau comme des autres organes du corps : ils croissent et évoluent sous l'influence de l'exercice. Or ce fait a une grande importance, malgré l'oubli où Font laissé la plupart des anthropologistes, car cette influence qui se traduit par l'augmentation du volume, une fois constatée, il sera facile d'en tirer quelques conclusions capitales.
Le professeur Parchappe a eu peut-être le premier ridée de s'arrêter à cette concordance qui lie le volume de la tête au travail qu'on lui fait subir. Après avoir pris une série de mesures sur des têtes d'hommes entièrement adonnés à Tétude des lettres et des sciences, professeurs et magistrats, placés par leur talent d'écrire et de parler au-dessus de la médiocrité, il leur a opposé les mesures prises sur
L'HUMANITÉ AU POLNT DE VUE CRANIOLOGIQUE 1 13
des têtes d'hommes livrés dès leur enfance exclusivement aux travaux manuels dont Fintelligençe n'a reçu aucune culture. Les circonstances d'âge et de taille étant à peu près les mêmes, Parchappe, ayant retrouvé chez les premiers la tête sensiblement plus volumineuse, en a conclu en faveur de l'influence de l'exercice intellectuel.
En suivant les traces de Parchappe, le professeur Broca s'est également préoccupé de l'influence directe qu'exercerait sur le volume de la tête son travail fonctionnel. Dans un mémoire publié en 1873. il constate que le fonctionnement régulier des organes favorise leur développement et que, par conséquent, il y a possibilité par un entraînement spécial d'augmenter leur puissance. Après avoir pris comme élément de comparaison les infirmiers de l'hospice de Bicêtre, mis en parallèle avec les internes (médecins ou pharmaciens), il est arrivé à des résultats analogues à ceux obtenus par Parchappe. Toutes les mesures d'ensemble de la tête donnaient un avantage notable aux internes, hommes instruits, en comparaison des infirmiers dont la culture intellectuelle était négligée \
La conclusion de Broca est formelle : « Les
1. Ces différences s'élevaient jusqu'à 5 millimètres sur le diamètre antéro-postérieur et plus de 4 6 millimètres sur la courbe horizontale. Les infirmiers accusaient en somme une infériorité de 8 millimètres sur la courbe totale. D'autre part la courbe iniofronlale des internes offre un excédent de 9,90 mm. mais presque tout l'excédent (9,25 mm.) porte sur la partie frontale de cette courbe, dont la partie postérieure n'a pas môme gagné 1 millimètre.
HNOT. 8
dl4 L'INÉGALITÉ DES HUMAINS
internes ont la tête plus volumineuse. L'éducation qu'ils ont reçue a fait fonctionner leur cerveau et enr a favorisé le développement. » Ce développement se manifeste surtout dans les lobes antérieurs du cerveau, et c'est au plus grand développement de leur région frontale que les internes doivent la plus grande partie de Fagrandissement de leur tête.
Ailleurs, Broca, émerveillé des résultats constatés, nous dira que l'éducation non seulement rend l'homme meilleur, mais elle le rend aussi supérieur à lui-même, « elle agrandit son cerveau et en perfectionne les formes. » C'est ainsi que répandre T instruction, c*est améliorer la race.
MM. Lacassagne et Cliquet, qui ont entrepris plus tard la tâche de vérifier ces observations de Broca* sont arrivés à des conclusions sensiblement identiques. Après avoir opéré avec un simple conformateur dont se servent les chapeliers pour prendre la forme de la tête, sur 190 docteurs ou médecins, 133 soldats ayant reçu une instruction primaire, 72 soldats ne sachant pas lire et 91 détenus, ils ont constaté que :
1° La tête est plus développée chez les gens instruits qui ont fait travailler leur cerveau, que chez les illettrés dont l'intelligence est restée inactive ;
2° Chez les gens instruits la région frontale est relativement plus développée que la région occipitale.