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II. — La forme de la face et la théorie des angles

La tête, avec les variations que trahissent ses différentes parties, a donné lieu à de nombreuses distinctions entre humains. Elles s'appuient principalement sur la conformation du crâne et de la face.

Leur structure peut être parallèle et harmonieuse de même qu'ils peuvent accuser chacun des tendances particulières. La face, par exemple, peut être allongée et le crâne de même, comme chez les Nègres, ou tous les deux larges, comme chez la plupart des Jaunes.

On constate, en général, une sorte d'harmonie entre le crâne et la face, cette dernière n'étant, en somme, qu'une partie du crâne. Celui-ci se divise en deux fractions : le crâne proprement dit, réceptacle du cerveau, et la face, qui contient les prin-

cipaux organes des sens et l'appareil de mastication. Lorsqu'on compare, sous le rapport du crâne pris dans son ensemble, l'homme aux animaux, on s'aperçoit de la différence capitale qui les sépare : la position du crâne chez l'un au-dessus de la face, son volume, tout paraît le distinguer du crâne animal, placé plus en arrière et ayant d'autres traits particuliers.

Rien donc de plus facile et alléchant que la tentation de diviser sous ce rapport les hommes et les animaux en général et les singes en particulier. En est-il de même de la distinction entre les humains ?

Nous avons dans cet ordre d'idées de nombreux essais tendant à retrouver, dans la forme de la face, des appuis solides pour les divisions ethniques. Signalons avant tout Tangle facial de Camper. Dans sa Dissertation sur les différences réelles que présentent les traits du visage chez l'homme de différents pays et de différents âges '\?'àv\s 1791), Pierre Camper nous enseigne que l'angle facial (ligne faciale ou ligne caractéristique du visage), varie de 70^ à 80*^ dans l'espèce humaine. « Tout ce qui s'élève audessus se ressent des règles de Tart, tout ce qui s'abaisse au-dessous tombe dans la ressemblance des singes. Si je fais monter la ligne faciale en avant, j'ai une tête antique; si je la fais pencher en arrière, j'ai une tête de nègre. » Consolation qui n'est pas mince pour les Noirs; il faut bien incliner cette ligne pour avoir une tête de singe et encore beaucoup plus pour avoir celle d'un chien. Il faudrait faire ensuite

un grand effort d'inclinaison pour avoir celle d'une bécasse \ D'après Camper, son angle permettrait de distinguer d'une façon précise les chefs-d'œuvre de l'art grec de ceux de l'art des Romains. Car, tandis que l'angle facial mesuré d'après sa méthode représente lOO*' pour les premiers, il n'est que de OS'» pour les seconds.

Appliquée aux races différentes, sa mesure na nous permet aucunement de diviser les humains en supérieurs et inférieurs. La raison en est bien simple : c'est que les différences individuelles laissent loin derrière elles les différences entre blancs (85^), jaunes (80°) ou noirs (75°), telles que les formule Camper. Ce fait ressort surtout dans les perfectionnements ultérieurs apportés à la mensuration de l'angle facial de Camper par Cloquet, Jacquarf, Cuvier ou G. Saint-Hilaire. La difTérence de 5, qui devrait séparer les races humaines d'après Camper, se trouve, d'après Jacquart, portée jusqu'à 10, parmi les seuls représentants blancs de la ville de Paris.

L'anthropométrie, outre l'angle facial, nous en offre une quantité d'autres, dus à l'ingéniosité des savants de tous les pays.

Signalons, au hasard de la plume : l'angle sphé-

1. L'angle de Camper est formé par deux lignes : l'une horizontale allant du conduit auditif à la racine du nez ; l'autre tangente, dite faciale au front et à l'os du nez ; autrement dit, l'une des lignes va du trou auditif au bord inférieur des narines , l'autre se dirige aux deux points les plus saillants de la face, la glabelle (le front en haut) et à la face antérieure des deux incisives en bas.

noïdal de Welcker, cranio-facial de Huxley, et de Ecker, pariétal de Quatrefages, l'angle de Barclay, Tangle métafacial de Serres, l'angle des condyles, Tangle naso-basal de Virchow et de Welcker, etc. , etc. Si curieux que soient les résultats obtenus par cette nombreuse série de mensurations, ils se ressemblent pourtant, au point de vue spécial qui, pour nous, prime tous les autres. Ils ne nous permettent pas non plus de « sérier » l'humanité en races supérieures et inférieures. Et s'ils n'établissent pas de différences irréductibles entre les races, ils n'aboutissent en somme qu'à faire triompher la thèse des différences individuelles qui séparent les humains.

On a essayé aussi de fixer la largeur, la longueur ou l'épaisseur de la face, à l'aide de divers procédés qui varient du reste souvent d'après ceux qui les appliquent. Sans vouloir en étudier le côté technique, ce qui demanderait un volume spécial, nous nous bornerons à confronter quelques résultats obtenus dans les limites de la même méthode. C'est ainsi que, d'après Broca, les Parisiens tiendraient le milieu avec leur indice facial de 65,9 entre les Néo-Calédoniens, 66,2, et les Australiens 65,6; les Nègres, avec leur indice de 68,6, seraient proches des Bretons, (68,5) et des Auvergnats (67,9), etc. Si l'on se base sur la longueur totale de la face et sa largeur bi-zygomatique, telles qu'elles ont été établies par Pruner-Bey, les Scandinaves, avec leurs 129 millimètres de longueur et 132 de largeur,

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se placeraient entre les Chinois (134 et 137) et les Allemands du Midi (127 de longueur et 131 de largeur) ; les Néo-Calédoniens et les Nègres se rapprocheraient des Allemands, etc.

En ayant, par contre, recours à la ligne nasobasilaire ^ de H. Welcker, nous trouverons que celleci a la même longueur de 102 millimètres chez les Français et les Malais de Sumatra, qu'elle est de 100 millimètres chez les Chinois, les Allemands, Russes, Cosaques, Mexicains, ïartares; de 99 chez les Hongrois, Hottentots, Tziganes ; que les Esquimaux se rapprochent des Cafres et les Papous des Juifs ! Nous avons, en un mot, devant nous un de ces mélanges disparates qui nous interdisent toute conclusion. Et si on voulait prendre comme point de comparaison l'angle naso-basal de Welcker et Virchow, ou la ligne naso-basilaire comparée à la circonférence antéro-postérieure du crâne des deux mêmeft savants, nous arriverions à des conclusions encore plus excentriques. Au point de vue de la première mesure, les Français occupent le milieu (65^1) entre les Turcs (64<>3) et les Kalmoucks (65^8) et se trouvent suivis par les Chinois (65°9) qui précèdent les Allemands (QQ^'i) devançant à leur tour les Esquimaux, les Hottentots et les Nègres.

Quant à la deuxième mesure, les Français, avec

1. Il s'agit de la ligne droite allant du bord antérieur du trou occipital, sur laligne médiane (basion), à la suture naso-frontale. Les curieux peuvent trouver toutes ces mensurations avec les détails nécessaires pour leur vérification, entre autres chez Topinard, dans son Anthropologies chez Ranke, Der Mensch^ etc.

leurs 398 millimètres, tiennent le milieu entre les Nègres (402) et les Australiens (395) tandis que les Allemands (404) séparent les Chinois (407) des Kalmoucks (403) !!!

L'indice orbitaire, tel qu'il a été mis à la mode par Broca \ a joui et continue à jouir d'un certain succès . Il s'agit de la mesure obtenue de la façon suivante : après avoir mesuré le diamètre vertical le l'orbite, on multiplie par 100 le résultat obtenu et on le divise ensuite par le diamètre horizontal. En partant de ce point de vue, Broca a partagé l'humanité en trois races d'après la grandeur de rindice ainsi obtenu : les Mégasèmes^ dont l'indice moyen serait de 89 et au-dessus ; les Mésosèmes, de <S3 à 89, et les Microsèmes^ au-dessous de 83. Mais lorsqu'on passe de ces séries générales à leur application concrète, on constate, de nouveau, que dans ce domaine, comme partout ailleurs, la nature n'a point voulu faire de privilégiés entre les humains. Les chiffres de l'indice orbi taire se déplacent d'une Kiçon capricieuse et font marcher la main dans la main les peuples et races séparés, à nos yeux, par les abîmes. Les Indiens de l'Amérique du Nord coudoient les Javanais et les Indo-Chinois ; les Auvergnats, les Nègres d'Afrique ; les Parisiens vont bras dessus, bras dessous avec les Nègres et les Hottentols, etc.

On trouve chez Broca lui-même des preuves abon-

i. Sur l'indice orhilaire, Rev. d'Anthrop. 1879.

(lantes que les différences entre les individus de la même race dépassent encore celles qu'il avait établies entre ses trois séries. Nous avons vu que celles-ci sont séparées par une moyenne de six unités ; or Broca a constaté 108,33 chez une Chinoise, 105 chez un Indien Peau-Rouge, 100 chez une Parisienne et une Auvergnate, etc. D'autre part, comme on le voit, la même série donne l'hospitalité aux blancs, noirs ou jaunes ; aux peuples civilisés et arriérés; aux brachycéphales et dolichocéphales. Ajoutons, du reste, que le savant anthropologiste, après avoir comparé l'indice orbitaire chez les hommes et les singes, a renoncé à y voir une base quelconque pour la gradation des humains. En effet, si les quadrumanes, envisagés au point de vue d( l'indice orbitaire, peuvent se diviser également en méga, méso et microsèmes, le même indice réunit sous la même mesure les anthropomorphes supérieurs aux types se trouvant aussi bas sur l'échelle que les lémuriens et les cébiens.

On a essayé également de tirer quelques indications de la comparaison des maxillaires supérieurs et inférieurs chez des races différentes ; mais, tout compte fait, on n'a pu leur attribuer qu'une valeur purement descriptive. Les variations entre individus dépassent de même dans ce domaine celles qu'on a voulu établir entre les variétés humaines. D'autre part, la forme si variée que prennent les maxillaires, de même que la diversité de leurs rapports rendent difficile toute généralisation. Ne quittons pas la.

face humaine sans insister sur les mensurations du nez et des oreilles, si importantes pour l'anthropologie descriptive.

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