‹ Le préjugé des racesChapitre 42 sur 122 · IV. LOreille · texte numérisé non relu

IV. LOreille

Ou a essayé également de tirer de la structure des oreilles quelques signes caractéristiques pour la différenciation des races, mais toutes ces tentatives sont restées vaines. Certains anthropologistes français nous enseignent, il est vrai, que les lobules manquent dans les oreilles de certains Kabyles de la province de Constantine, mais ils sont forcés d'avouer que le même phénomène se reproduit fréquemment autour de nous et en dehors de nous. 11 en est de même de la forme ovale ou prétendue « carrée » chez les Nègres. G. Fritsch, qui a étudié d'une façon particulière les Boschimans, constate que leurs oreilles ont la même configuration que celles des Européens, tandis que Langer nous dit la même chose en ce qui concerne les Nègres.

Les oreilles varient à l'infini comme signes indi viduels, mais non point comme trait de races. Leurs variations sont même si caractéristiques, qu'elle? peuvent servira l'identification des sujets, comme les empreintes des doigts. On a cru, pendant bien longtemps, opinion du reste fort enracinée, que les oreilles se trouvaient dans une position plus élevée chez certaines peuplades. On indiquait notamment les Coptes et les anciennes momies d'Egypte (Ebers, Bureau de la Malle), comme se signalant par cette

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position bizarre des oreilles. Mais les mensurations plus exactes ont enlevé toute créance à cette le^ ade. On voulait déjà y voir un trait simiesque (chez les gorilles, ce phénomène a réellement lieu), mais il a fallu en rabattre. Czermack, Langer, Norton, pour ne parler que de ceux-là, ont trouvé que les fameuses oreilles des momies, de même que celles des Coptes se trouvent enracinées sur la face à la même hauteur que chez les Blancs. Ce qui a pu de tout temps justifier cette fausse croyance, c'est Fart conventionnel des Egyptiens, qui, considérant ce genre d'oreilles comme signe de beauté, les prodiguaient sur presque tous leurs monuments.

On a voulu également nous faire croire à une acuité auditive supérieure chez les peuples primitifs ou sauvages ; mais, d'après les nombreux travaux faits dans cet ordre d'idées, il faut décidément renoncer à cette distinction que rien ne justifie. Rappelons, entre autres, les expériences de Myers. Il a eu recours à une pendule donnant cinq coups à la seconde et aussi facile à arrêter qu'à faire marcher. Ses sujets étaient au nombre de trentecinq, dont sept fillettes, douze garçons et seize adultes, tous originaires de l'île Murray. Cet examen fait avec le concours des membres de l'expédition au détroit de Torrès, organisée par l'Université de Cambrifl^e, a fait triompher cette vérité, qu'en règle générale I acuité auditive des indigènes observés m\ aurait élr plutôt inférieure à celle des nropéens. i|| Pour M^tiis, les sauvages étant accoutumés à perce-

voir une série déterminée de sons, ils les guettent et -e trouvent par cela même dans une situation plus avantageuse pour les entendre plus promptement.

Une conclusion s'impose, lorsqu'on compare les résultats obtenus par la mensuration de toutes les parties de la tête. C'est que le crâne, sujet à variations, impressionne, en évoluant, lafacequi n'est que -on complément. Or, puisque nous ne voyons plus autour de nous des races nettement définies au point de vue craniologique, il ne peut pas non plus y en avoir en ce qui concerne d'autres mensurations empruntées aux parties composantes de la tête. Les différences entre individus appartenant à la même variété humaine l'emportent ainsi toujours «iur celles qu'on constate chez les races prises comme unité.

Le type mixte constitue le cachet saillant et caractéristique de l'humanité d'aujourd'hui, surtout celle le l'Europe. Nous verrons plus loin que celle-ci n'étant que le produit d'un croisement de presque toutes les autres races , doit avoir avec elles maints traits communs ou semblables. On le constate surtout lorsqu'il s'agit des variations craniologiques.

La population européenne nous offre un mélange de dolicho-brachy et méso-céphales. Chose plus im-

portante: tous ces types sont disséminés, dans les mêmes pays, dans les mêmes communes, dans les mêmes familles. Ils ne s'y présentent pas, en outre, dans leur état pur. Les hommes aux crânes étroits ont des faces larges; ceux aux crânes ronds, des faces étroites ; tandis qu'entre ces deux types mélangés, flottent des « impurs », à un degré encore plus surprenant, car ils réunissent des séries de traits rentrant dans l'apanage des doliclio oubrachycéphales. Ranke a essayé de grouper dans des catégories nettement définies cette pénétration mutuelle des types et des traits. Voici plusieurs de ses divisions : a) les têtes courtes aux visages longs [doUchoprosope Brachykephalen) ; b) têtes longues aux visages courts {brachyprosope dolichokephalen) ; c) têtes longues aux visages longs {doUchoprosope dolichokephalen) ; d) têtes moyennes aux visages longs [doUchoprosope mesokephalen) ; e) têtes courtes aux visages courts [brachyprosope brachykephalen) et f) têtes moyennes aux visages courts [brachyprosope mesokephalen). Naturellement chacune de ces sections se trouve divisée en sous-sections. On pourrait, du reste, multiplier à l'infini le nombre des catégories. L'essentiel est que celles-ci réunies nous donnent une gradation douce et imperceptible qui se résout dans un type craniologique général. F. Kollmann nous dira avec raison que tous les crânes des habitants de l'Europe se trouvent tellement rapprochés, qu'il y a lieu de parler d'un crâne européen. Si nous disons européen^ ce n'est qu'une façon de parler. Il s'agit

du crâne civilisé, qui se distingue du crâne des peuples non civilisés, peuples primitifs, vivant en dehors de la civilisation et privés de Texercice cérébral que celle-ci impose. N'oublions pas pourtant que cette distinction n'a rien d'irréductible, car les sauvages d'hier peuvent facilement devenir des civilisés de demain. Ils profiteront, en cette qualité, de l'évolution cranîologique, qui accompagne la vie intellectuelle systématique et suivie.

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