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CHAPÎTRE VIII

SUITE DES CARACTÈRES PISTlNGTfFS

On la considère comme signe de race, lorsqu'il s'agit des animaux, mais peut-on appliquer la même mesure à l'égard de l'homme ?

On sait que ces derniers varient de stature, non seulement dans les différents pays, mais même au sein de la même famille.

D'autre part, sauf quelques rares exceptions {peuples de pygmées) les variétés humaines accusent une sorte de taille moyenne qu'on pourrait évaluera 1 m. 630. Au-dessus et au-dessous se placent différentes agglomérations, dont la taille devient plus basse ou plus haute d'après les conditions du milieu. Comme nous le verrons plus loin en étudiant son influence sur l'organisme en général, la taille se modifie sensiblement sous l'action du bien-être et de la nutrition. L'anthropologie n'est point arrivée à diviser l'humanité sous le rapport de la stature et elle ne peut nous offrir que des données ayant une valeur purement descriptive. Ses indications se confondent

en outre avec celles de l'hygiène et de la thérapeutique médicale qui nous donnent certaines recettes pour gagner de la vigueur physique et de la santé.

Elle nous enseignera que la stature varie d'après la santé et l'alimentation des peuples et des individus, qu'elle sera plus élevée dans les contrées riches et dans celles où l'exercice et lés sports physiques se trouvent cultivés avec plus d'ardeur ; qu'elle diminue souvent avec l'altitude ou que le sexe féminin accuse d'ordinaire une taille moins élevée que le sexe masculin. Pourtant le genre de vie et les exercices physiques arrivent souvent à neutraliser l'influence du sexe. C'est ainsi qu'on a constaté que dans les familles des multi-millionnaires américains, les femmes commencent à accuser une stature tantôt égale et tantôt même supérieure à celle des hommes. On attribue ce phénomène au genre de vie spécial que mènent aux États-Unis les jeunes filles : débarrassées des occupations auxquelles sont fortement astreints les jeunes gens, elles vivent à l'air libre et passent leur jeunesse à jouer au lawn-tennis ou au foot-ball.

La taille varie suivant l'âge et n'atteint son maximum que vers la trentième année. D'après Quetelet, l'homme accuse, au moment de sa naissance, 50 centimètres; à cinq ans, environ 1 mètre, à quinze ans, l'^,50; à dix-neuf ans, il lui manque environ 15 centimètres de sa taille, qu'il regagne pendant les onze années suivantes.

Conséquemment, tout ce qui produit un effet

néfaste sur noire santé pendant le temps de notre croissance peut avoir une répercussion sur la stature. C'est ainsi que les enfants occupés dès leur âge tendre dans les usines et les mines baissent de taille et n'atteignent point leur développement normal.

On a constaté, par contre, que les nations, prises en bloc, arrivent, sous l'influence des conditions favorables, à augmenter leur moyenne. Disons même que l'humanité civilisée, loin d'être plus petite, a au contraire gagné quelques centimètres au cours des siècles. D'après les données paléontologiques, l'homme de nos jours a une taille plus élevée que l'homme de l'époque de la pierre polie.

L'homme a-t-il dégénéré au cours des âges, et, de géant qu'il aurait été dans les temps préhistoriques, serait-il descendu jusqu'à sa taille médiocre de nos jours? Les mythologies et les livres religieux l'enseignent, les poètes l'ont chanté et les peuples le croient.

La Bible parle dans plusieurs endroits des peuples de géants. Les envoyés de Moïse les retrouvent dans la Terre promise et le prophète Amos les compare à des chênes pour la force et à des cèdres pour la taille. D'après le Deutéronome^ le roi de Basan, Og, aurait été encore plus grand que Goliath, à qui le Livre des Rois attribue neuf pieds et quatre pouces.

Homère et Hésiode se lamentent devant le spectacle des tailles abaissées, comparées à celles des

ancêtres illustres. Pour Plutarque, ses contemporains ne pouvaient être comparés qu'aux enfants nouveau-nés chez les anciens. Et le savant Pline, afin de corroborer toutes ces croyances, parle même de squelettes humains, découverts en Crête, dont la longueur atteindrait 20 mètres.

Les épopées des peuples modernes se trouvent également sous l'influence de cette croyance enracinée dans la conscience populaire. La science de nos aïeux a tenu même souvent à prêter son appui à cet article de foi, sucé avec le lait de nos mères. Rappelons la curieuse théorie de Henrion qui, au commencement du xviii^ siècle, avait offert à la crédulité publique un tableau rigoureux de l'abaissement de la taille depuis le père Adam. La taille de ce dernier, qui était de 18 mètres, en s'abaissant graduellement, est tombée à 9 mètres avec Abraham, à 3 avec Hercule et à 2 mètres avec Alexandre le Grand.

La science moderne, plus exacte et mieux renseignée, a démontré le mal fondé de toutes ces superstitions. En soumettant à des mensurations précises les ossements humains de l'époque quaternaire, elle a réussi à prouver que notre taille n'avait point subi de variations, et cela depuis des millions d'années que l'homme habite notre planète. D'après les mensurations de MM. Manouvrier et Rahon^,

1. Relevons à cette occasion que, grâce à la méthode ingénieuse découverte et appliquée par M. Manouvrier, nous arriverons facilement à reconstituer la taille d'après certaines parties du corps.

rhomme de Neanderthal (époque quaternaire) n'aurait eu que 1°^,613; l'homme de Spy, 1^,610; riiomme écrasé deLangeria, 1"\669 ; le troglodyte de Chancelade, i«^,612. Leur évaluation portant sur 429 ossements masculins et 189 féminins, datant de l'époque de la pierre polie, nous donne la moyenne de l'^,475 pour les hommes et de 1^,525 pour les femmes !

Lorsqu'on compare à ces tailles préhistoriques, celles des hommes de nos jours, on s'aperçoit que celles-ci, loin de baisser, ont plutôt grandi pendant le cours des siècles. Les Français, que l'anthropologie classe parmi les petites tailles, se montrent sous ce rapport stipérieurs à leurs ancêtres gigantesques.

Il serait inutile d'insister sur les différences constatées entre les siècles plus rapprochés de nous et l'époque moderne. Ce que des milliers de siècles ont été impuissants à faire, quelques centaines d'années auraient pu le réaliser encore moins. Les documents fournis à ce sujet par M. Rahon démontrent, du reste, d'une façon précise que la taille des Parisiens n'a point varié depuis une douzaine de siècles. En mesurant et en comparant les ossements humains, retrouvés dans le cimetière Saint-Marcel (v^ siècle) avec ceux du cimetière de Saint-Germaindes-Prés (xi^ siècle), il y a constaté la même moyenne de 1^^,677 pour les hommes et de 1"^,575 pour lesj femmes. Il y a, il est vrai, une petite différenc( d'environ un centimètre avec les tailles parisienne^

de nos jours, mais elle n'est peut-être due qu'à la qualité des ossements conservés. On sait que leur durée ne dépend souvent que de leur solidité et il est probable que parmi tant d'hommes ensevelis dans lesdîts cimetières, il n'y ait que les restes des hommes les plus vigoureux qui aient résisté aux atteintes du temps.

Il se peut, d'ailleurs, que les anciens aient connu, des cas individuels de gigantisme, de même que nous les rencontrons de nos jours. Seulement, mieux informés, loin d'y voir un privilège spécial du ciel, nous n'y trouvons qu'un état morbide et une preuve de nutrition perverse. La science ne voit en eux que des dystrophiques, des monstres infantiles, des individus dégénérés dépendant de la pathologie médicale.

Il n'y a donc plus de peuples de géants ! Les Germains, sous le rapport delà taille, se trouvent ainsi sensiblement pareils. Les petites différences que relève l'anthropologie se réduisent à quelques centimètres que rinfluence du milieu arrive facilement à expliquer et à combler.

Ce qui a surtout fait croire aux géants, c'est, comme nous l'avons dit, la confusion qu'on avait faite de tout temps entre les ossements des animaux fossiles et ceux de l'homme préhistorique.

Rappelons, à titre d'exemple, le cas cité par von Zittel : on vénère à Valence, comme une relique de saint Christophe, la dent molaire d'un mammouth. Une autre dent, également d'un fossile, y fut portée longtemps en tête des processions implo-

rant la pluie, comme une relique de saint Vincent.

Buffon, d'ailleurs, a déjà relevé la supercherie dont les savants et le public étaient victimes à son époque en identifiant les ossements des animaux avec ceux des hommes. « Il y a eu des temps, dit-il, où l'on enterrait les guerriers avec leur cheval, peut-être avec leur éléphant de guerre, et ce sont les restes de ceux-ci qu'on a le tort d'identifier avec les squelettes de nos ancêtres. »

N'importe. Malgré les protestations des spécialistes, on a continué et on continue encore à vénérer les débris fossiles des animaux, faussement attribués aux hommes. D'après MM. Launois et Roy, on pouvait voir, en 1872, sous le porche de la chapelle du château de Cracovie, une curieuse collection d'ossements saints qui n'étaient en réalité que le crâne d'un rhinocéros, un simple os de mastodonte et une demi-mâchoire de cétacé.

La France a offert, pendant un temps assez long, le spectacle d'une discussion des plus plaisantes, soulevée autour des ossements d'un géant qui avait une longueur phénoménale d'environ vingt-cinq pieds. On les attribuait à un roi des Teutons, le nommé Teutobochus, vaincu par Marins aux environs d'Aix, en l'an 102 avant Jésus -Christ. Ces ossements furent découverts, en 1613, dans les environs de Romans, en Dauphiné. Presque tous les savants de l'époque se rangèrent à cet avis. Cette croyance avait la vie dure, car ce n'est que deux-cent vingt ans plus tard, que Blainville a réussi à dissiper le malentendu créé

LA TAILLE lo7

autour du prétendu squelette de Teutobochus. Il ne s'agissait que des restes d'un mastodonte, semblable à ceux retrouvés dans l'Ohio !

Sous rinfluence du milieu, qui pour nous embrasse l'ensemble de toutes les circonstances agissant sur l'homme, les tailles des différents peuples peuvent naturellement varier; mais ce qui est plus essentiel, c'est que les périodes relatives de l'augmentation de la taille subissent partout les mêmes lois. Les études faites à ce sujet, entre autres par Bowditch, Gould, Roberts, Beneke, etc., démontrent que la taille grandit partout d'après les âges et les sexes, relativement de la même façon. Quetelet, dans ses études sur \ Homme et son Anthropométrie^ a, du reste, cru pouvoir ériger en une loi spéciale l'influence du bien-être, de l'âge et du sexe sur la taille.

Il va de soi qu'il faudrait y ajouter le genre de vie, dont la répercussion n'est point à négliger. L'exemple cité plus haut, en ce qui concerne les jeunes filles riches des Etats-Unis, se reproduit sur une bien plus grande échelle au Japon. E. Bœlz, dans ses études approfondies sur le Japon au point de vue anthropologique, y signale l'existence en quelque sorte de deux peuples qui se distinguenl profondément par la taille et la vigueur physique. D'un côté, les descendants des classes riches qui, ayant abandonné leurs armes favorites de l'ancien temps, se sont voués passionnément aux é-tudes, et deviennent de plus en plus faibles et décrépits ; de l'autre, les enfants du peuple, des gaillards forts et

solidement bâtis, qui semblent être issus d'une autre race. C'est ainsi que les rejetons de vieilles familles nobles, Kwazoku. atteints de toutes sortes (ie maladies où les scrofules dominent, baissent comme taille et force. L'éducation et le genre de vie détestable des femmes japonaises a contribué pour beaucoup à l'aggravation du mal.

Notons qu'avec cette énergie qui caractérise le Japon, on y a entrepris une série de mesures pour enrayer le mal. La gymnastique, si méprisée autrefois, y vient conquérir une place prépondérante dans le système d'éducation moderne.

Lorsqu'on envisage les causes si nombreuses qui exercent leur influence sur la taille, il devient impossible d'adopter l'opinion de Broca, Boudin et tant d'autres anthropologistes, qui ne voudraient voir dans la taille qu'une expression spécifique de la race. Nous citerons plus loin de nombreuses preuves qui constituent presque une expérimentation directe sur l'influence de l'habitation et de la nourriture sur la taille. Bornons-nous seulement ici à signaler la conclusion du savant allemand Otto BoUinger, auteur de nombreux travaux sur la croissance humaine : que l'influence de la race sur la taille, en comparaison de tant d'autres facteurs, comme la nourriture, l'abus du travail physique ou psychique, les maladies acquises ou héréditaires, etc., devient une quantité négligeable.

Voici un exemple significatif de l'influence illu soire de la race sur la taille. Nous l'emprunterons

la vie américaine, d'après les mensurations qui y ont été faites sur la taille des habitants. On remarquera avant tout que les trois variétés spéciales de ses habitants : les Blancs, les Indiens et les Noirs y ont presque la même stature. D'après les mensurations de Baxter, les Blancs y atteignent r",73 contre 1°», 73; les Indiens (Gould) et les Noirs 1°^,70.

Détail plus curieux que nous devons à Gould : les Irlandais, débarqués jeunes aux Etats-Unis, y accusent ensuite une taille proportionnellement plus élevée que celle. des immigrés arrivés après l'âge de trente ans, époque de la vie où s'arrête la croissance.

Les nombreuses observations recueillies en France corroborent de tous points celles qu'on a faites aux Etats-Unis. Insistons surtout sur les données précisées par le D' Cartier ^ Avec une patience digne de tout éloge, ce dernier s'est livré pendant dix-neuf ans (de 1872 à 1890), à des recherches sur les rapports entre la taille, la race et les différentes professions, dans l'arrondissement d'Evreux. Pour opérer avec plus de certitude, il a pris comme élément de comparaison les listes des tirages au sort avec les indications de toutes les tailles de recrues de chacun des onze cantons. Et voici ses conclusions :

Les individus que l'on peut regarder à cause de leur profession comme ayant été élevés dans de bonnes conditions d'hygiène et jouissant d'une cer-

1. Voiries Annales d' hygiène publique (1892) où le D"" Garlier a résumé ses travaux.

laine aisance (étudiants, instituteurs, cultivateurs, jardiniers, vignerons, menuisiers, employés, commerçants, bouchers, charpentiers, bûcherons), ont généralement une taille supérieure à la moyenne, tandis que les sujets mal nourris, mal vêtus, qui ont grandi dans un milieu peu favorable (ouvriers des usines métallurgiques ou des filatures, cloutiers, ferroniers, fondeurs, mouleurs, tourneurs, pâtissiers, cuisiniers), sont inférieurs aux autres.

En procédant avec la même méthode, divers autres observateurs arrivèrent à des conclusions analogues. Signalons dans cet ordre d'idées les travaux faits par M. Chopinet relatifs aux Pyrénées, ceux de M. Collignon pour les Côtes-du-Nord, de M. Chervin, pour la Seine-Inférieure.

On veut nous faire croire généralement que la haute taille est synonyme de la distinction et de la noblesse d'extraction. En partant de ce point de vue, les anthropopsychologues placent à la tête de l'humanité les dolichocéphales blonds de haute taille. Or, en adoptant la division de Topinard en quatre groupes : a) hautes tailles^ de 1°^,70 et au-dessus ; b) tailles uu-dessus de la moyenne de 1"^,65 à 1°^70 ; c) ailées sous de la moyenne de 1"^,60 à 1°^,65 ; d) petites tailles au-dessous de 1^\60, nous constaterons avant tout que les tailles hautes se rencontrent surtout parmi les Patagons (1,781), Polynésiens (1,76:2), Indiens Iroquois (1,735) les Nègres, les Cafres suivis des Scandinaves, les Anglais, les Ecossais, les Esquimaux, les Irlandais, les Vadagas de l'Inde, etc. etc^

Les Français (1,650) prennent une place intermédiaire entre les tribus de la côte orientale de l'Inde (l,6o2j, les indigènes du Caucase (1,650) et les Nègres algériens (1,645).

Ajoutons, du reste, que les chiffres donnés parles anthropologistes sont ordinairement sujets à caution. Il suffît de rappeler le cas de Humboldtavec ses mensurations des Caraïbes de l'Orénoque, qu'il a réussi à faire passer pour des géants (1,84), chose qui a été démontrée ensuite comme complètement erronée. Un exemple non moins caractéristique est celui des Patagons. Pour Magellan, qui les avait découverts pour la première fois, en 1519, ils avaient 7 pieds et demi ; pour le Hollandais Sebald de Noort, 10 à 11 pieds ; pour Commerson, 5 pieds, 6 pouces ; pour le commodore Byron, 7 pieds, etc. Xous savons aujourd'hui que ces prétendus géants ont une taille égale à celle des Scandinaves ou des Ecossais. 11 faut en général faire beaucoup de réserves à l'égard de ces mensurations faites surtout par des voyageurs d'occasion ou des explorateurs manquant d'autorité.

Le poids du corps se trouve lié à la stature. Pourtant le poids n'est pas toujours proportionnel à la hauteur de la taille. D'après les chiffres relevés par Gould, 1 centimètre de hauteur correspond chez un Espagnol à un poids de 364 grammes, chez un Anglais à 366 ; chez les Français, Belges et Suisses à 372 ; chez un Américain du Nord à 374 ; chez un Allemand à 376 ; un Scandinave 382 ; un Nègre et un

FINOT. \l

162 L'INÉGALÎTL' des HUMAINS

mulâtre à 387 et chez un ïroquois à 422... En admettant même que ces chiffres soient absolument vrais, il serait également impossible d'en tirer une conclusion quelconque. Il paraît, du reste, probable que le genre d'occupation doit y jouer le rôle principal, à côté d'autres conditions du milieu, comme la nourriture, la durée du sommeil et les exercices physiques en plein air.

La couleur de notre peau frappe au premier abord chaque observateur. D'après ses nuances, on est arrivé depuis longtemps à diviser l'humanité en blanche, jaune ou noire. On y ajoute encore; les Peaux-Rouges. La j^lus ^vieille .parmi îles classifications des humains est en même' temps une des plus défectueuses. Ses erreurs se manifestent dès qu'on touche aux caractères spécifiques de chaque catégorie. Car, tandis que parmi les blancs^ il y a des hommes accusant une peau d'un noir d'ébène {les Bicharis ou les Maures noirs du Sénégal), il y a parmi les noirs des blonds ou des jaunes, comme les BostBhimans . D'où vient cette variété de coloration ? La peau du nègre, du jaune ou du blanc est identique en ce qui concerne sa composition. Elle présente partout trois parties essentielles : le derme, le corps muqueux et l'épiderme. Ge qui varie, c'est la couleur d«s cellules du corps muqueux. Elles «ont d'un brun noirâtre chez le nègre, d'un jaune pâle

chez le blanc blond, d'un jaune plus ou moins brunâtre chez le blanc brun. Mais lorsqu'on examine de plus près Forigine de cette différence de coloration, il faut se rendre à l'évidence que le milieu, représenté dans ce cas, surtout par l'intensité des rayons solaires, y exerce une influence prépondérante.

Le mélanisme chez les poules, qui correspond au phénomène nègre chez les hommes, nous fournit à ce sujet un indice curieux. On sait que les poules a nègres », qu'on rencontre si fréquemment aux îles du Cap Vert, aux Philippines ou à Bogota, descendent de la volaille européenne. Or ces poules, offrant dans le monde des volatiles un équivalent des peuples nègres ^ chez les hommes, ne diffèrent point, sous d'autres aspects, des autres races gallines. La coloration noire se montre donc ici d'une façon accidentelle et se perpétue, sous l'influence du milieu, par hérédité. Et, chose curieuse : chez les poules noires, toutes les muqueuses, tous lés plans fibreux et aponévrotiques, jusqu'aux gaines musculaires, deviennent noirs. Ce changement de couleur est, de la sorte, beaucoup plus accentué et plus intrinsèque que chez les hommes noirs. Et pourtant on ne s'est point avisé de voir dans les poules noires une race vouée d'une façon implacable à une sorte d'infériorité dans le monde des gallinacés.

La coloration dépend, en somme, delà production

1. Les poules, comme les hommes, accusent les trois couleurs extrêmes, relerées chez l'homme : !<> poule gauloise, poule blanche; 2** co(:îiinr!iin,,ise firmi sur lo jaiino ; 3° poule noire.

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et de la distribution de la matière colorante dans" l'organisme. La peau du Scandinave est blanche, presque incolore ou même rose et fleurie à cause de la transparence de l'épiderme qui laisse voir la matière colorante rouge du sang. Lorsqu'à la suite d'une anémie, le chiffre des globules descend considérablement, les téguments pâlissent et prennent une teinte de cire vierge.

Les Antisiens du Pérou, qui se signalent par leur coloration blanche (d'Orbigny), habitent au pied des rochers à pic, sous des arbres immenses, dont les ramiucations forment une sorte de toit impénétrable pour les rayons solaires. Ils y vivent dans une atmosphère humide et plongés dans une forte obscurité. Leur teint s'en ressent et les Antisiens sont de beaucoup plus clairs que les tribus des Aymaras ou desMoxos, occupant, dans leur voisinage, des plaines découvertes ou des plateaux élevés.

En étudiant l'influence du milieu nous verrons combien celui-ci influe sur la coloration. Ajoutons-y, en ce qui concerne les Nègres, que, transportés dans les Etats-Unis du Nord et même dans ceux du Sud, leur teint a singulièrement pâli, de même que leurs traits se sont considérablement modifiés. Lorsqu'on compare un Nègre né dans l'Amérique du Nord à son congénère d'Afrique, on demeure étonné en présence des variations physiologiques qu'un siècle^ a pu opérer dans sa constitution et dans son aspe( extérieur.

a Dans Tespace de cent cinquante ans, nous dira E. Reclus, le Nègre a franchi un bon quart de la distance qui le sépare des Blancs. » Chose plus caractéristique, le Nègre et le Yankee se rapprochent tous deux, sous Tinfluence climatérique, du type lutochtone des Peaux-Rouges. Ils ne seront sans doute jamais semblables de tous points aux tribus rouges vouées pour le moment à une disparition irrémédiable. L'évolution des Nègres et des Blancs aux Etats-Unis s'opérant en des conditions qui ne sont point les mêmes, il est naturel que la résultante doive varier. Mais tous deux y évoluent vers le type (les Peaux-Rouges. Il est difficile d'en douter, lorsqu'on observe les modifications physiologiques réalisées aux Etats-Unis par ses habitants actuels.

Rappelons, du reste, que, d'après Giuseppe Sergi, le professeur Brinton, etc., la race blanche, cet orgueil ethnographique de l'Europe, ne serait que le fruit direct d'une race nègre, les Euro-Africains, établie en Europe depuis des siècles immémoriaux et qui y serait venue de l'Afrique du Nord 1 Ce qui donnerait une certaine consistance à cette théorie, c'est la découverte de nombreux ossements dans les différentes parties de TEurope, considérés comme négroïdes.

En étudiant les squelettes trouvés dans la Grotte des Enfants près de Menton, M. Verneau est arrivé à la conclusion que ceux-ci ne pouvaient être que négroïdes. Leurs dents (Albert Gaudry) accusaient une différence sensible comparée à celles des Blancs

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actuels. M. Hervé a signalé, en 1903, deux crânes également négroïdes. Ceux-ci furent trouvés dans la presqu'île deQuiberon. Ils se rattacheraient, l'un à Tépoque néolithique, l'autre à la période gauloise.

Une constatation analogue a été faite, tout récemment, par M. Pittard, dans la vallée du Rhône \

Quel que soit le degré de véracité qui se rattache au séjour des peuples négroïdes dans l'Europe néolithique, il est incontestable pourtant que, sous Finfluence du climat, presque tous les traits qui distinguent le type nègre se modifient. Là où nous n'arrivons pas à saisir l'influence directe des facteurs extérieurs, leur disparition, apparition ou modification s^opère à la suite de la loi de coordination des traits qui préside aux nombreux changements organiques dont la cause nous échappe.

Du reste, comme Tavait déjà affirmé Linné, il ne

1. Voir à ce sujet le compte rendu de FAcadémie des sciences du 13 juin 1904, de même que les études de R. Verneau dans l Anthropologie 1902; G. llervéy Crânes néolithiques armoricains de t'jpe négroïde (Bul et Mém. Soc. d'Anthrop. 1903). En ce qui concerne les ossements de M. Pittard, voici un passage curieux du mémoire lu à l'Académie des sciences.

« Le prognathisme est facial et maxillaire, non dentaire. Une perpendiculaire abaissée du point nasal sur le plan alvéo-condylien touche en avant de la première molaire vraie. L'indice du prognathisme obtenu selon le procédé de Flower, fournit respectivement 106,86 et 102,78. Le premier de ces chiffres est tout à fait remarquable. Beaucoup de crânes de nègres ne Tatteignent pas. Ces deux indices dépassent de beaucoup les indices moyens ou individuels de la série d'où ils ont été sortis. Les crânes de Quiberon de M. Hervé avaient, comme indices, 102 et 100. L'indice nasal des deux crânes négroïdes valaisans indique la platyrhinie chez l'un et chez lautre, comme celui des deux crânes bretons de M. Hervé.

faut point se fier à la couleur, lorsqu'il s'agit de la classification des humains. Les différences de cou- Itur se réduisent, en somme, à la coloration variée du pigment du corps muqueux. Or celui-ci, se modifiant sous Finfluence des conditions extérieures, donne à la peau une gamme de nuances, variant entre le noir d'ébène, le rouge, le jaune, le blane le plus prononcé et des demi-teintes, en voie de tran- :-ltion d'une couleur à l'autre.

Toutes les colorations prononcées sont reliées entre elles par une variété infinie de phases passai ;:ère6i il y a des Makalolos teint oafé au. lait, des Boscbimans d'un jaune gris, des: Asiatiques vert olive ou d'un jaune pain d'épice; des Obongos d'un jaune sale ; des Bisharis d'un rO'Uge acajou ; des [N^Iynésiens d'un rouge cuivré: de cannelle: ou des F.julbes d'un jaune rhubarbe.

Dans ce domaine rien d'immobile, et.de stable, dès le moment oùles conditions du milieu changent. Sous ce rapport, de même que lorsqu'il. s'agit d'klutrcsmodifications physiologiques:, il faut; compter non par années, mais par générations humaines. Certains traits se modifient avec la première génération. C'est ainsi que chez, les Japonais, au bout d'une vingtaine d'années de séjour en Europe, la pieau a changé de teint. Dès la deuxième génération, le cachet caractéristique de leurs yeux disparaît; 11 en est demême des Nègres, dont le teint s'éclaircit, en France.

Que le milieu, arrive à modifier; la coul€«ui*> nous nous en apercevons aux changements subits que

celui-ci provoque dans le plumage des races gallines. Ainsi, dans le Midi, les volailles blanches importées des contrées plus septentrionales jaunissent très vite. Outre la modification des plumages, on constate un changement du pigment dans la chair même. M. H.L. A. Blanchon l'attribue aux influences exercées par l'alimentation. Qui sait même, nous dira cet observateur, si les plumes aux éclairs éclatants des oiseaux des tropiques ne sont point dues en partie à la nourriture ? On n'ignore point que, sous l'influence du maïs, les pattes jaunes de la volaille prennent une coloration plus intense, tandis que le plumage jaunit et prend une teinte safran si le sujet est blanc ou de nuance claire. Aussi évite-t-on de donner ce grain aux volailles à plumage blanc, tandis qu'on le donne àla volaille n'ayant point de blanc dans le plumage (les Hambourg, les Padoue dorée, etc.). Le fer joue également un rôle important dans la coloration . En faisant prendre journellement/;e/?(/a/2^/(2W2i^e une pincée de carbonate de fer, affirme le même expérimentateur, les couleurs du plumage, une fois la mue passée, seront plus vives et les reflets métalliques qu'ofi*rent certains gallinacés s'accentueront d'une manière remarquable. Si on mêlait le carbonate de fer à la pâtée servie à la volaille blanche, on s'apercevrait de l'apparition d'un pigment spécial donnant aux plumes blanches une coloration jaunâtre. En nourrissant les poules blanches avec du poivre de Cayenne, mélangé avec du pain trempé et des pommes de

terre. M. Saermann a obtenu des résultats frappants. Dès le dixième jour, un jeune coq blanc a eu des plumes orange. Un autre avait des raies orange sur la poitrine. Avec le temps le premier a eu la poitrine et la crête toutes rouges et le restant du corps orange, tandis que l'autre demeura blanc à poitrine rouge. Il y avait cependant des poules sur qui cette nourriture paraissait ne point exercer d'influence. Notons, du reste, que l'expérience n'avait porté que sur douze exemplaires, pendant une année. Il est aussi probable que cette nourriture a influencé les plasmas, mais, à notre grand regret, cet éleveur n'a point contrôlé la descendance des poules ayant subi ce traitement spécial. Depuis longtemps les éleveurs d'oiseaux ont recours à l'alimentation, considérée comme facteur dominant de la coloration. On se sert dans ce but des clous de girofle, de l'écorce de quinquina, de la gomme de Kino, des racines d'orcanète, de la garance, du poivre de Cayenne, du cachou, du safran, etc., qui tous ont la propriété de faire modifier la coloration jaune clair en rouge ou jaune foncé. Le professeur Wyman, étonné de voir que tous les porcs d'une partie de la Virginie sont noirs, en a cherché et trouvé la raison. Il a appris notamment que tous ces animaux se nourrissent de racines de Lachnanthes tinctoria^ qui colore leurs os en rose et occasionne la chute des sabots chez tous les porcs autrement colorés.

Qui sait si la coloration des humains n'est pas souvent, comme celle des animaux et des plantes,

en corrélation directe avec leurs chances de survie, dans certains milieux? Dans le Tarentin, nous dira Darwin, les habitants n'élèvent que des moutons noirs, parce que VHyi)ericum crispum y est abondant; cette plante, qui tue les moutons blancs au bout d'une quinzaine de jours, n'exerce aucune action sur les moutons noirs. Le soleil lui-même paraît agir différemment d'après la couleur des êtres où ses rayons se reflètent. Il tue certaines plantes ou animaux et agit d'une façon vivifiante sur les autres. Les horticulteurs nous apprennent, par exemple, que tandis que certaines pensées ou des pélargoniums profitent du soleil, les autres perdent beaucoup sous son action. Le froment rouge, nous dit-on, est beaucoup plus vigoureux sous les climats du Nord que le froment blauc.

On a constaté maintes fois que la couleur se trouve en corrélation directe avec l'action des parasites. Quatrefages enseigne que les papillons du ver à soie qui produisent des cocons bilancs résistent mieux à la maladie que ceux qui produisent des cocons jaunes. Darwin cite, d'aporès Gardeners Chronicle (1852 p. 435), ce fait que pendant la première période de la maladie de la vigne, près de Malaga, les variétés blanches furent les plus attaquées, mais les vignes rouges et noires, bien que croissant au milieu des plantes malades, ne souffrirent point de la maladie^ 'Parmi les- différents genres- de verveine^ les blanches sont surtout sujettes à la rouille.

Les animaux aux? couleurs claires souffrent ordir

LA COULEUR ITl

nairemontplus que ceux aux couleurs foncées. Ces! ainsi qu'on n'arrive pas, dans les Indes occivlenlales, à utiliser pour le travail le bétail blanc, qui y est rongé et tourmenté par des insectes.

Il en est de même pour les hommes. Certains hommes blancs ne peuvent i*ésister à certains cli- ! lals, tandis que les hommes de couleur s'y accomiiodent aisément. Avec le progrès de la science bacl 'riologique, on finira peut-être par trouver les causes qui favorisent Tacclimatation de certaines variétés humaines et la rendent difficile aux autrjes. Pour le moment, il nous suffit de constater, à titre d'exemple, qu'à latitudes égales, les régions chaudes de l'hémisphère austral sont généralement bien plus accessibles aux races blanches que celles de l'hémisphèrboréal. Boudin a démontré que la mortalité moyenne des armées de France et d'Angleterre était d'envie ron onze fois plus forte dans notre hémisphère que dans Ihémisphère opposé. Le Nègi-e souffre partout moins des fièvres paludéennes que le Blanc.

11 paraît donc probable- que la couleur n'est souvent qu'une adaptation inconsciente aux conditions du milieu. C'est sous son influence et sans doute à la suite des sélections se chiffrant par des centaines de générations que les hommes ont acquis certaines couleurs propices à leur évolution. Si cette explication était vraie, rien de plus naturel que l'affaiblissement et même la disparition de ce trait caractérihlique, avec le changement du milieu. Or, lorsque nous examinerons de plus près les modifications

172 LWÉGALITÉ DES HUMAINS

subies parla race noire, transplantée aux États-Unis, nous y trouverons maintes preuves la confirmant.

L'acclimatation, c'est-à-dire l'adaptation physiologique au milieu, est un fait général, dont l'action est incontestable sur les êtres vivants. Et de même que nos animaux domestiques sont devenus, sous l'influence d'autres conditions du milieu, sans aucune intervention de l'éleveur, des moutons à poils ou à paillasson, des bœufs nus ou des porcs à laine, des chiens acquérant les oreilles et la peau du renard, de même les Peaux-Rouges changeraient de couleur s'ils étaient transportés d'Amérique en Australie, comme les Nègres d'Afrique se modifient lorsqu'ils sont fixés pendant longtemps en Europe. Rappelons, d'ailleurs, que les Blancs habitant les États-Unis commencent, au bout de quelques générations, à accuser les traits dominants des Peaux- Rouges, y compris la teinte de leur peau.

Ce qui facilite les variations de la tonalité de notre peau, c'est que celles-ci n'ont qu'une importance de surface. Comme l'a constaté Virchow, qui a fail des études remarquables sur la couleur des humains, les diverses colorations, tellement troublantes pour les profanes, se résolvent devant le microscope à leur expression la plus simple. « Là, il n'y a ni blond, ni noir, ni bleu, tout y est brun. La peau du nègre trahit sous le microscope des pigments foncés, de même que celle de l'Européen le plu^ blond. Le bleu de l'iri^j de l'œil montre égalemenj sous le microscope des pigments foncés. La colora-

lion européenne n'est point faite de lait et de sang ou d'une autre substance incolore, non de Ichor comme le sang des dieux de Tantiquité, mais de pigments foncés. Les différences de coloration se réduisent à des différences de quantité, non Je qualité. Tantôt apparaissant sur la surface, tantôt gisant plus au fond, ces pigments forment en tout cas l'élément essentiel de la différenciation. »

Dans ces conditions il n'y a pas à douter que la coloration ne soit l'effet direct du milieu. « Un blond, soutient Virchow, placé dans un certain milieu, deviendra brun et réciproquement. » Ce fait a été connu bien avant Darwin, mais ce qui reste pour nous inexplicable, c'est le mode de l'action.

m. — Les Cheveux,

Avec la couleur de la peau se trouve en corrélation directe la chevelure. C'est ainsi qu'à côté de la peau noire des Nègres, on remarque leur chevelure laineuse, composée de cheveux très courts et crépus. Bory de Saint-Vincent croit qu'il y a deux qualités principales qui séparent les cheveux des hommes. Chez les uns, ils seraient lisses (/e'io^n^we.^), chez les autres crépus [ulé triques) . Lorsque les cheveux paraissent rectilignes dans toute leur longueur, nous les considérons comme lisses. Mais lorsqu'ils sont courbés et se présentent sous forme

d'anneaux s'enlaçant mutuellement, à l'instar de petites touffes de laine, nous les disons crépus.

Pourtant, il en est des cheveux comme de la couleur : ils varient et passent par toutes sortes de nuances. Un observateur attentif pourrait même établir une sorte de gradation harmonieuse qui embrasserait toutes les variations et rendrait évidente leur transformation successive. Pour Brown, la tige d'un cheveu coupé transversalement nous permet de reconnaître les races humaines. Chez le Nègre, elle se rapproche d'une ellipse allongée, chez un Peau-Rouge d'un cercle, tandis qu'une tige de cheveu, observée dans les mêmes conditions, donnerait chez un Anglo-Saxon une forme tenant le milieu entre les deux.

Pruner Bey, en se basant sur la grosseur de la tige des cheveux, relève trois catégories principales : chevelure avec une tige très étroite, comme les cheveux aplatis des Boschimans ou des Nègres ordinaires ; les cheveux intermédiaires des races blanches et finalement les cheveux durs, gros et arrondis, appartenant aux Mongols, Chinois, Américains et Malais*.

Mais il suffit d'étudier la chevelure nègre chez les différents représentants de cette race, pour constater combien celle-ci change avec l'influence du milieu. C'est ainsi que celle des Noirs habitant depuis quelques générations les Etats-Unis tend

1. Sur la chevelure comme caractéristique des races humaines, etc. Mém. Soc. d'Anthrop., t. II et III.

se rapprocher de celle des autres Américains: Germains, Slaves ou Anglo-Saxons. Le métissage, même au premier degré, change souvent radicalement la couleur et les qualités caractéristiques de la chevelure.

Sorby (cité par Virchow), en se servant de l'acide sulfurique, est arrivé à extraire des cheveux différentes substances colorées. Toutes se réduisent à quatre catégories principales : rouge pâle, rouge foncé, jaune et noir. Mais Fexpériencea prouvé que toutes ces substances forment une gradation, car toutes sortent les unes des autres et proviennent d'une transformation progressive.

Le fait a une importance capitale. 11 confirme, avant tout, cette thèse qu'il ne s'agit là que des différences de quantité, mais non point d'éléments irréductibles. Constatons pourtant l'existence de matière colorante rouge dans toutes les chevelures rouges, qui varient entre le rouge violent et le rouge foncé. Cette matière remplace le pigment foncé des autres chevelures.

Les rouges formeraient, par conséquent, une catégorie à part, et il n'y aurait pas plus de différence, sous ce rapport, entre une chevelure blonde, brune et rouge qu'entre une noire et une blonde. Il ne faut pourtant point s'exagérer la portée de ce fait, car, comme nous l'avons vu plus haut, toutes les couleurs qu'on arrive à extraire de nos cheveux ne forment qu'une gradation successive démontrant leur source et composition communes.

i76 L'INÉGALITÉ DES HUMAINS

A défaut de différences fondamentales dans la coloration, on a essayé de se baser sur la quantité des cheveux comme signe distinctif des races. On sait qu'à côté des cheveux, poils longs ayant atteint tout leur développement à la tête, il y a des poils raides et courts qu'on observe aux. cils, aux sourcils, à l'entrée du nez, des oreilles, aux aisselles, aux coudes, à l'angle interne de l'œil. Leur ensemble constitue ce que nous appelons le système pileux. Or y a-t-il, sous le rapport de la croissance et de l'abondance des cheveux et du système pileux, des différences essentielles entre les hommes ? Sauf les Ainos, bien connus pour leur pilosité excessive sur tout le corps et les Todas qui emboîtent le pas derrière eux, on ne peut retrouver des peuples et. races se singularisant dans cette direction.

On s'est rejeté par contre sur la structure intérieure des cheveux, comme pouvant fournir une base solide pour la division des humains. C'est ainsi que Topinard' nous dira que l'enroulement en spirale du cheveu fournit les meilleurs caractères pour la distinction des types de races. Les quatre traits essentiels des cheveux, notamment les droits^ ondulés^ frïses ou crépus et laineux^ seraient répartis entre les humains de la façon suivante : les races jaunes et américaines se signaleraient par leurs cheveux recti^ lignes avec certaines traces d'ondulation ; les peuples

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