‹ Le préjugé des racesChapitre 49 sur 122 · I. — L'identité des fonctions physiologiques · texte numérisé non relu

I. — L'identité des fonctions physiologiques

La physiologie de l'homine est unique pour tous ses représentants. Celui qui voudrait parler d'une physiologie spéciale des^jaunes ou des noirs risquerait de soulever la risée générale. Loin donc de chercher dans ce domaine des distinctions de toutes sortes, constatons plutôt la complète harmonie de toutes les fonctions physiologiques chez tous les représentants de l'humanité, d'où qu'ils viennent et de quelque couleur qu'ils soient. Leur fonction de respiration, leur digestion, la période de gestation, de croissance, les nhases successives de Tâge, en un mot l'évolution de leur vie physiologique, limitée entre les deux moments les plus solennels de leur existence terrestre : la naissance et la mort, subissent des lois identiques. Les différences qu'on remarque au sujet de la gestation, même parmi les animaux de la même espèce, ne se rencontrent point parmi les humains. Le loup porte 100 et quelques jours; les grands chiens 63 et les petits de 59 à 63. La

gestation dure, chez les différentes races de porcs/ de 109 à 123 jours (selon Natluisius, cette période serait en général plus courte chez les races précoces). D'après les observations de Tessier, faites sur 1131 vaches, la durée des plus courtes et des plus longues gestations accuse chez elles une différence de 81 jours.

M. Lefour affirme, à son tour, que la période de la gestation est plus longue chez les grandes races allemandes que chez les petites. Lorsqu'on étudie, sous ce rapport, les autres races domestiques, on s'aperçoit également que la gestation y varie souvent d'après les races. Les observations de Nathusius nous apprennent que les moutons mérinos et les southdowns, vivant dans des conditions identiques, diffèrent pourtant au point de vue de la durée de leur gestation comme suit :

Mérinos 150,3 jours.

Southdowns 144,2 —

Les métis de ces deux races . . . 146,3 —

Trois quarts southdowns 145,5 — etc.

La fécondité varie d'après les races. Le nombre de portées dans l'année et le nombre de petits par portée se distingue d'après les races animales appartenant à la même espèce. Les animaux domestiques dépassent sous ce rapport les animaux sauvages. Tandis que la femelle du sanglier porte deux fois par an de 4 à 8 petits, la truie met bas deux à trois fois jusqu'à 10 par portée. Le lapin sauvage porte 4 fois Tan chaque fois de 4 à 8 ; domestiqué, il fait

de 6 à 7 portées annuelles, d'une moyenne de 8 à 10. On trouve chez Darwin^ et chez Herbert Spencer % de nombreuses énumérations d'oiseaux et d'autres animaux domestiqués dont la fécondité varie d'après la race. La cane sauvage pond, par exemple, de 5 à 10 œufs ; domestiquée, elle en pondra de 80 à 100 dans la même année.

En est-il de même chez les différentes variétés humaines ? Et qui oserait soutenir que les femmes blanches ou jaunes, civilisées ou sauvages se distinguent au point de vue de la durée de la gestation ou de leur faculté absolue de mettre au monde des enfants ? Le nombre de naissances diffère souvent de peuple à peuple, mais personne ne s'avisera d'attribuer cette différence au facteur race. Toutes les variétés humaines se montrent tantôt prolifiques, tantôt relativement stériles. Les raisons de la natalité, grande ou insignifiante, se retrouvent toujours dans le domaine passager des causes sociologiques qui se réduisent aux mœurs ou au genre de vie propre à la population donnée. La période d'allaitement est, il est vrai, variable. Mais, ici également, les différences que nous constatons ne sont que l'effet des mœurs et des habitudes prises. Elle change même considérablement dans les limites du même pays, de la même province ou de la même commune.

Toutes les phases de la vie sexuelle se rencon-|

i. De la variation des animaux, IL 2. Principes de biologie, II-

trent avec la même régularité chez tous les humains. L'époque de la puberté varie sans doute souvent, non à cause d'une structure physiologique différente, mais sous l'influence des éléments climatériques.

La circulation du sang est également la même et subit les mêmes lois. Si le pouls de l'artère radiale, cette expression précise des battements du cœur, accuse certaines variations, elles sont dues à l'état de santé, à l'âge, à la digestion, à la corpulence, à l'état d'émotivité des individus, mais non point à une structure physiologique diverse des races et des peuples.

La respiration et la digestion sont tantôt mauvaises, tantôt bonnes, d'après les individus et leur état général. Quant à la respiration, notons l'ignorance fâcheuse qu'on rencontre à ce sujet au même degré chez les sauvages et chez les civilisés. Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on s'est aperçu que la respiration demande à être apprise et que, livrés à eux-mêmes, les enfants respirent et aspirent mal, au grand préjudice de leur santé. La respiration scientifique, telle que l'on commence à la propager, contribue à l'élargissement des poumons et à fortifier les organes digestifs.

Toutes les tentatives de diviser les humains au point de vue de leur faculté de parler ou de chanter, de jouir de leur vue, de leurs oreilles ou de leur odorat, ont complètement échoué.

Égaux au point de vue physiologique, au moment de leur naissance, ils ne cessent de l'être jusqu'à

leur mort. Elle apparaît partout dans les mêmes conditions. La moyenne de la vie humaine varie surtout d'après les influences climatériques, l'état de bien-être, les perfectionnements hygiéiil(jues, non point d'après les races. C'est la façon de vivre et non celle de naître qui fait notre vie longue ou courte. La longévité se montre quelquefois héréditaire, mais le même phénomène se produit également chez les peuples primitifs et chez les peuples civilisés. La santé emmagasinée par les parents profite souvent aux enfants. IVlais il s'agit là d'un capital bien peu solide que la deuxième génération peut déjà entamer ou complètement dissiper. Dans notre Philosophie de la Longévité, nous avons eu l'occasion, en discutant plus longuement cette question, de démontrer l'égalité absolue des humains devant la mort.

Quant aux maladies, elles sont en général communes aux hommes. Elles se renouvellent et se multiplient, hélas, avec une fécondité regrettable. A peine en avons-nous combattu une que plusieurs autres se lèvent à l'horizon et livrent des batailles cruelles à notre organisme. Leur nouveauté ne consiste du reste souvent que dans le nom. Avec le progrès des sciences on découvre des états pathologiques spéciaux qui échappaient à la vigilance de nos ancêtres. Mais, vieilles ou récentes, les maladies se rattachent au milieu, non point à l'homme. 0 en a voulu excepter plusieurs et en faire de tristes privilèges des races.

Or la réaiité se refuse à contresigner ces chartes d'exclusivité. Il y a, sans doute, certaines infections qui atteignent plus facilement les Blancs que les Noirs dans les climats chauds, mais la chose s'explique à la fois par l'endurance spéciale des uidigènes et par leur manière de vivre plus appropriée aux conditions du milieu. La malaria, qui décimait certaines populations aux abords des pays marécageux, se montrait aussi implacable pour les autochtones que pour tous ceux, blancs, jaunes ou noirs, qui venaient s'établir dans ces régions . Et lorsque la science bactériologique a réussi à trouver le zoospore de cette terrible maladie, elle Ta fait au profit de toutes ses victimes d'autrefois, sans distinction de couleur ou d'indice céphalique. Il résulte des documents officiels relatifs à la mortahté dans le pays de Sierra-Leone, de 1829 à 1836, que toutes les maladies qui y décimaient la population, sévissaient non seulement parmi les Blancs, mais aussi parmi les Noirs, que l'on aurait pu en croire indemnes. Les uns et les autres payaient et paient leur tribut effrayant aux fièvres éruptives comme aux fièvres paludéennes, aux maladies gastro-intes- !inales, comme à celles du foie. « La dysenterie et l'hépatite sévissent parmi les Nègres comme parmi ie:4 Blancs. Les fièvres pernicieuses, qui avec ces deux maladies forment la trilogie pathognomonique de la pathologie sénégalaise, atteignent de préférence les Européens; mais les Noirs sont loin d'en être exempts. » (Berchon).

LINÉGALITÉ DES HUMAINS

La maladie du sommeil, la plus jeune parmi les maladies épidémiques de l'Afrique, fait également des victimes parmi les Blancs et les Noirs. Le choléra, la peste ne s'arrêtent point non plus devant la considération des races et frappent avec la même cruauté tous les humains. Ce qui varie, c'est la force de résistance qu'opposent les individus à l'attaque des maladies nouvelles. Transportée par voie de contagion dans des pays nouveaux, chaque maladie commence par faire relativement plus de victimes. Puis, grâce à la résistance qui s'organise mieux, à l'endurance qui grandit, ses effets meurtriers diminuent et descendent au niveau habituel. Mais il s'agit toujours des conditions changeantes du milieu et non de qualités humaines irréductibles et innées.

IL — La beauté du corps humain.

L'étude de l'homme, de même que la comparaison entre les humains, ayant été établie et dirigée par les Blancs, il en résulte que tous les traits observés chez eux et parmi eux seront par cela même idéalisés et considérés comme d'essence supérieure. L'idée de la beauté étant par excellence subjective, rien d'étonnant à ce que partout et toujours où les Blancs ont' eu à s'occuper de sa définition, ils en aient emprunté les éléments à leur entourage immédiat. Partani de cette base, ils ont déclaré beaux ou laids tous les^ types humains qui se rapprochaient ou s'éloignaient^

les formules établies par les artistes et auteurs Blancs sur des sujets blancs.

Dès les temps anciens, nous voyons appliquer à l'évaluation esthétique des humains des règles conventionnelles, connues sous le nom de canons. A travers toutes ces « normes de, la beauté », dont plusieurs se rencontrent en Egypte, une idée maîtresse se fait jour : l'unité du type humain. Ce n'est qu'avec Albert Durer qu'apparaît une diversité des -pécimens. C'est lui qui nous a offert, le premier, un dessin du Nègre dissemblable du type blanc. Toutefois il ne faut pas oublier que les canons de l'antiquité, de même que ceux des temps modernes, poussèrent la convention jusqu'au mépris manifeste de la réalité.

Les Egyptiens se servaient d'un canon divisant la figure humaine (si Ton en juge d'après les dessins retrouvés par Lepsius), en dix-neuf parties horizontales sans compter la coiffure. La statue de Polyclète iious offre le canon le plus populaire en Grèce. Rappelons, parmi les autres canons, celui de Romain \ itruve (premiers siècles de la chrétienté), d'Alberti

jiériode de la Renaissance), d'Albert Durer et de Itan Cousin (xv* et xvi® siècles) et dans les temps plus

écents, ceux de Gerdy (1830) et de Quételet (1870) . Les mensurations des artistes ont précédé de bien

L'S siècles celles des anthropologistes. Sous leur influence est née la conception de la beauté artistique, mais elle n'a pas été non plus sans laisser da traces sur les canons anthropologiques.

19 i L'INÉGALITÉ DES HUMAINS

Nous naissons avec certains sentiments de beauté plastique, engendrés parla tradition et les opinions de l'entourage. La nature moutonnière de l'homme se révolte rarement contre les idées admises, qui par leur force égalent souvent les idées innées. Nous trouvons beau tout ce que nos devanciers et surtout les gens dits compétents trouvent beau autour de nous. Il en est ainsi des femmes, comme des tableaux ou des chefs-d'œuvre de la sculpture. Qui de nous n'a pas admiré la beauté plastique do Laocoon? Il a pourtant la jambe gauche bien plus longue que celle de droite, tandis que visiblement, pour lui tenir compagnie, un de ses enfants a, par contre, une jambe droite « plus prononcée ».

G. Audran* fait cette curieuse remarque que dans les plus belles figures de l'antiquité on retrouve des détails qu'on prendrait aisément pour des fautes, si on les apercevait dans l'œuvre d'un moderne. C'est ainsi qu'Apollon a la jambe gauche plus longue que celle de droite d'environ 9 minutes; la Vénus de Médicis a la jambe qui « ployé » plus longue presque de trois minutes que celle qui la porte, etc.

Remarquons que, d'après le canon établi par Audran et qui a eu une certaine vogue au xvii^ siècle^ la tête se divise en quatre parties : 1° le dessous du menton jusqu'au-dessous du nez ; 2^ le dessous du nez jusqu'au-dessus, entre les deux sourcils ; 3° de là à la naissance des cheveux sur le front, et

Page 1