Les proportions du corps humain. Paris
DIFFÉRENCES PHYSIOLOGIQUES ET'PATnOLOCTTQUES i95
jusqu'au sommet de la tête. Chacune de ces quatre parties se divise en douze minutes. Si donc, d'après les mensurations d'Audran, la jambe droite Ju grand fils de Laocoon est trop (?) longue de neuf minutes, on voit que cet écart mérite d'être souligné 1
Disons, du reste, que les anciens se préoccupaient peu de l'exactitude anatomique. Eux aussi suivaient les opinions du jour et donnaient aux grands
»mmes des fronts larges et des têtes volumineuses,
trce que les dieux étaient censés en avoir de pareilles. Pourtant, rien de plus faux que les fronts de 90 et de 100 degrés des sculpteurs grecs, qui ressemblaient à des fronts hydrocéphales. On dégageait le cou, et les membres étaient rendus longs et
elles, nous dira Quételet, lorsqu'on visait à la noblesse. Des épaules larges exprimaient la force ^ tandis que, sous leur forme étroite, elles symbolisaient la jeunesse ou le caractère efféminé. A de certaines époques apparaît le visage d'un personnage éminent qui donne le ton du jour, sous l'impression duquel vont travailler les artistes. Ob fait bénéficier
ors les hommes sympathiques des traits analogues on tâchera autant que possible de donner aux esclaves et aux étrangers une physionomie dissemblable. Lorsqu'il s'agira de faire les portraits des vainqueurs, on leur donnera un « cachet divin », et
Il lesdotcra de tous les traits conventionnelsdevant figurer la force et la supériorité. Les écoles qui ont succédé à la Renaissance se sont inspirées, d'après Topinard,desmêmes sentiments. En Ualie,on allon-
geait les formes pour donner de la dignité; en Espagne, on les rapetissait pour obtenir de la finesse; en Hollande, on les grossissait dans une intention de réalisme; en France, on exagérait récemment la tête seule, pour qu'elle attirât toute Tattention.
Lorsqu'après avoir été nourri de toutes ces sensations du beau conventionnel, on s'efforce de les appliquer à la variété des types humains, on se montre inconsciemment injuste à l'égard des hommes vivant en dehors de nos cadres.
La nature, qui ne tient aucun compte de nos canons du beau, s'en écarte presque toujours. Et ne voulant pas déclarer fausses nos conceptions sur les proportions des différentes parties du corps, nous déclarons celles qui s'en éloignent laides ou inférieures.
Car nos canons modernes, prônés surtout par les anthropologistes, sont également basés sur l'observation des hommes blancs. Parmi les mieux connus notons ceux de Ch. Blanc et de Gerdy. Tous deux se rapprochent, du reste, beaucoup des canons anthropologiques. Pour Ch. Blanc la grandeur du corps est égale à trente nez ou à sept têtes et demie; pour Gerdy à trente-deux nez et huit têtes S
1. Voici le canon de Ch. Blanc (Canon des ateliers). Taille 100.
[ Vertex à naissance des cheveux 1/4 tête . 3,3 \
„. > Cheveux à racine du nez 3,3 („ ^
^^^®' ) Racine du nez à sa base 3,3 ( ^'^'^
\ Base du nez à dessous du menton 1/2 tête . 3,3 /
Cou 6.6
Tronc 30,0
Membres inférieurs 50,0
Il est bien entendu qu'il n'y a pas lieu de parler d'une fixité quelconque. Puisque la taille humaine augmente assez facilement sous l'influence des conditions indiquées plus haut, il s'ensuit que la proportion des différentes parties du corps peut et doit varier en même temps. Rendons justice aux anthropologistes plus pondérés qui, devant le spectacle de ces caractères sans fixité, avouent leur peu de valeur. Topinard se consolera même en pensant que cette fixité douteuse, plaidant en faveur du transformisme, doit être la bienvenue. Elle nous démontre notamment, nous dira-t-il, que, sous leur apparente immobilité, les types humains sont dans un état de décomposition et de composition perpétuelles.
A la bonne heure ! Mais la satisfaction qu'éprouve
le savant auteur de r Homme dans la Nature n'em-
pêche point d'autres anthropologistes, de même que
les profanes, de tirer de ces canons des conclusions
préjudiciables pour les humains qui évoluent en
dehors de leurs règles. C'est ainsi que les bras et
iedstrop longs des Nègres, en proportion du tronc,
lit été considérés comme un signe d'infériorité qui
s rapprocherait des singes. Or précisément, d'après
A eisbach et d'autres naturalistes, les Nègres s'écar-
'•nt sous ce rapport bien plus des orangs-outangs
[ue les Blancs. Il faut remarquer que les Nègres e(
les Australiens ont relativement le tronc le plus
' ourt et que la longueur de leurs bras et pieds les
loignent le plus, dans l'échelle humaine, de la
iice simiesque. 11 en est de môme en ce qui concerne
la corpulence des Nègres. Comme nous Favons vu plus haut, un centimètre de taille correspond chez les Nègres, d'après les mensurations de Gould, à environ 387 grammes de poids, conlre, par exemple, 366 chez les Anglais. Mais ici, également, le facteur race n'est pour rien. Il résulte des recherches faites par Majer sur la population allemande, que la corpulence et le poids relatif dépendent surtout du genre d'occupation à laquelle se livrent les individus. D'après lui, la corpulence s'échelonne conformément aux métiers et va des tailleurs, les plus légers, aux brasseurs, les plus lourds. Immédiatement après ces derniers viennent les charpentiers, les boulangers, les étudiants, les maçons, les serruriers, les tisserands, les cordonniers, etc., etc.
Lalégende des gens ressemblant aux singes a vécu. Toutes les tentatives de découvrir parmi les vivants une race formant l'anneau intermédiaire entre l'homme et le singe sont restées infructueuses. Ce que nous savons, par contre, c'est qu'il n'existe nulle part des peuples se rapprochant /^/?^a et sous tous les rapports des singes, comme il n'y en a pas également qui en soient éloignés en ce qui concerne tous leurs traits. Les différents types humains se rapprochent tantôt ou tantôt s'éloignent des simiesques, comme l'ont prouvé les conquêtes faites par les explorateurs du bateau Novara. Les Nègres, qu'on voudrait placer au plus bas de l'échelle humaine, se trouvent, so maints rapports, bien plus loin des singes que les Blancs les plus purs.
Et il suffit de confronter les humains aux aspects multiples, pour s'apercevoir que la nature ne connaît point de races supérieures ni inférieures. Cette gradation, nulle au point de vue physiologique, est également inadmissible au point de vue esthétique.
La fable qu'on a fait courir au sujet des peuples sauvages ou primitifs pourvus d'une queue, s'est tournée contre les Blancs eux-mêmes. Cette anomalie, due à des troubles survenus dans l'évolution embryonnaire, est surtout fréquente, d'après les •Hudes de Bartels, parmi les Blancs. Non pas que ceux-ci soient « inférieurs w, mais tout simplement à cause des soins spéciaux dont ils entourent les difformes, qui périssent si facilement, livrés à leurs propres forces, parmi les peuples primitifs.
Les Nègres, qui ont eu de tout temps le triste pri vilège de passer pour la race la plus proche des singes, ont bénéficié, entre autres, d'une défectuosité que certains anthropologistes leur reprochent d'un cœur bien léger. Car, non seulement, nous disent Burmeister et tant d'autres, ils ont des bras très longs, mais ceux-ci dépassent même la longueur de leurs membres inférieurs. On comprend que dans ces conditions ils n'auraient qu'à s'aider de leurs mains pour marcher comme les singes. Leurs membres antérieurs redressés à l'angle droit et posés sur le sol, les doigts étendus, et les voilà redevenus des animaux à quatre pattes. Or ce mirage des Nègres-singes s'est évanoui dès qu'on a procédé à
des comparaisons impartiales. Rappelons avant tout que la longueur des bras dépassant celle des membres inférieurs chez les Nègres, n'est qu'un simple mythe, et que, chose plus importante, les différences entre les races mesurées sous ce rapport, n'excèdent jamais 8,9 p. 100, tandis qu'elles atteignent jusqu'à 13,8 entre les représentants des diverses professions dans le même pays. Et si l'on veut absolument se servir de ce trait comme d'un signe de laideur simiesque, il faut se rendre à l'évidence, nous dira Ranke, que les Français et les Allemands sont, sous ce rapport, plus proches des singes que les Nègres, les Australiens ou les Boschimans; les Anglais et les Français se trouveraient au niveau des Nègres, tandis que bien au-dessus des Nègres et des autres peuples primitifs se placeraient, par exemple,, les Chinois. Parmi les autres différences esthétiques il faut signaler celle de la brasse (longueur que mesurent les deux bras étendus, de l'extrémité d'une main à l'extrémité de l'autre). Mais on a prouvé que les mesures obtenues dans cette direction ne peuvent nous fournir aucun résultat appréciable. D'après les calculs de Gould, G. Schults, etc., les variations dépendent surtout des professions exercées par les individus et sont en tout cas insignifiantes entre les divers types humains. C'est ainsi^ que certains paysans du Nord de l'Europe se rapprochent bien plus des Nègres que des classes libéralei des États-Unis.
La proportion exacte entre le bras et l'avant-bras
ne nous donne également aucune indication positive. On a voulu voir un signe simiesque là où le bras se trouve proportionnellement plus long. Mais les résultats des études comparées ont seulement démontré cette vérité que toute l'espèce humaine ressemble, sous ce rapport, aux gorilles et aux mammifères.
La grandeur harmonieuse du cou, qu'on voudrait considérer comme signe de beauté, varie, il est vrai, souvent entre nations. Mais elle varie encore plus entre les différentes classes sociales, conformément à leurs occupations, qu'entre les races diverses.
En général, à mesure qu'on étudie les humains au point de vue de la régularité et de l'harmonie de leurs membres, on s'aperçoit que la profession exerce, sous ce rapport, une influence capitale. Gould, en comparant les proportions du corps chez les divers représentants du peuple américain, a constaté qu'entre les matelots, les agriculteurs et les hommes d'études, il y avait plus de dissemblances qu'entre les Nègres, les Peaux-Rouges et les Blancs.
Baelz démontre la même chose pour les Japonais. Ceux des classes élevées se signalent par une longueur des bras équivalant à 43,8 de la hauteur du corps; chez les ouvriers, elle atteint 42,6 ; ce qui confirme la thèse de Gould, que la longueur des bras dépend de l'occupation et atteint son apogée chez
L^NÉGALITÉ DES HUMAINS
G. d'Harcourt apporte également une série de mensurations faites sur les Arabes qui prouvent, à leur tour, que ceux-ci se rapprochent plus des peuples civilisés que les Nègres primitifs. Leurs bras et avant-bras, de même que les jambes, sont' bien plus courts que ceux des Noirs.
Et pour cause ! Les Arabes ne sont-ils pas plus près de nous au point de vue de la culture ?
Ranke^ croit môme possible de diviser l'humanité en trois catégories, non point d'après la couleur ou la forme du crâne, mais d'après le genre de vie et d'occupation. Il y aura d'abord la femme, qui évolue d'ordinaire en dehors des occupations habituelles des hommes; les gens voués au travail mécanique et les désœuvrés, ou ceux qui ne travaillent que de la tête. A ces trois divisions correspondent la longueur relative du tronc, du cou, des bras, des membres inférieurs, le développement de la poitrine et de la force musculaire, etc., etc.
C'est ainsi que presque partout, chez les Blancs ou chez les primitifs, la constitution de la femme se rapproche plutôt de celle de l'enfant que de l'homme mûr et que chez les peuples civilisés, nonobstant la couleur de leur peau, les classes intellectuelles se signaleront par le tronc relativement plus long, les extrémités plus courtes et la tête plus volumineuse. Combien les origines raciales influent peu sur les proportions des différents membres du corps, chez