Der Mensch, 2^^ vol
les gens vivant dans les mêmes conditions de civilisation ou de bien-être, nous le voyons d'après les résultats obtenus par Weisbach, dans ses mensurations des peuples si divers qui composent l'empire autrichien. Les classes intellectuelles, prises parmi les Magyars, peuple ouralo-altaïque, les Slaves ou les Germains, y donnent des valeurs du tronc, des extrémités, etc. identiques, tandis que les individus de la même race se distinguent considérablement, dès qu'ils sont nettement séparés par leurs professions.
Chose non moins curieuse : les mensurations des Juifs autrichiens répondent de tout point à celles que Gould indique pour les hommes d'étude aux Etats- I nis. Or, comme on le sait, les Israélites autrichiens lîe s'occupent presque point de travaux mécaniques etexercentpr^squeexclusivementles métiers de financiers, de petits boutiquiers, ou se distinguent parmi les avocats et les médecins du pays. Par contre, les Juifs du Caucase (mensurations de J. Tcherny) correspondent, sous ce rapport, aux autres habitants du midi russe, dont ils partagent les occupations.
On a cru également pouvoir relever au passif des Nègres la saillie exagérée du talon, et pourtant ce trait considéré comme typique perd tout à fait son importance avec le changement des conditions du milieu. Sur la côte occidentale d'Afrique, on rencontre de nombreuses tribus nègres ayant des pieds de tout point analogues aux nôtres. ïl en est do
même de nombreux Nègres des Etats-Unis, chez qui on ne rencontre point de trace de ces talons. Comme trait de laideur, on signale également les pieds plats^ dont sont dotées maintes peuplades nègres. Mais, à vrai dire, on ne peut observer ce phénomène que chez des Nègres condamnés, dès leur enfance, au métier rude de porteurs de fardeaux. Ici également, il ne s'agit que d'un trait professionnel, car on retrouve les mêmes pieds plats chez les Blancs dont le métier exige de transporter pieds nus des colis écrasants.
Il résulte même des tableaux de Gould, qui a opéré sur plusieurs milliers de Noirs américains, que le diamètre moyen de leurs pieds était supérieur à celui des ouvriers agricoles des Etats-Unis. Voici les proportions relevées par Gould. En indiquant la grandeur du corps par 100, la cambrure des pieds des différentes professions américaines était : chez l'ouvrier de 3,83, l'Indien, 3,94, le Nègre, 4,04, les intellectuels, 4,09.
Par contre, les Nègres pourraient également citer à leur avantage le développement de leur poitrine. D'après nos conceptions de la beauté, ce qui contribue à rehausser notre valeur esthétique, c'est la différence des diamètres de la poitrine, des hanches et de la ceinture. Or, sous ce rapport, une quantité de tribus nègres dépassent les Anglais euxmêmes.
Nous finirons notre énumération des caractères esthétiques par l'odeur spéciale que dégageraient
certains peuples et races. On a cru longtemps qu^ les Blancs en étaient indemnes. Mais aujourd'hui il faut s'incliner devant Tintensité d'un parfum spécial à la peau blanche, parfum que les Japonais ont déclaré tout récemment des plusinsupporlables. Et il y a quelque chose d'extrêmement plaisant dans ces reproches d'odeur échangés entre les humains. Le missionnaire Hue affirmait pouvoir reconnaître par l'odorat le Thibétain, le Chinois, l'Arabe, l'Hindou, le Nègre et le Tartare. Nous croyons pouvoir aller plus loin et affirmer que chaque milieu donne des odeurs caractéristiques à ceux qui subissent son influence. Et si, dans leur subtilité, les nuances de ces parfums nous échappent, ceux-ci ne cessent pas pour cela d'avoir une existence réelle.
Une odeur spécifique accompagne ainsi chaque agglomération humaine ou plutôt chaque individu. Cette odeur n'étant que la résultante de notre manière d'être, englobant toutes les influences extérieures ou intérieures, y compris notre nourriture, varie naturellement d'après le changement de notre mode de vie. Les Nègres africains, dont l'odeur prononcée donne la nausée à maints Européens, perdent cette propriété lorsqu'ils sont transplantés dans d'autres climats et soumis aux conditions de la vie des Blancs.
Les Américains ne se plaignent plus de Todeur de certains Nègres, non point par ce qu'ils auraient perdu la capacité de la ressentir, mais tout simple-
ment parce que les Nègres de leur entourage s'en sont complètement débarrassés. Ils en exhalent, sans aucun doute, une autre analogue à celle df leurs voisins, c'est pourquoi ces derniers ne la sen tent aucunement.
Lorsqa'après avoir comparé les différents types humains au point de vue esthétique, nous voulons en tirer des conclusions quelconques, nous nous apercevons bien vite de leur inanité. Il serait vain, nous dira même Broca, de vouloir établir une série de types progressifs,^allantdes primitifs oïl sauvages à l'homme blanc. Toujours et partout on constate le même phénomène : les peuples se montrent simultanément beaux (!) par certains côtés, et laids (!) par d'autres, ou plutôt ils ne sont beaux et laids que selon nos conceptions subjectives. Ce qui est plus important : le genre humain varie surtout d'après les degrés de sa culture. On pourrait, en somme, diviser les humains en deux types principaux : rhomme civilisé et l'homme primitif. Envisagées de la sorte, étudiées en outre au point de vue de rinfluence du milieu, les modifications individuelles nous livrent leurs raisons secrètes. Elles se montrent avant tout comme produits d'un genre de vie et d'une mentalité en marche. Plus notre vie se
trouve en rapport logique avec les besoins de notre organisme, plus celui-ci évolue harmonieusement et atteint son plein développement. Mais haute culture intellectuelle n'est point synonyme de beauté esthétique, car les abus du travail intellectuel ont au contraire amené une détérioration du type physiologique chez maints peuples civilisés. Ce n'est qu'une vie bien équilibrée entre les besoins de notre corps et les aspirations de notre esprit qui pourra enfin procurer au type humain le degré de perfectibilité possible.
L'avenir radieux qui ouvre des espérances vastes pour l'humanité de demain l'y appelle, du reste, tout entière. Tl ne fait point d'exception pour aucune de ses variétés, car toutes sont également chères au principe éternel des choses.