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216 VliRS L'UNITÉ DU TYPE HUMATN
de leur race en plaçant les œufs d'une truite saumonée dans une eau qui ne nourrissait que des truites blanches.
Les exemples de cette influence abondent dans toutes les sphères de la vie organisée et nous ne saurons jamais en citer trop. M. Decaisne, après avoir cultivé au Muséum d'histoire naturelle de Paris sept formes diverses de plantain considérées comme de bonnes espèces, les a vues au bout de quelques générations se fondre en une seule. Il suffit de comparer l'action des terres argilo-siliceuses et 'argilocalcaires, pour voir l'influence que celles-ci exercent sur les germes. Tandis que les premières, riches en silicates et froides, ne produisent que des plantes peu savoureuses et des herbages médiocres, les autres, grâce à l'élément calcaire qui y domine, jouissent d'une grande fécondité et donnent des plantes belles et vigoureuses.
En France, pour la même raison, quand on va de la Normandie vers le Maine, des plaines du Poitou vers les collines du Limousin, du Causse de Rodez dans le Segala, de la Bourgogne vers le Morvan, des rives de la Loire vers les terrains de transition de la Clayette et de Chaufîailles, on voit les riches cultures disparaître et quelquefois presque subitement \ Le même phénomène s'observe dans
l.Prof. Magne. Traité pratique d'aç/riculture.
]e monde animal. Souvent, dans la même vallée, coupée par une petite rivière, où d'un ^té il y a des terrains siliceux et de l'autre des terrains calcaires, les bœufs, chevaux, moutons semblent être de pays et de provenance différents. D'un côté, des animaux grands, gras et solides ; de l'autre, faibles et petits.
Dans la matière vivante des plantes on ne trouve que de Tinanimé, des éléments minéraux, car la matière végétale n'est qu'un ensemble de composés inorganiques. Et si la matière inorganique offre aux plantes les principales sources d'alimentation (Liebig). il en est de même pour l'animal et pour rhomme. On a méconnu ce fait pendant des siècles, mais il commence à triompher également en ce qui concerne les êtres vivants. Nous constatons, par exemple, que dans le département de l'Aveyron les liabilants, de même que les animaux domestiques, se partagent en deux types nettement tranchés et qui correspondent aux deux grandes divisions géologiques de la région, les terrains siliceux et les terrains calcaires. Dans la première l'homme et le mouton sont d'une petite taille et d'une ossature grêle ; dans la seconde tous deux accusent une taille bien supérieure avec un squelette massif.
A ces différences géologiques d'habitat correspon-
denl en outre des contrastes tout aussi accusés dans la confornfation et la santé des dents, dans le caractère moral de Fliomme et jusque dans la prononciation de l'idiome indigène.
Tandis que TAveyronnais du pays aux terres aigres, du pays du seigle, des châtaignes et du cidre accuse une mauvaise denture, des formes sveltes et souvent grêles et un abaissement extrême de la taille, l'habitant du Causse, pays calcaire, atteint un développement remarquable et possède des dents qui durent ordinairement autant que les individus eux-mêmes.
Delpon ^ nous apprend que, dans l'arrondissement de Figeac (dép. du Lot), alors que les habitants du plateau calcaire, fertile, du canton de Livernon , sont forts, vigoureux et ont une taille moyenne de 1 m. 632, ceux du canton montagneux de Latronquière, au sol granitique, stérile, ne donnant que du seigle, du sarrasin, des pommes de terre, des châtaignes, se font remarquer par leurs épaules étroites, leur poitrine resserrée, leur tempérament lymphatique et n'atteignent qu'à vingt-deujs. ou vingt-trois ans le maximum de leur taille, qui en moyenne est d'environ 1,599 m. s'abaissant à 1,579 m. dans la coimmune de Montet. Lagneaux a démontré que dans les pays granitiques manquant, de phosphate, les animaux, les plantes et les hommes n'atteignent point la grandeur normale.