‹ Le préjugé des racesChapitre 63 sur 122 · IJ · texte numérisé non relu

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phénomène est, en somme, vieux comme l'humanité elle-même. Ce qui a contribué à son apparition, à son extension et à sa durée, c'est le fait que le troupeau humain n'a été séparé que par des barrières du milieu. Aucun instinct spécial n'a jamais empêché ses variétés de se croiser entre elles, de même que la conformation de leurs organes sexuels n'y a jamais mis d'obstacles. Aujourd'hui comme à l'époque néolithique, les premiers et les derniers dans l'échelle humaine peuvent contracter des unions fécondes.

. C'est peut-être aussi par ce croisement de temps immémorial qu'il faut expliquer pourquoi nos traits distinctifs sont loin d'être irréductibles comme certains anthropologistes ont bien voulu nous le faire croire.

Il en est des hommes comme des animaux. Dans les contrées peu ou point civilisées, nous dira Darwin, où les troupeaux ne peuvent pas se séparer, il existe rarement, pour ne pas dire jamais, plus d'une seule race de la même espèce. L'exemple de l'Amérique du Nord, où il n'y eut point pendant longtemps de races distinctes de mouton parce que ceux-ci y étaient toujours mélangés, est des plus caractéristiques. D'autre part, les animaux de la même race, parqués dans un endroit clos, ont des caractères qui les distinguent des autres animaux enfermés dans un autre parc. Les races évoluent ainsi et se per-j dent même sous l'action de ce facteur des plus importants. Onaconstaté, par exemple, que les varié-

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tés des chats transportés dans des pays nouveaux y perdent, à cause de leur nature vagabonde, leurs qualités propres. Le chat domestique, redevenu sauvage dans certains pays, reprend pour la même raison, son caractère uniforme.

Or l'homme a de tout temps vécu sous Imfluence du croisement inconscient.

Le terme « croisement » s'applique de la m^me façon aux hommes et aux animaux ; les produits qu'on en obtient portent pourtant des noms ditïérents. On appelle métis les descendants des variétés humaines entre-croisées, et hybrides, ceux des î)lantes ou des animaux. Le croisement agit dans un iouble sens : en mêlant, sans idée préconçue, des types différents, il les ramène vers un terme intermédiaire ; d'autre part, en travaillant dans une lirection bien définie, il provoque l'apparition de races nouvelles ayant certains traits nettement accusés. Le premier système a surtout lieu en ce qui concerne les hommes et les animaux vivant en liberté ; le deuxième, appliqué aux animaux et plantes lomesiiqués, est connu sous le nom de ce sélection irtificielle. » L'éleveur ou le nourrisseur, qui, consients du but qu'ils poursuivent, arrivent à croiser les animaux ou des plantes de la même espèce pour en obtenir des individus de certaine qualité, font de

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la sélection arlifîcielle : c'est à elle surtout qu'on doit l'apparition de tant de variétés animales et végétales.

L'éleveur profite, en un mot, des circonstances du milieu, de la nourriture et autres facteurs. En y joignant le rapprochement des deux types accentués au point de vue d'une qualité qui l'intéresse particulièrement, il provoque la naissance d'une nouvelle variété. Une crée en réalité rien, mais il imprime à l'œuvre de la nature le cachet de ses désirs. Lorsqu'il dirigera celte sélection avec méthode, pendant un certain nombre de générations, il pourra arriver jusqu'à la formation d'une race spéciale nettement dessinée et se distinguant des autres par quelques qualités spécifiques et héréditaires. On a réussi de la sorte à créer une quantité de races bovines, de races de chèvres, de chiens, de chevaux, de lapins ou de pigeons. Les centaines de races de pigeons, si différentes dans leurs aptitudes et structures, descendent toutes du Columba livia. C'est en travaillant dans le but d'obtenir certains caractères recherchés chez les animaux que les éleveurs président à leurs accouplements et changent complètement l'évolution de leur espèce.

L'homme n'a jamais été « sélectionné » avec une méthode préconçue. Les croisements entre ses échantillons divers n'ont jamais rencontré d'autres empêchements que ceux résultant des préjugée sociaux ou des barrières naturelles. La faculté de déplacement et d'acclimatation facile, qui carac-

térise l'homme, a eu pourtant raison de ces obstacles et le croisement entre ses représentants les plus divers se manifeste dans son histoire comme une règle générale.

Loin de fortifier les divergences provoquées par les ditTérences du milieu, la possibilité du croisement, puissamment aidée par le facteur intellectuel qui rapprocha tous les humains, n'a fait qu'adoucir les traits distinctifs et créer des phases passagères qui lient entre elles toutes les unités du grand faisceau humain.

Le sang nouveau que le croisement est censé apporter dans l'organisme y provoque les phénomènes les plus complexes. Nathusius, dans son étude classique sur les crânes des porcs [Schweineschaedel), prétend qu'il suffit d'introduire dans une race du type Sus Scrofa 1/64 de sang de Sus Indirus pour modifier le crâne de la première. C'est également par l'influence du croisement que le même auteur explique l'apparition du porc monstrueux du Japon, qui, avec son groin très large, sa tête excessivement courte et autres traits spéciaux, est tellement dissemblable du reste de son espèce.

Avec le crâne, les modifications portent sur la période de la gestation, la longueur des membres, la force et la résistance de l'animal, le nombre de

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molaires, jusqu'au pouls, qui varie, selon Youait, d'après la taille de certains animaux. La distinction ainsi obtenue entre les individus de la même espèce, devient tout à fait surprenante. Le cerveau de certains chiens est surbaissé, long et étroit dans sa partie antérieure ; chez d'autres, il est haut et arrondi et accuse des différences sensibles dans le poids. Leur taille varie également jusqu'à l'extrême. D'après Geoffroy Saint-Hilaire, certains chiens sont six fois plus longs que les autres (sans compter la queue).

Le nombre de générations nécessaires pour obtenir une forme nouvelle varie d'après les circonstances. On croit généralement que trois à sii suffisent pour obtenir quelques traits caractérii tiques chez les plantes. Dans le règne animal lei nombre paraît être bien plus considérable. Le m( lange des représentants des deux variétés ne veut pas toujours dire une influence égale exercée par les parents. Leur sang s'entre-croisant paraît entrer en lutte dans l'organisme procréé. Les caractères du nouveau-né dépendent, par conséquent, de la prépondérance de l'un des deux sujets croisés. Certaines variétés accusent, en outre, des traits d'une persistance bien plus grande. Il faut également compter avec l'imprévu qu'on désigne sous le nom d'atavisme ou les tendances au retour, qui paralysent souvent la marche régulière vers le triomphe du nouveau type.

Le croisement, qui atteint les fonds les plus mystérieux de l'être, au point de vue biologique, se

dérobe sous beaucoup de rapports à l'investigation humaine. Dans le domaine animal et végétal les éleveurs et les cultivateurs rencontrent des surprises fréquentes que l'état actuel de la science ne permet pas d'expliquer. Il s'agit surtout de certaines affinités impénétrables entre les représentants des deux -exes croisés. Le pourquoi de la fertilité plus ou moins grande des uns et de la stérilité des autres nous échappe fréquemment. L'explication principale portant sur la différence des espèces est loin d'être satisfaisante. A défaut de lois spéciales, c'est l'expérience et les résultats concrets qui guident les éleveurs. Broca, sans vouloir essayer de donner le mot de l'énigme, a tenté de grouper tous les cas qui se présentent en ce qui concerne les résultats du croisement. Il signale avant tout deux catégories principales : Yhétérogénésie^ qui embrasse tous les cas du rapprochement sexuel, mais sans que la

condation ait lieu; et Yhomogénésie^ avec les différents degrés de fécondation.

Celle-ci est aborlive lorsque le fœtus n'arrive pas à terme ; agénésique^ lorsque la fécondation est relative en ce sens que les produits obtenus restent inféconds entre eux ou avec les individus de l'une ou de l'autre race mère ; dysgénésique^ lorsque les hybrides, tout en étant stériles entre eux, restent féconds croisés avec des individus de l'une ou l'autre race mère; paragénéàque^ quand les produits sont féconds même entre eux, mais seulement à partir de la deuxième et troisième génération ; et eugéné-

slque^ lorsque les produits accusent une fertilité normale.

Pour la formation des variétés ou races nouvelles, ce dernier cas devient le plus intéressant, comme ne portant aucune entrave à l'évolution de la forme nouvelle, créée par le mélange des deux parents croisés.

Le nombre des conditions est, du reste, tellement grand qu'il devient impossible de formuler des règles quelconques. Il y a, en outre, à considérer le caractère nouveau qu'on cherche à faire triompher. Le milieu avec ses facteurs innombrables ne perd d'ailleurs jamais ses droits. 11 agit également sur les parents et surtout sur le produit de leur croisement. 11 devient ainsi presque impossible de faire abstraction de son action simultanée et de ne parler que du croisement tout seul. Nous savons, par exemple, combien les conditions d'existence affectent le système reproducteur avant ou après la fécondation. Le milieu agit dans ce cas directement et contribue, à sa façon, à la stérilité ou à la fécondité des croisements, de même qu'à la qualité de leurs produits. Le croisement suscite des changements profonds dans l'organisme, dès sa première application.

Un^ question qui a beaucoup divisé les naturalistes est celle de la stérilité relative des croisements Notons toutefois que celle-ci provient presque exclusivement des différences de constitution sexuelle, constatées surtout parmi les espèces différentes.

En général, lorsqu'il s'agit d'accoupler deux indi-

vidus appartenant à la même race, la fécondité est de règle. Certains naturalistes ont même voulu voir une

spèce différente partout où l'accouplement ne donnait point de résultats.

Cette circonstance a une importance capitale pour le croisement entre humains.

Tandis que chez les espèces mêmes les plus rapprochées, la stérilité est de règle, elle ne survient pas même dans les cas où l'on accouple les 7'aces

les plus divergentes des oiseaux de basse-cour, des porcs, des chevaux et des chiens. Et non seulement toutes les races domestiques s'accouplent ainsi

vantageusement au point de vue de la fécondité, mais aussi leur progéniture hybride se montre absolument féconde.

On a constaté également que les variétés des êtres organisés ont besoin d'être croisées pour augmenter leur vitalité. Livrées à elles-mêmes, elles s'affaiblissent et accusent une tendance vers la diminu-

ion et la disparition. Les produits croisés sont con-

idérés ordinairement comme bien plus forts que leurs parents.

Appliqué à l'homme, le croisement, modifié par les conditions spéciales de son existence, présente en général les mômes avantages que dans le règne animal. Le feu, abandonné à lui-même s'éteint, nous

dit Herberl Spencer. Les forces vitales tendent toujours, de même, vers un état d'équilibre. Pour conserver leur intensité, il faut les exciter et les renouveler en les soumettant à l'action d'autres forces. L'homme n a point attendu les conseils de la science pour procéder au mélange entre ses divers échantillons. Ce qui a facilité chez lui le croisement, c'est la fécondité absolue des métis et la concordance sexuelle entre ses représentants les plus éloignés. Dès les premières migrations des peuples, ce phénomène a eu lieu. Dans le sang des Européens blancs de nos jours coule celui des Nègres qui vivaient sur notre continent à la fin delà période quaternaire.

Les croisements entre les races les plus différenciées, loin d'être stériles, donnent plutôt lieu à une augmentation de la fécondité. D'après Le Vaillant, les femmes Hottentotes, qui ne mettent ordinairement au monde que trois ou quatre enfants, en ont jusqu'à douze avec les Blancs ou les Nègres. Le croisement des Nègres avec des femmes blanches ou des Blancs avec des femmes nègres donne le même résultat.

Une constatation semblable a été faite eh ce qui concerne les Russes et leurs unions avec les peuplades autochtones de la Russie Asiatique.

En examinant plus loin la composition du sang français, nous verrons que celui-ci n'est qu'un mélange obtenu par l'union de variétés humaines innombrables. Tous les peuples et toutes les races se ressemblent sous ce rapport. Si nous considérons

certaines races comme pures ou indemnes de tout mélange, ce n'est que par l'impossibilité où nous nous trouvons de démêler leurs éléments constitutifs.

Avec le développement de moyens de communialion et la marche du progrès augmente le croisement. Celui-ci se développe non seulement dans l'intérieur de la vieille Europe, mais aussi dans les relations entre les habitants de toutes les parties de l'ancien et du nouveau monde. Si l'on ne voulait appliquer rigoureusement le mot métis qu'aux produits issus réellement d'un mélange des variétés, il faudrait, à de rares exceptions près, comprendre sous cette dénomination tous les humains. Du reste, partout où il y eut guerre et conquête, il y eut mélange de sang. Les Blancs, dont l'origine ethnique est loin d'être pure, ont fait à leur tour souche au nouveau monde en s'y mêlant aux peuples aborigènes. Le Mexique est surtout peuplé par des métis, produits d'un mélange des Espagnols avec les peuplades locales. Les États-Unis constituent un vaste creuset où, depuis quelques siècles, s'opère un mélange indescriptible des peuples et des races. Au Brésil, dans la République Argentine, au Chili, de même que dans les autres républiques du Centre et du Sud- Amérique, les métis pullulent. Au Pérou, il y a plus de vingt dénominations pour définir les produits des croisements entre les Péruviens, les Nègres et les Portugais.

Si nous allons en Afrique, nous y verrons que même les Cafres ZouJons, considérés comme les plus

purs parmi les purs, sont un fruit de mélanges diliiciies à définir. S'ils se rapprochent par certains côtés des Blancs, ils accusent aussi très souvent des traits des Nègres. Dans maints endroits en Afrique, on constate l'action du sang dit Khamitique, d'origine asiatique ou européenne. Mêlés à la race nègre, les Khamites, d'après certains anthropologistes, auraient provoqué l'apparition de la race élhiopienne, cette base ethnique fondamentale de l'ancienne Egypte. Les Nègres cultivés des États-Unis prétendant, non peut-être sans raison, que leurs véritables ancêtres étaient des Éthiopiens, créateurs d'une civilisation bien plus ancienne que celle des Blancs en Europe. Outre les Éthiopiens, les Himyarites (sémites méridionaux) se transportèrent, dès les temps très reculés, du côté opposé de la mer Rouge et s'y mêlèrent également aux Nègres, aux Éthiopiens, aux Berbers.

Que dire enfin des Arabes (Sémites du Nord) , qui ont continué pendant une quinzaine de siècles leurs invasions sur le continent africain, suivis à partir du xviii^ siècle par de nombreux Européens dont le sang se mêle de plus en plus à celui des Africains? Dans tout le nord-est de l'Afrique, on rencontre les Kouchito-Khamites, c'est-à-dire les Éthiopiens, et c'est parmi eux que se recrute surtout le peuple d'Abyssinie (lesAgaou). Les Foulah-Sandé, terme adopté par J. Deniker, pour la définition de l'ensemble des populations vivant en Afrique sur une bande de 5 à 6 degrés de largeur de l'est à l'ouest, ne sont

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qu'un mélange des Éthiopiens avec les Nègres Soudanais (les Nigri tiens). Dans leur nombre figurent : les Mangbattou, les Niam-Niam, les Ndris, les Bandziri, les Poul-Bé, etc., etc.

Les nombreuses peuplades nigritiennes sont également fortement mêlées aux Arabes et aux Ethiopiens. La zone de leur habitat va depuis l'Atlantique jusqu'au bassin du Haut-Nil et embrasse les Soudanais, les Sénégalais, les Guinéens, etc.

Quant aux Bantous, dont le nom abrite une quantité innombrable de peuplades nègres de l'Afrique centrale et australe, ils sont aussi fortement mélangés avec les Éthiopiens. Ceux de la côte, entre le Cap Delgado et le port Durnford, dont la langue Ki-Souahéli est aujourd'hui la plus répandue parmi les dialectes locaux, se sont en outre fortement mêlés aux Arabes. Les Zoulous également ne sont point indemnes de sang éthiopien.

Quant aux Hottentots, ils se sont fortement croisés avecles Hollandais et autres Européens, ayant donné ainsi naissance à de nombreux Bastaard,

Les Éthiopiens, qui ont tellement influé sur la formation des races nègres, ne sont que des métis des iNègres avec les Khamites. Leur répercussion sur la composition ethnique des Blancs est indiscutable. Et ce fait ouvre des horizons nouveaux pour les savants qui voudraient étudier un jour les liens de parenté multiples unissant les Nègres aux peuples européens et, par ces intermédiaires blancs, à toute rhumanilél

Les croisements entre les habitants de l'Europe et de l'Asie sont bien plus manifestes et moins discutés. Presque toutes les races principales considérées comme asiatiques se rencoiitrent, mêlées aux autres peuples et races, dans les autres parties du monde. Signalons, dans cet ordre d'idées, la race sémitique, mongole, les Négritos, les Esquimaux, les turco-tartares, etc.

Nous n'avons point l'intention d'étudier les origines et les filiations des races principales du monde. Il ne s'agissait que d'indiquer d'une façon sommaire la pénétration réciproque des peuples divers qui rend presque illusoire la recherche d'une race absolument pure.

Dans l'état actuel de la science, la place dite d'honneur qui appartiendrait aux races pures ne pourrait être revendiquée que par quelques peuplades sauvages ou primitives dont le passé reste mystérieux.

Mais peut-on, h vrai dire, parler encore des races ou peuples purs, lorsqu'on pense aux effets durables que provoquent deux ou trois croisements? Les éleveurs nous fournissent là-dessus des preuves surprenantes. Rappelons, à titre d'exemple, celle que cite Fleischmann. La race primitive allemande de mou-f^ tons à laine grossière produit 5500 fibres de lain par pouce carré; après un troisième ou quatrièm croisement avec les mérinos, elle en fournit environ 8000 et 27000 après la vingtième.

Qui évaluera jamais la quantité de sang de toutes

l'rovenances qui coule dans les veines d'un blanc, jaune ou noir?

L'histoire des variétés humaines peut être réduite à ces quelques faits des plus simples : les races primaires, formées sous Tinfluence du milieu, n'ont cessé de se mêler entre elles à l'occasion de leurs rapprochements motivés surtout par les migrations des peuples. Les croisements consécutifs, opérés sous rinfluence du milieu, agissant partout et sans cesse, ont donné naissance à cette série de types intermédiaires qui servent de liens unissant l'humanité. C'est le croisement enfin qui a mis son cachet de nivellement sur les types créés parle milieu.

Quelle est la valeur des métis? Les opinions ont été longtemps divisées à ce sujet. Dans leur orgueil démesuré, les Blancs n'ont jamais voulu admettre que les femmes d'autres races, et surtout de celles lites inférieures, puissent donner naissance à des ' nfants d'une valeur égale à la progéniture purement hlanche. On a ergoté pendant des années sur la valeur absolue des produits croisés, sans vouloir prendre en considération les circonstances spéciales qui avaient contribué à leur formation physiologique et intellectuelle. Arguant des exemples des mulâtres américains, on a tenu à jeter l'opprobre sur tous les métis humains. Tentative illogique, car

tous les humains ne sont-ils pas des 'métis ?

Ces mulâtres étaient-ils, du reste, des spécimens aussi déplorables de l'humanité qu'on a youIu nous le faire croire? Il suffit de se rappeler les circonstances qui accompagnèrent leur naissance, les conditions de leur jeunesse et les amertumes de leur vie, pour comprendre facilement que les Blancs, placés dans les mêmes conditions, vaudraient peutêtre moins encore. Le Blanc, séducteur d'une négresse, l'abandonnant presque toujours au moment où celle-ci devenait mère, l'enfant venu au monde comme produit de la débauche ou de la surprise des sens, mal nourri et fort méprisé, grandissait d'ordinaire dans des milieux inavouables. L'estampille blanche qu'il avait reçue dès sa naissance le prédestinait, à ses yeux, à un avenir bien plus glorieux et plus brillant que celui de ses frères noirs. Il rentrait dans la vie plein d'orgueil et de mépris pour son entourage et s'avançait avec confiance vers les Blancs qu'il se plaisait à considérer comme ses égaux. Mais des déceptions sans nombre l'attendaient de ce côté. Méprisé et haï, il fut violemment rejeté de la société blanche. Les préjugés de cette dernière contre les gens de couleur s'exaspéraient surtout à l'égard de ces hommes dont la ressemblance avec les Blancs criait la stupidité des superstitions des races. Et plus ils se rapprochaient physiquement d'eux, plus ceux-ci, poussés par l'instinct égaré de leurs intérêts, les repoussaient avec une haine passionnée. Dépaysés et déclassés, les mulâtres sont

allés vers le seul milieu qui leur fût largement ouvert. C'était celui du crime. Avec l'œuvre de la régénération nègre, lorsque les mulâtres ont vu plus clair autour d'eux, ils ont racheté leurs rêves d'égalité sociale avec les Blancs par un travail dur et une vie aussi honnête que celle de leur entourage nègre ou blanc. Les témoins impartiaux de leur relèvement aux Etats-Unis rendent justice à leurs efforts et les classent au niveau des autres peuples et races.

Ceux qui voudraient nous faire croire, comme Gobineau , Lapouge , Ammon et autres anthroposociologues, que «les métis sont physiologiquement et psychologiquement inférieurs à leurs « races courantes » (Ammon) paraissent oublier les enseignements de l'histoire. Il y a pourtant un dilemme dans lequel nous nous trouvons forcément enfermés. L'humanité, nous dit-on, progresse sans cesse. Elle vaut, biologiquement parlant, mieux et plus que celle de ses devanciers de la période ténébreuse. Or il est évident, comme nous l'avons démontré plus haut, que le croisement des humains est un fait permanent. Si le métissage devait avoir pour conséquence directe la décadence ou le recul, l'homme aurait disparu depuis longtemps de la surface de la terre ou serait retombé au niveau des protozoaires.

D'autre part, les observations concrètes de la vie nous prouvent l'inanité de toutes ces déductions. Les métis n'ont point le triste privilège de la dégénérescence physique ni môme celui de mener les peuples

\ers la ruine finale, nous diront les démographes et explorateurs impartiaux. Où Tylor placera- t-il les plus belles femmes du monde? C'est à Tristan da Cunha (petit îlot situé entre le Cap et l'Amérique méridionale), parmi les descendants des Blancs et des Noirs :

« Ses habitants, nous dira-t-il, sont mulâtres, mais peu foncés et d'une taille admirablement prise. Presque tous ont le type européen, beaucoup plus que le Nègre. Parmi lés jeunes filles, il y en avait de si complètement belles de tête et de corps que je ne me rappelle avoir rien vu de ma vie de si splendide. Et pourtant je connais tous les rivages de la terre, Bali et ses Malaises, la Havane et ses créoles, Tahiti et ses nymphes, les États-Unis et leurs femmes les plus distinguées. »

On se plaît à reconnaître que les métis de Java valent mieux que les Malais ou que les Brésiliens de la province de Saint-Paul, produit du métissage entre les Portugais et les peuplades autochtones : les Cerigos et les Gaynazes se présentent d'une façon des plus avantageuses au point de vue physiologique, intellectuel et moral. Un détail qui mérite d'être signalé, c'est que la longévité compte parmi ces métis ses représentants les plus brillants \

Les Griquas, produit mixte des Hottentots et deé Hollandais, au les Cafusos valent bien les Blancs purs, comme les métis des Indiens et Espagnols valent

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