‹ Le préjugé des racesChapitre 7 sur 122 · PREFACE POUR LA 4« EDITION XI · texte numérisé non relu

PREFACE POUR LA 4« EDITION XI

voie de notre amélioration qui ne puisse se réaliser durant la ç^ie de ceux-là mêmes qui ont travaillé à son profit. »

Et lorsque je considère le chemin parcouru dans le domaine des inégalités raciales et sexuelles depuis Vapparition de mon Préjugé des Races et du Préjugé des Sexes, je conçois des espérances illimitées pour le triomphe décisif de la Justice qui s'identifie en V occurrence avec la Morale et la

Science

LE

La méthode de notre travail et sa genèse. — L'importance du sujet. — L'homme Dieu et Vhomme Bêle. — Vers la vérité.

La conception jadis si innocente des races a jeté comme un linceul tragique sur la surface de notre sol. Appliquée à l'extérieur, elle nous montre l'humanité divisée en fractions inégales. Il y a des peuples aristocratiques, supérieurs, peuples élus pour régner et être admirés; il y en a d'autres, inférieurs, esclaves des premiers et cumulant la méfiance et le mépris qui leur arrivent de partout.

Appliquée à l'intérieur, la science des races faussement comprise prêche à son tour la haine et la discorde entre les enfants de la même patrie.

D'un côté, l'inégalité organique [anthropologie)^ basée sur des données d'une science mal définie et sujette à toutes sortes d'erreurs ; de l'autre, l'inégalité anthropo-psycho-sûciologique {anthropo-socio-

locfie OU psychologie) , qui ajoute aux fondements chancelants de la première une phraséologie empruntée à des doctrines fantaisistes et éphémères. Voyant l'impossibilité d'identifier les races avec les nationalités modernes, ce mélange par excellence des principes ethniques les plus variés, la doctrine des races s'efforce de différencier les peuples d'après** leurs composants. Ne pouvant plus opposer les races au dehors, on les appelle à la lutte au dedans. En scrutant les formes des crânes ou des nez dans les frontières du même pays, on s'évertue à nous effrayer en nous montrant les éléments ennemis mal amalgamés. Ces populations, nous dit-on. se groupent d'après leurs particularités craniologiques ou nasales et ne se marient qu'en vertu des principes chers aux anthropologistes !

Dérivant de la passion et des passions, les doctrines nouvelles ne se maintiennent que par l'audace de leurs créateurs et l'irréflexion de leurs adeptes. La vraie science, violée et détournée de ses buts, se trouve transformée en une foire aux marchandises dépréciées et frelatées.

Les instincts sanguinaires qui dorment au fond de notre conscience, encouragés et enhardis par la prétendue nécessité et les bienfaits de la haine, se donnent libre carrière. C'est au nom de la science qu'on parle aujourd'hui de l'extermination de certains peuples et races, de même qin' <l<^ <-ertaines classes d'habitants, en se basant sur lem ..ilériorité intellectuelle ou morphologique. 0.

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Là OÙ les divergences du crâne ou celles de la couleur se taisent, l'antliropo-psychologie élèvera la voix au nom des tempéraments, aspirations ou mentalités opposées et hostiles. Les hommes se voient parqués, de la sorte, comme les troupeaux, non seulement en raison de leurs traits variés à rinfini, mais aussi à cause des actes accomplis dans le passé, de ceux qu'ils avaient omis de commettre et même de ceux qu'on les croit capables de commettre un jour!

Les prétextes pour s'entre-déchirer sont devenus incalculables. Les Américains nous diront qu'il n'y a pas moyen de faire rentrer la vertu « blanche » dans le corps « noir » des Nègres. Les Allemands revendiqueront la nécessité d'exterminer, sinon les Slaves, au moins les Polonais, considérés comme coupables de ne pas vouloir se dissoudre dans le principe allemand.

Les Russes nous épouvanteront par les dangers que présentent ks « Jaunes » pour l'avenir des Blancs. Les Turcs massacreront les Arméniens pour les mêmes motifs dont les Russes se serviront pour persécuter les Juifs ou les Finlandais.

Chaque pays a ses « nationalistes » forcenés qui joignent au mépris de l'étranger la même haine et le même dédain pour une partie de leurs concitoyens. Et, dans l'intervalle, le panslavisme, le pangermanisme, le panbritannisme, le panmagyarisme, le panaméricanisme et tant d'autres concentrations ethniques cherchent souvent et trouvent tou-

jours des raisons pour sacrifier ceux qu'ils rencontrent sur la route de leurs appétits démesurés, dissimulés sous le mensonge de l'unité de sang et de la civilisation commune.

Peuple contre peuple ! Race contre race ! Mentalité contre mentalité I Citoyen contre citoyen ! Des cris de lutte, de persécution et d'extermination sur toute la ligne I

Qu'y a-t-il de vrai dans ces doctrines qu'on déclare découler de la science? Alimentées parles passions vulgaires, elles influent sur la politique de peuple à peuple, de citoyen à citoyen, et impressionnent par ricochet toute notre existence sociale et morale. Qu'on sonde les mobiles de la vie internationale de même que ceux de l'évolution intérieure de chaque pays civilisé et on verra de quel poids y pèsent les conceptions factices de race I

Les courants de la pensée guident l'humanité comme ceux de l'atmosphère un aérostat suspendu dans les airs.

De la réalité ou de la fausseté de ce principe, qui domine actuellement les aspirations mystérieuses ou avouées des peuples, dépend en somme leur avenir. La paix entre peuples et, comme couronnement, la vaste solidarité humaine, ce rêve d'après-demain, ne pourraient en tout cas triompher qu^appuyées sur la conviction de l'égalité organique et mentale des peuples et races.

Rien qu'à ce point de vue notre travail mériterait d'attirer et de fixer l'attention du lecteur.

Au-dessusdecesconsidérationsplanent, au surplus, telles de la vérité scientifique. Y a-t-il en réalité des i^.istinctions irréductibles entre les races et les peuples? Y a-t-il des peuples supérieurs et inférieurs au point de vue anthropologique ou psychologique?

L'étendue de notre thèse paraît presque illimitée. La science des races embrasse, à proprement parler, la science de Thomme. A ce titre, tous ses embranchements multiples mériteraient d'y trouver leur place. Il y a d'abord une douzaine de sciences naturelles. En parlant de la morphologie humaine, comment oublier Tanatomie, la biologie ou la physiologie? Pour comprendre la valeur relative des races, peuton laisser de côté l'hygiène ou la pathologie ? Nous avons en outre l'anthropométrie avec sa section capitale, la céphalométrie. Viennent ensuite l'anthropologie elle-même et l'ethnographie, autant que cette dernière se trouve en contact direct avec la première.

On ne peut comprendre l'homme d'aujourd'hui sans examiner celui d'hier. Puisqu'il n'est qu'un simple chaînon dans l'évolution des êtres, il nous faut envisager sa parenté proche et lointaine. La géologie et la palethnologie d'un côté, de l'autre les sciences du monde animal et végétal, ne sauraient également être oubliées.

Et puisqu'il s'agit d'un être par excellence psy-

chique et intellectuel, nous devons Texaminer aussi dans les manifestations de son intellect et de sa conscience. D'où la nécessité de faire de la place à la psychologie et à la sociologie et avec cellesci à la statistique, à la criminologie, à l'histoire des sciences et des inventions, etc., etc. Que dire enfin de l'histoire, qui devrait nous donner la clef de révolution des races, et de la géographie politique dontle rôle serait d'éclaircir le problème de leur difïusion sur la terre ?

La science des races prend dans ces conditions Taspect d'un empire immense, résumant l'évolution biologique et intellectuelle de l'homme à travers le temps. Cette conception, pour être imposante, ne manquerait pas d'être par trop complexe et par trop obscure. Ne vaut-il pas mieux sacrifier beaucoup de sa royauté éphémère pour regagner davantage en ce qui concerne sa clarté et sa précision? Si nous limitons de la sorte l'horizon grandiose et rejetons tout ce qui ne j*entre pas d'une façon directe dans notre domaine, ne pourrions-nous pas présenter notre problème d'une manière plus simple et surtout plus convaincante?...

En réflochissant à la méthode de notre travail, nous avons cru pouvoir adopter celle qui refléterait le mieux sa genèse et son élaboration lente avant d'arriver à son expression définitive. Le lecteur aura ainsi la bonne fortune d'assister au développement d'une idée, comme s'il s'agissait de la formation d'un être vivant.

Commençons par Tacte de naissance. En présence des doctrines de plus en plus exclusives et dogmatiques sur l'inégalité et les luttes inévitables entre les races, l'auteur se met à la recherche des arguments plaidant pour et contre cette thèse.

Nous n'avons choisi pour guides que le doute impartial et l'observation directe, appuyée de plus sur l'étude non moins impartiale des faits observés par d'autres. Attirés par le vaste mouvement créé autour des prophètes de l'inégalité, nous entrons dans leurs temples.

Essayons de comprendre de notre mieux leurs arguments et leurs doléances (chap. i), afin de distinguer ce qu'il peut y avoir de'vrai ou de faux dans leur pessimisme. Mais comment y parvenir ?

Adressons-nous au monde animal et végétal et recherchons ce que deviennent dans ce milieu les races et les variations.

Comment elles y naissent, quelle est leur durée et surtout en quoi elles se distinguent des races humaines (chap. net m).

Munis de ces données, nous tâchons de contr-ôler les divisions humaines (chap. v). Déroutés par le chaos des classifications générales, nous avons recours alors à celles, plus précises, basées sur les divergences des formes humaines. Sans aucune idée préconçue, nous étudions les camps nombreux où les anthropologistes de tout cru ont enfermé les différentes branches de l'humanité (chap. vi), et enfin, voyant combien ces barrières étaient fictives et pure-

ment imaginaires, nous avons essayé de résumer de notre mieux nos doutes (chap. vu)...

Notre première piste étant restée infructueuse, nous nous tournons vers d'autres horizons, pour y rechercher quelques lueurs de vérités. Tour à tour le milieu, le croisement, la loi de la coordination organique et la vie intellectuelle de l'humanité interrogées nous répondent par des affirmations rassurantes sur l'égalité humaine (ii^ partie). Résistant à la conviction qui s'impose à notre esprit, nous lui faisons subir une sorte de vérification en interrogeant cette science étonnante qui, sous le nom d'anthropo-psychologie ou sociologie, a le plus fait pour détruire les notions d'égalité humaine.

Nous nous adressons avanttout à la psychologie des peuples, cette mère aux aspects plus sensés et plus pondérés que son enfant volage, l'anthropo-sociologie. Nous la voyons pourtant en proie à des contradictions flagrantes et défigurée par des mensonges multiples (m® partie). Et alors nous remontons à la source même d'où lui parvenaient ses aliments suspects. Pour analyser la valeur des peuples modernes, il faut que l'anthropo-sociologie ou psychologie connaisse avant tout la valeur de leurs principaux éléments.

Puisqu'elles basent leurs oracles sur la voix du sang qui parlerait à travers l'histoire, elles devraient pouvoir au moins en distinguer les caractères essentiels. En savent-elles quelque chose? Et que saventelles ?

Nous voilà au milieu des Aryens, des Gaulois, des peuples dits latins, dans ces domaines dont elles ne cessent de nous parler comme des mieux explorés et parfaitement connus (iv® partie).

De partout nous arrivent des réponses sarcastiques. des railleries et des contradictions! Décidément, nous disons-nous, cette quasi-science procède d'une Façon bien étrange. Au lieu d'aller du connu à l'inconnu, elle suit une route opposée et bâtie sur des gouffres mystérieux et insondables. En admettant même que le passé se joue d'elle, est-ce que le présent ne lui donne pas, par hasard, raison ? Estil vrai que les peuples, condamnés à un mélange de sang, se perdent irrémédiablement au point de vue biologique et intellectuel ?

L'exemple de la France nous vient sous la plume, comme une protestation éclatante contre toutes les exagérations (iv^ partie, chap. iv). Mais, si les peuples supérieurs ne dégénèrent point à la suite du croisement, les inférieurs peuvent-ils s'élever jusqu'à la hauteur des races dites privilégiées ? Si tel était le cas, ne serait-ce pas là une réponse des plus convaincantes en faveur de l'inanité de toutes les doctrines des gradations irréductibles ?

Sous l'obsession de ce doute, nous passons aux Nègres (v^ partie), relégués à la place la plus humiliante sur l'échelle artificielle où devraient se suivre les humains. Ici un nouvel étonnement nous attendait : ces quasi-singes, par leurs progrès intellectuels réalisés dans ces derniers temps, donnent un

coup de grâce à toutes les déclamations au sujet de l'infériorité intellectuelle acquise ou innée- de certains peuples ou races.

La vérité paraît enfin nous sourire. En résumant nos impressions de route, nous voyons qu'elles prennent la forme d'une affirmation précise et consolante. Décidément, les humains qui avaient péché par trop d'orgueil dans le passé, tiennent à l'expier par des excès de modestie. Les « dieux sur la terre » de jadis, ont le tort de s'identifier sur tous les points avec les animaux les plus arriérés. Ils avaient méprisé autrefois les liens qui les unissent aux deux autres règnes ; ils en exagèrent aujourd'hui les ressemblances et oublient les distinctions. Après avoir cru pendant longtemps que la terre est le centre de l'univers et que l'homme, son roi, incarne en lui la finalité de la nature, nous voilà victimes d'un défaut également extrême dans un sens opposé. Nous avons omis en effet de faire entrer en ligne de compte l'intellectualité, qui donne à l'homme une situation particulière dans l'enchaînement évolutionniste des êtres. Sous ses formes sublimes d'âme, de conscience et de pensée, elle met une enipreinto particulière sur notre vie et lui fournit, avec des mobiles innombrables, un champ d'action sans limites. Tout en différenciant nos âmes, elle maintient pourtant, grâce à l'essence analogue de leur

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base biologique, leur unité, et, par là même, les empêche de se séparer sans possibilité de retour. D'autre part, ce que nous appelons la civilisation, celte synthèse des progrès réalisés par notre intellectualité à travers les temps, n'a-t-elle pas toujours liavaillé contre les races et Tinégalité humaine? ?\'est-ce pas elle qui a réussi à dissoudre les sociét 's primitives basées sur l'unité du sang et à ériger en principe le mélange de tous avec tous, la « panmixie » générale, le ce métissage » universel ?

L'attraction des intérêts a remplacé les préjugés et les frontières disparaissent comme les privilèges sacro-saiuts des castes ou classes sociales. Et alors où est le refuge des races pures et supérieures dans le sens anthropo-sociologique, si celles-ci ont jamais existé ? Comment les départir et surtout comment apprécier la valeur d'un élément qui échappe désormais à toute investigation ? Car, même l'appel au passé reste infructueux. Il ne nous répond que par des vestiges contradictoires.

Et lorsqu'on médite avec la gravité qui sied à rhomme sur tous ces problèmes dont dépend sa destinée, le cri déchirant du Faust de Gœthe revient à la mémoire : « Hélas I Hélas I tu Tas brisé de ton poing redoutable, le monde merveilleux des divinités extérieures ! 11 s'écroule, il tombe en ruines. 0 toi, puissant entre les enfants de la terre^ rebâtis-le plus beau encore... »

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