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Histoire de la Littérature anglaise, t. I

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La France a pourtant contresigné ce jugement fantaisiste de Taine !

Mais Zeller, l'historien alsacien si justement réputé, s'est efforcé de démontrer exactement le contraire, il a démoli du même coup cette psychologie collective de l'Allemand, comme fausse d'un bout à l'autre, et les commentaires historiques erronés qui lui ont servi de soutien.

Nous voyons devant nous les mêmes faits, mais la faconde les éclairer en change complètement l'aspect. Les Allemands, esprits originaux et créateurs d'une culture particulière, deviennent pour Zeller de simples imitateurs. Comme pays civilisé, selon cet historien, l'Allemagne n'est que le produit de la Gaule et de Rome. Elle a reçu du dehors tout : la chevalerie, la liberté civique, l'idée de l'empire, ses lettres et ses sciences, ses universités (copiées sur celles de Paris), son art gothique (originaire de France), jusqu'à la tolérance religieuse, fruit peu connu en Allemagne. Zeller constate que, depuis César, et Tacite jusqu'à Charlemagne, la Germanie a offert le rare spectacle, dans l'histoire, d'une civilisation absolument stationnaire, absolument barbare, et cela pendant huit siècles. L'Allemagne, nous dirat-il ailleurs, n'a jamais fait le progrès : elle fa subi !

Mommsen, par contre, qui ignorait ce fait que l'Allemagne est plutôt celtique que germaine, écrase de son mépris la race celtique, bonne à rien, inapte en politique, sans originalité ni profondeur, des Ger-

mains, race supérieure, intellectuellement et moralement.

Il suffirait de mettre en regard les opinions émises par les écrivains les plus éminents sur un même peuple, ou encore mieux sur un trait quelconque pris omme dominante de son caractère, pour apercevoir l'impossibilité d'arriver à une conclusion pondérée, digne de s'imposer à tous, les observateurs impar-^ iiaux.

Chaque description d'une qualité psychologique et collective, lors même que celle-ci forme le cachet essentiel d'un peuple ou d'une race, rencontre des difficultés presque insurmontables. Que dire alors d'une définition d'ensemble, sorte de cristallisation d'une centaine de ces traits caractéristiques qui échappent individuellement à notre inves-^ tigation ? Prenons un exemple concret.

Pour avoir une psychologie plausible du peuple français, il faut y faire rentrer, naturellement, l'esprit ou le génie français. Tout le monde paraît être d accord là-dessus : ce qui distingue intellectuellement et moralement le peuple français de tous les autres peuples, c'est avant tout la qualité de son esprit et de son génie. Or, qu'est-ce que l'esprit français? Quelles sont ses qualités essentielles? En quoi se distingue-t-il de l'esprit ou du génie allemand, russe ou anglais ? Un étranger peut-il se l'approprier jusqu'au point de ne pouvoir plus être distingué d'un Français?

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D'accord avec quelques savants et écrivains les plus représentatifs delà pensée française, je me suis efforcé d'élucider, en 1898, cette question. Une trentaine de psychologues, romanciers, poètes, philosophes, professeurs, ont bien voulu m'envoyer à ce sujet, en réponse à mon questionnaire, des pages profondes et lumineuses qui ont eu pour effet de démontrer avant tout Timpossibilité absolue de préciser et de définir l'esprit français \ Pour M. Paul Bourget, il faudrait contester jusqu'à la réalité de ces formules si générales : l'esprit français, l'esprit anglo-saxon, etc. Ce sont des étiquettes qui déguisent des abstractions et « pour me borner à la France et à sa littérature, écrit-il, quelle est la définition commune qui pourra convenir à Pascal et à Voltaire, à Rabelais et à Boileau, à Montesquieu et à Hugo, à Racine et à Balzac? Ce sont pourtant des génies tous français ». Pour M. Jules Claretie « ce qui est clair, lumineux, généreux, est tout à fait français, cette clarté n'exclue point la profondeur. Avec cela l'horreur de toute affectation, du pédantismô facile. »

M. François Coppée prétend ce qu'il n'y a qu'e

1. Tous les articles ont paru dans La Revue Mondiale {ancienne^, à Revue des Revues) i^" juillet 1898. Ce numéro est complètement v épuisé et reste aujourd'hui introuvable. ■ '1

France qu'oa sait être fort sans être lourd et profond sans devenir obscur. »

M. MichelBréalne pense point que lesqualitésa d'aimable et de fort, de brillant et de sensé, de spirituel et d'enthousiaste » soient exclusivement dévolues à la France, elles s'y trooivent seulement plus souvent qu'ailleurs. Il ne s'ensuit donc pas que, pour y avoir part, il faille compter plusieui's quartiers d'authentique descendance fraïkçaise. » M. Anatole France distingue pourtant (um certain esprit d'ordre, de mesure, de clarté, qui ne se trouve pas ailleurs, bien que tous les grands écrivains de toutes les langues aient la clarté, la mesure, l'ordre. Mais c'est un autre ordre, une autre mesure, une autre clarté. » Pour a un autre écrivain », « il est vraiment téméraire de prendre pour caractéristiques de l'esprit français des qualités qui sont par excellence, dans noire littérature, la marque de plusieurs étrangers. Au sens vulgairement admis, il n'y a jamais eu d'écrivains plus français que l'anglais Hamilton, que le suisse Rousseau, que l'italien de Maistre, que l'allemand Heine, que le mulâtre Dumas, ly Et cette prétendue « mesure » et « clarté », qui constituent en apparence le patrimoine le plus incontestable de l'esprit français, vont être réduites en miettes par M. Rémy de Gourmont pour qui c ni Ronsard, ni Rabelais^ ni Corneille, ni Michelet, ni Hugo, n'ont mesure, goût et clarté. »

M. G. Larroumet le caractérisera par contre par a la tendance aux idées générales, l'amour de la vie

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sociale, l'aptitude dominante à l'éloquence et au théâtre, le besoin de la clarté et la passion de l'esprit ». Pour Camille Mauclair, il faut laisser toutes ces rengaines de côté, car ce qui caractérise l'esprit français, « c'est le criticisme qui est le fond de la race française. Son imagination est une déformation du vrai, jamais une invention. »

M. Marcel Prévost considère l'esprit français comme clair, synthétique, amoureux et respectueux des règles. En résumé « clarté, goût des idées et des méthodes générales, esprit classique. »

M. E. Rod a reculé devant la difficulté d'une définition, mais il croit que cet esprit existe et « il n'est pas celui des autres peuples ». Georges Rodenbach raille agréablement cette prétention au monopole de la clarté et du goût : « tout écrivain qui écrit en français est un écrivain français^ nous dira-t-il... La langue de son œuvre le classe et non pas son état civil... Et en effet ceux qui sont de nationalité française^ se sentent souvent plus différents entre eux quils 7ie le sont d\m étranger écrivant en français, »

Francisque Sarcey est convaincu que « tout livre qui est logiquement ordonné et clair est par cela même français ». C'est à ce titre que « Rousseau et Dumas sont d'excellents français ».

M. Sully Prudhomme affirme, au contraire, qu'il y a un esprit français nettement limité. « Si nous considérons, dit-il, des écrivains de nations différentes , nous serons obligés de reconnaître qu'ils pourrontencoremoins s'assimiler mutuellementleurs

styles respectifs, même abstraction faite de leurs caractères personnels, car ils diffèrent dans leur essence foncière par les caractères stables et irré- <luctibles de leurs nations respectives ».

M. de Vogué croit la solution de cette question presque impossible, car « dans le domaine de Fintellectualité interviennent, outre la liberté humaine, maintes variations imprévues que cette liberté comporte de même que de nombreux cas d'acclimatation individuelle ».

Emile Zola voit dans les Français des Latins et « c'est là la grande famille à opposer aux familles du septentrion. »

Nous laissons de côté une douzaine d'autres écrivains dont les opinions ne font qu'augmenter la cacophonie mentionnée plus haut. La comparaison de toutes ces idées divergentes nous offre pourtant un enseignement de grande portée.

Voilà une « marque » nationale qui paraît être la mieux connue. « L'esprit français » n'est-il pas censé être la qualité fondamentale et inséparable de la mentalité de tous les penseurs et écrivains français? Nous retrouvons ce terme répété à l'infini dans les livres et les discours. Les savants et les profanes s'en servent sur tous les tons. Dans son culte, nous dit-on, communient tous les peuples de l'univers !

Lorsqu'on se préoccupe toutefois de savoir ce qu'il y a derrière ce terme magique ce esprit ou génie français », on s'aperçoit non seulement qu'il devient impossible de le définir, mais aussi, chose

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plus importante, que chaque écrivain le comprend à sa façon. Pour les uns, il serait réellement l'apanage exclusif des Français; pour les autres, il se rencontrerait seulement plus fréquemment en France, tandis que certains diront que ses qualités sont purement humaines et se retrouvent aussi bien en dehors des frontières géographiques et ethniques de la France I

En voulant analyser les traits essentiels de cet c( esprit ou génie », chacun lui attribuera des qualités spéciales, d'après son tempérament et les qualités de son âme.

La capacité d'analyse ou d'orientation de cette réunion si brillante de penseurs et d'écrivains n'est, du reste, pour rien dans cet échec. Ils n'ont pas abouti dans leur tâche, par cette simple raison qu'il n'y avait pas moyen d'aboutir. En voulant revendiquer pour l'esprit ou le génie français certaines qualités exclusives, ils se sont condamnés à des efforts stériles. C'est que notre morale, notre intellectualité, les penchants de notre âme tiennent à un certain degré de notre civilisation, à une certaine manière d'être et de vivre. Elle se rattache aux individus, mais non point aux peuples et aux races.

L'esprit de la plupart des Français de nos jours accuse une note dominante. Mais celle-ci n'est point irréductible ou éternelle. Elle change et changera avec les modifications profondes que subira la vie de la nation.

Le défaut de méthode qui caractérise toutes ces c:énéralisalions se fera voir lorsqu'il s'agira d'appliquer celles-ci aux faits concrets et à la psychologie individuelle.

Pour Stewart Chamberlain, Byron était un véritable Germain, mais Driessmann soutient qu'il fut un Celte vulgaire.

Ses aventures romanesques ce si essentiellement germaines », qui ont attendri Chamberlain, révoltent la conscience de Driessmann. Byron ne fréquentaitil pas à Venise les courtisanes et ce trait n'est-il pas éminemment celtique * ?

Cervantes était un grand Aryen, déclarera avec emphase Chamberlain ; ce n'était qu'un Celto-Ibèrej lui répondra Driessmann. Et tandis que Chamberlain verra dans les social-démocrates allemands des types juifs et Driessmann des Celto-Mongols, Woltmann, également un anthropo-psychologue de marque, s'extasiera devant ces représentants les plus autorisés du sang et tempérament germain *.

Emmanuel Kant, ce type représentatif de la pensée allemande, sera condamné par Otto Wilmann comme un méchant cosmopolite qui s'enflammait tantôt pour les Anglais, tantôt pour les Français 1

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