‹ Le préjugé des racesChapitre 75 sur 122 · Politisc/ie Anthropologie · texte numérisé non relu

Politisc/ie Anthropologie

520 L'ANTIIROPO-PSYCHOLOGIE ET L'ANTHROPO-SOCIOLOGIE

Que dire enfin d'anlhropo-psychologues d'ordre secondaire qui n'ont même pas la pudeur de donner un vernis d'impartialité à leurs peintures de haute fantaisie I Sans logique et sans scrupules, ils se contredisent eux-mêmes, tout en restant en contradiction avec la réalité.

Lorsqu'on parcourt l'audacieuse psychologie telle collective que nous l'offre Gobineau ou Chamberlain, pour ne citer que ces deux écrivains, dont l'influence sur la mentalité contemporaine est considérable, on reste stupéfait devant la désinvolture avec laquelle ils ne cessent de modifier leur opinion au cours du même ouvrage. Le même trait d'infériorité, constaté chez tel peuple, devient une preuve de supériorité, lorsqu'on le rencontre chez tel autre. Ladolichocéphalie, considérée comme vertu suprême chez les Blancs, ne compte point lorsqu'on la retrouve chez les Nègres. Quand il s'agit d'idéaliser un peuple ou une race, on leur imputera toutes les vertus, même celles qui n'étaient ni de leur pays, ni de leur époque.

C'est ainsi que Houston Stewart Chamberlain* nous enseignera que les Aryens n'ont jamais connv ni temples, ni divinités et qu'ils faisaient montre d'une tolérance idéale. Jamais, nous dira-t-il, les Indo-Germains, c'est-à-dire les Aryens, n'ont eu

1. Die Grundlagen des XIX lahrhunderts (2" vol. 5« édition). Cet ouvrage jouit d'une popularité très grande dans tous les pays allemands et l'empereur Guillaume a cru utile de manifester ouvertement son admiration pour l'auteur et les thèses (fort contradictoires, du reste) soutenues dans ses volumes.

recours à la propagande violente de leurs croyances et aux persécutions religieuses.

Pour rehausser les vertus civilisatrices des Allemands, il peint la décadence de Rome, survenue naturellement à la suite du « mélange chaotique du sang des races », en des couleurs très sombres, et l'invasion germaine, comme un véritable sauvetage de l'humanité. Pour cet étrange savant, le mélange des races constitue une vraie calamité. Les Juifs ont dégénéré, précisément à cause du même événement qui a coûté l'indépendance à Rome. Et toutes les races qui, à travers l'histoire, subiront cette injection du sang venu du dehors tomberont par cela même au rang de dégradées et d'inférieures. Chamberlain ne manquera pas d'en tirer des conclusions très fâcheuses pour ... les Slaves. Or lorsqu'il s'agit des Prussiens, qui ne sont que le résultat d'un mélange dont le sang slave a surtout fait les frais, il oublie sa belle thèse et nous gratifie d'hymnes enthousiastes en l'honneur de cette race exceptionnelle.

A remarquer que l'Allemagne, si chère à Gobineau, Lapouge ou Chamberlain, est également coupable du grand crime qui devrait consommer sa ruine. N'at-elle pas mêlé à son sang originel (?) celui de peuples slaves comme les Obotrites (Mecklenbourg) ; Sorabes ou Serbes (Rrandebourg), Wolatabs ou Wiltz (Poméranie), les Wends, sans parler de nombreuses peuplades celtiques comme les Helvètes, les Tectosages,les Ambrons, etc., etc.

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Voici un exemple plus typique. La psychologie du peuple allemand, telle que l'entend Chamberlain^ pour plaire aux puissants du jour, avait besoin de quelques ornements spéciaux. Il s'agissait de démontrer que le Germain a toujours été fidèle à son souverain et à son serment de servitude. Et l'auteur, jetant l'histoire des Germains par- dessus bord, déclare gravement que de tout temps la loyauté et la fidélité envers les chefs ont été le trait capital [der bedeutendste Zng) du caractère allemand I

Pour justifier cette thèse, il cite quelques anecdotes, tout en laissant négligemment décote les faits nombreux qui crient sa monstruosité. La loyauté germaine a d'abord été très sévèrement jugée par presque tous les auteurs romains. La conduite d'Arminius, le vainqueur deVarus, était même considérée par les anciens comme un crime révoltant dans les relations entre peuples.

(( Les Francs, donc les Germains, nous dira Vopiseus, trahissent leurs engagements en riant. ^ » -

En parcourant l'histoire de l'Allemagne du moyen âge et même celle des temps modernes ^, on y retrouve de nombreux traits de violation des serments de fidélité. Et ce n'est sans doute pas faute de bonne

1. On trouvera de nombreux arguments contre cette assertion fausse de Chamberlain, entre autres dans l'ouvrage de Fr. Herz : Moderne Rassentheorien, consacré surtout à combattre les erreurs de la doctrine de Chamberlain.

2. Rappelons entre autres la violation de la Belgique en 19J4 et tant d'autres actes répréhensibles qui ont accompagné la conduite des Allemands dans les pays envahis.

volont(5, si ses essais répétés de soulèvement n'ont pas abouti à délivrer le peuple allemand de ses souverains, qui n'en sont adorés que par intermittence.

Pour ce qui regarde la Prusse, tout particulièrement, les chevaliers de la Croix, ces véritables fondateurs du royaume, doivent rire dansleurstombeaux, en songeant à la loyauté et à la fidélité qu'on leur prête à la suite de leurs exploits contre la Pologne. Et que de complots envers son roi l'Allemagne compte, encommençantparceluicontreCharlemagne!

Les Burgondes valent sous ce rapport les Longobards, et ceux-ci valent les Turingiens. « Les révoltes, le régicide et la traîtrise, voilà le bilan de l'activité des princes allemands», nous dira Dahn.

Il suffit de lire les jongleries auxquelles se livre Chamberlain en vue de prouver, tantôt que Jésus- Christ n'était pas sémite, tantôt que sa pensée a été quand même sémitique, pour avoir une idée nette des procédés scientifiques dont se servent les représentants de la ce fatalité psychologique » des peuples et des races.

S'il y a quelque chose de fatal, c'est ce penchant insurmontable à prôner des balivernes qu'on rencontre chez la plupart des anthropo-psychologues. On dirait que la damnation du Seigneur pèse sur leur faculté de raisonnement. Les penseurs, si prudents dans d'autres domaines, tombent en celui-ci dans des généralisations stupéfiantes.

De Candolle, pour expliquer la supériorité des blonds, risque une théorie qui serait indigne d'un

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enfant. Les bruns, nous dit-il, ont une vitalité bien plus grande que les blonds. Afin de ne pas succomber dans la lutte, ces derniers se sont vus forcés de faire plus d'efforts et de se « spiritualiser » davan-

tage.

Pour saisir tout le comique de cette lutte imaginaire, rappelons que les blonds et les bruns se trouvent disséminés non seulement dans les mêmes races, mais aussi dans les mêmes provinces, arrondissements, communes, voire au sein des mêmes familles ! On trouve beaucoup de bruns chez des peuples blonds par excellence, comme les Esquimaux, de même qu'il y a des Nègres blonds. Th. Poesche^ insiste sur ce fait que même dans la partie la plus blonde de l'Allemagne les bruns sont en majorité.

On retrouve les blonds en Asie, et Vambéry affirme que ceux-ci forment la majorité chez les Turkomans. D'après Galien et Hippocrate, les Scythes eux-mêmes étaient blonds. On rencontre des blonds chez les Berbers du Maroc, de même que parmi les Afghans, en un mot partout où il y a des bruns.

Driessmann prétend d'autre part, que la décadence des blonds en Allemagne n'est que le résultat du mauvais goût des femmes qui préféreraient en général les bruns aux blonds".

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